«On connaît nos imperfections»: ce couple sauve des vies en Ukraine
Tandis qu'Anastassia nettoie le sang sur le bras d'un soldat, le réconfortant d'un tendre «mon petit chou», son collègue et époux Mykola vérifie la perfusion: une scène ordinaire pour ce couple de soignants engagés tous deux sur le front ukrainien.
Inséparable au travail comme dans la vie, le duo s'active dans une salle d'opération étriquée, prodiguant des soins au militaire blessé, selon une routine bien rodée après des années de pratique commune depuis le début de l'invasion russe.
Une romance née au milieu de la guerre
«On connaît nos forces et aussi… nos imperfections», confie Anastassia, 27 ans, à l'intérieur de leur poste médical avancé au sein de la 56ᵉ brigade, près de la ligne de front dans l'est de l'Ukraine. Mykola, de quatre ans son aîné, renchérit:
Le combat contre l'assaillant russe imprègne tous les aspects de la vie en Ukraine, si bien que des membres d'une même famille et des personnes en couple servent souvent côte à côte. Un peu de réconfort au milieu des douleurs et de l'épuisement.
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Tous deux richement tatoués aux bras, Anastassia Podobaïlo et Mykola Iassinenko se sont rencontrés en 2021, juste avant le début de la guerre. Lui, originaire de la ville portuaire de Marioupol aujourd'hui occupée par les Russes, a été affecté à la base où elle, native de Kharkiv, dans le nord-est, exerçait. Mykola raconte, en évoquant les débuts de leur romance:
Un quotidien très intense
Dans un environnement professionnel de haute intensité, leurs personnalités se complètent. Barbu à la crinière brune tirée en queue de cheval, Mykola est d'un naturel réservé. Fluette, le visage pâle encadré par des cheveux auburn, Anastassia se charge en général d'apaiser les blessés, parfois agressifs du fait de la douleur.
Au point de stabilisation, où les blessés les plus graves sont d'abord pris en charge, le couple dort dans des lits superposés, dans une pièce attenante à la salle d'opération.
En haut, la couchette d'Anastassia est recouverte de peluches et décorée de posters de capybaras, son animal préféré et son nom de guerre. Mykola dort en dessous.
Tous deux passent plusieurs journées à leur poste avant de pouvoir faire une pause, dans le cadre de rotations, pendant quelques jours. Mais même là, ils se tiennent prêts à intervenir si quelqu'un à proximité venait à être blessé dans une attaque. Mykola résume:
L'automne dernier, ils ont tout de même pu vraiment souffler.
Avec une quarantaine d'autres soignants, ils ont participé à une retraite de dix jours dans les Carpates occidentales ukrainiennes, où l'AFP les a rencontrés pour la première fois. L'idée était d'aider ces soignants à gérer l'immense fardeau psychologique lié à leur travail.
Anastassia avait alors confié, en expliquant aussi porter le deuil de personnes de sa connaissance, tuées sur le front:
Il n'existe pas de statistiques officielles sur le nombre des soignants tués en Ukraine.
Un passé rendu inaccessible par la guerre
Un après-midi pendant la retraite, Anastassia et Mykola avaient rejoint un groupe pour un concert. Les grandes baies vitrées de l'auditorium donnaient sur des montagnes plongées dans le brouillard.
«Ici, on se sent libre et à l'aise parce que tout le monde est comme nous», disait-elle alors. Mykola avait alors ajouté:
L'armée russe a ravagé la ville natale d'Anastassia, occupé celle de Mykola et s'est emparée d'autres endroits marquants de leur idylle. Karlivka, ce petit village de l'est où ils ont commencé à flirter, est sous contrôle russe depuis près de deux ans.
La localité où Anastassia a refusé la demande en mariage de Mykola, avant de se raviser et de lui demander à son tour sa main dans un discours si maladroit qu'il les fait encore rire, est aussi tombée. Anastassia regrette:
