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Pourquoi le nombre de victimes explose dans la guerre en Ukraine

Des soldats ukrainiens dans la région de Donetsk. Malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas intercepter tous les missiles russes.
Des soldats ukrainiens dans la région de Donetsk. Malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas à intercepter tous les missiles russes.Image: EPA

Pourquoi le nombre de morts explose dans la guerre en Ukraine

L'armée du Kremlin enregistre de lourdes pertes. Mais dans les villes ukrainiennes aussi, de plus en plus de civils meurent. En cause: le manque de munitions de la défense antimissile de Kiev.
11.08.2026, 05:3311.08.2026, 05:33
Kurt Pelda, Sloviansk / ch media

A quelques instants d'intervalle, deux bombes planantes russes s'abattent sur un ancien site industriel. Les explosions s'entendent à des kilomètres à la ronde, le sol tremble. Deux champignons de fumée gris foncé s'élèvent alors dans le ciel.

Nous roulons en voiture pour rejoindre Jana, une médecin. Le point de rendez-vous se trouve, par hasard, à proximité de l'usine qui vient d'être frappée. Sur le plateau de notre pick-up sont arrimés deux générateurs électriques. Ils doivent alimenter en électricité l'hôpital de campagne de Jana.

Un quotidien adapté à la guerre

Non loin du point de rendez-vous, des éclats d'obus ont déchiqueté le tunnel de filets censé protéger piétons et voitures des drones. Les fragments ont atterri dans un jardin situé juste à côté de la route. Un vieil homme se tient désormais, désemparé, sur la terre labourée par l'impact. Il a eu de la chance. S'il s'était trouvé dehors au moment de l'explosion, les fragments de la bombe l'auraient peut-être touché.

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Tout cela fait partie du quotidien à Sloviansk (est). Avant la guerre, la ville comptait plus de 100 000 habitants; il en reste moins de 40 000. Le territoire contrôlé par Moscou n'est qu'à 15 kilomètres, ce qui permet aux petits quadricoptères russes d'atteindre pratiquement chaque quartier. Là où il n'y a pas de tunnels de filets, il est recommandé de toujours surveiller le ciel.

Lorsque nous arrivons chez Jana, elle ne fait aucune mention des bombes planantes. C'est très ukrainien: beaucoup de gens (surtout dans les régions proches du front) laissent à peine transparaître qu'ils vivent en zone de guerre. Nous déchargeons les générateurs, et Jana semble heureuse. L'électricité peut sauver des vies. Cette femme de 33 ans, menue, explique:

«Les drones nous compliquent surtout l'évacuation des blessés. Chaque mouvement peut être observé par une caméra dans les airs, c'est pourquoi nous utilisons de plus en plus des robots terrestres pour sauver les soldats.»

Dans l'hôpital de campagne, appelé «point de stabilisation» en Ukraine, la priorité est d'abord d'arrêter l'hémorragie. Celui qui parvient jusqu'à Jana et peut, après le traitement, être transporté vers un hôpital plus grand a, en moyenne, 90% de chances de survie.

Une cave transformée en hôpital

Notre trajet se poursuit, mais pas vers le point de stabilisation de Jana: nous nous rendons vers celui d'Alina, quelque part dans l'est de l'Ukraine. Alina compte plus de 180 000 abonnés sur Instagram. Cette femme de 31 ans est la veuve d'un combattant légendaire et «Héros de l'Ukraine», tué en 2023. Nous offrons à son hôpital de campagne plusieurs milliers de gants chirurgicaux, un autoclave et une grande batterie onduleur pour les coupures de courant.

En deux semaines de travail, Alina et son équipe ont transformé une immense cave en hôpital de fortune, comptant au total quatre salles d'opération. De l'extérieur, on ne voit rien: le camouflage y est érigé en règle absolue. Aucun véhicule ne stationne devant l'hôpital de fortune, et tout le personnel porte des habits civils.

Dans une salle d'opération, un vieux tourne-disque trône sur un réfrigérateur à médicaments. Alina explique en riant:

«La musique apaise les blessés»

La plupart des victimes de la guerre sont admises le soir et la nuit. Mais pour l'instant, il fait encore jour, et les salles d'opération sont vides. Aux heures de pointe, quatre chirurgiens au total (hommes et femmes) ainsi que trois anesthésistes y travaillent.

Alina dans l'une de ses salles d'opération.
Alina dans l'une de ses salles d'opération.Image: Kurt Pelda

Presque uniquement des blessures dues aux drones

Les statistiques d'Alina montrent à quel point la guerre a changé. En 2022 et 2023, la plupart des blessures étaient encore dues aux tirs d'artillerie, suivis des blessures par balle. Aujourd'hui, la situation est tout autre. Alina raconte:

«En quatre mois, nous avons traité 962 blessés. Parmi eux, seuls trois soldats présentaient des blessures par balle. 90% étaient des victimes d'attaques de drones, avec de nombreuses blessures au visage et aux yeux. Le reste était dû à des explosions d'obus d'artillerie et de mines.»

Selon le centre de réflexion washingtonien Center for Strategic & International Studies (CSIS), en 2026, on compte environ huit soldats russes tués pour chaque soldat ukrainien tué. Il s'agit d'une augmentation massive par rapport à autrefois, lorsque le rapport se situait plutôt entre un pour deux et un pour trois.

Le CSIS estime le nombre total des pertes russes, c'est-à-dire les tués, les blessés graves et les disparus, à environ 1,4 million de combattants, dont entre 400 000 et 450 000 morts. En comparaison, les Ukrainiens auraient perdu entre 525 000 et 625 000 soldats. Le nombre de tués s'élèverait, lui, entre 125 000 et 150 000.

Des funérailles dans la région de Dnipro (centre-est). De plus en plus de civils ukrainiens meurent sous les tirs de missiles russes.
Des funérailles dans la région de Dnipro (centre-est). De plus en plus de civils ukrainiens meurent sous les tirs de missiles russes.Image: EPA

Un nombre croissant de civils morts

Concernant les victimes civiles, l'ONU a recensé plus de 16 000 morts depuis le début de l'invasion, un chiffre qui sous-estime probablement fortement l'ampleur réelle de la catastrophe. Comme l'Ukraine ne dispose plus guère de munitions pour sa défense contre les missiles balistiques, les pertes civiles dans les villes ont fortement augmenté ces derniers temps.

Au premier semestre, selon les statistiques de l'ONU, 1400 civils ont été tués, soit un bond de 37% par rapport à la même période l'année précédente.

Depuis le point de stabilisation d'Alina, nous parcourons le trajet des blessés, c'est-à-dire l'itinéraire emprunté par les ambulances vers le prochain grand hôpital. Ce dernier se trouve à environ deux heures de route. Un médecin-chef nous attend et nous remercie d'abord pour les grandes quantités de fil de suture chirurgical que nous lui avons livrées par camion depuis la Suisse. Il se réjouit:

«Nous n'avions jamais eu une qualité aussi bonne»

Il raconte ensuite, avec fierté, que son hôpital a désormais réalisé environ 8000 amputations réussies. Dans deux chambres, il nous montre plusieurs personnes récemment amputées, dont un soldat auquel les deux pieds ont été retirés. Sous la couverture, du sang suinte à travers les épais pansements. L'homme semble avoir perdu toute volonté de vivre. Son pronostic n'est pas bon, nous chuchote l'infirmière de garde. (trad. ysc)

Un soldat amputé du bras gauche dans le service de soins intensifs polytraumatologiques de l'hôpital Mechnykov de Dnipro, en Ukraine, le 14 mars 2025.
Un soldat amputé du bras gauche dans le service de soins intensifs polytraumatologiques de l'hôpital Mechnykov de Dnipro, en Ukraine, le 14 mars 2025.Image: Imago
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