International
Russie

Cet attentat déjoué fait monter les tensions en Hongrie

Un attentat sur Gazoduc déjoué : Orban accuse l'Ukraine
Viktor Orban espère peut-être qu'un gazoduc va l'aider à rallier des gens en vue des prochaines législatives en Hongrie.Image: keystone

Comment cet attentat déjoué fait monter les tensions en Hongrie

Le sabotage présumé d'un gazoduc entre la Serbie et la Hongrie a ravivé les tensions dans le pays. Alors qu'un camp point l'Ukraine du doigt, l'autre évoque carrément une mise en scène, ceci à une semaine d'élections capitales.
07.04.2026, 05:2907.04.2026, 05:29
Mark Stoffers / t-online
Un article de
t-online

Après que la Serbie a annoncé dimanche avoir découvert des explosifs sur un gazoduc menant vers la Hongrie, et alors que l'on approche des élections législatives hongroises du 12 avril, une question peut venir à l'esprit: pourrait-il s'agir d’un sabotage planifié, ou d’une manœuvre de propagande sophistiquée?

La position du premier ministre en exercice, Viktor Orban, et celle de son principal rival, Péter Magyar, apparaissent diamétralement opposées.

Tandis que Viktor Orban et son parti orientent leurs soupçons vers des ennemis bien connus, Péter Magyar et le Tisza y voient plutôt une tentative d’influencer les résultats de dimanche prochain.

Est-ce un attentat politique?

Lors de ce dimanche de Pâques, Aleksandar Vucic a annoncé sur Instagram avoir informé Viktor Orban que les services de sécurité serbes avaient découvert des explosifs sur une station de pompage du gazoduc Turkish Stream. Le président serbe a précisé au téléphone qu’il s’agissait d’«explosifs d’une puissance dévastatrice» ainsi que de dispositifs de mise à feu découvert près de la frontière hongroise,

Viktor Orban a confirmé cet échange au sujet du gazoduc qui transporte du gaz russe depuis la Turquie. Selon le premier ministre, celui-ci est «vital» pour le pays, puisqu’il couvre 60% de ses besoins en gaz naturel. À l’issue d’une réunion extraordinaire du conseil de défense hongrois, le premier ministre a en outre annoncé:

«Nous avons ordonné un renforcement du contrôle militaire et de la protection de la section hongroise du gazoduc».

Orban pointe l’Ukraine du doigt

Dans le même temps, Viktor Orban a dirigé les soupçons vers l’Ukraine. Dans une vidéo publiée sur Facebook, le chef du gouvernement a affirmé que le pays «travaille depuis des années à couper l’Europe de l’approvisionnement en gaz». Son ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjarto, connu pour ses positions très favorables à Moscou, n'a pas non plus caché qu’il tenait Kiev pour responsable du sabotage présumé. Celui-ci a déclaré:

«Les Serbes l’ont déjoué, mais cette tentative d’attentat correspond bien aux agissements des Ukrainiens, qui cherchent constamment à bloquer les livraisons de gaz et de pétrole russes vers l’Europe. C’était une tentative très grossière d’ingérence dans notre souveraineté.»

Moscou et Kiev se renvoient la responsabilité

Des accusations similaires ont également été formulées du côté russe. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré à l’agence de presse Tass:

«Ils veulent priver la Hongrie de sa souveraineté. Ils agissent de différentes manières: politiquement, en s’ingérant dans ses affaires intérieures et ses élections; économiquement, en lui imposant des règles et en la contraignant à des décisions qui nuisent à son économie et au bien-être des Hongrois; et dans le domaine énergétique, en tentant de lui refuser l’accès à des ressources de qualité et bon marché.»

L’Ukraine a de son côté rapidement démenti ces allégations. Un porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères a écrit dans un message publié sur X:

«L’Ukraine n’y est pour rien. Il s’agit très probablement d’une opération russe sous faux drapeau dans le cadre de l’ingérence massive de Moscou dans les élections hongroises.»

Une opération sous un faux drapeau?

Le média libéral hongrois HVG cite pour sa part des sources à Belgrade qui penchent également pour l’hypothèse d’une opération sous faux drapeau. Selon ces informations, la participation même de la Serbie ne serait pas surprenante.

Le président serbe est un allié proche de Viktor Orban, et les services de renseignement russes considèrent en outre la région des Balkans comme leur pré carré.

epa12552529 A handout photo made available by the Serbian Presidency shows Serbian President Aleksandar Vucic (R) and Hungarian Prime Minister Viktor Orban (L) having burek (leafy cheese or meat pie)  ...
Aleksandar Vucic (à droite) et Viktor Orban partagent un repas au restaurant en Serbie, en novembre dernier.Image: keystone

Un faux attentat?

Son principal opposant, Péter Magyar, accuse Orban d’instrumentaliser l’attaque présumée contre le gazoduc. Selon lui, le chef du gouvernement chercherait à semer la panique à quelques jours du vote. Sur Facebook, il affirme avoir reçu depuis des semaines des signaux évoquant des actions «sous faux drapeau» destinées à influer sur le scrutin du 12 avril et allaient se dérouler notamment à Pâques sur ce même gazoduc.

epa12822354 President of the opposition Tisza Party, Peter Magyar addresses his supporters during the National March in Budapest, Hungary, 15 March 2026, on the occasion of the national holiday to mar ...
Péter Magyar pense que l'attentat a été monté de toutes pièces.Image: keystone

Péter Magyar a écrit:

«J’appelle aussi Viktor Orban à cesser (au moins pendant les fêtes) la panique et la confusion orchestrées par des conseillers russes»

Si le premier ministre exploitait l’incident à des fins de campagne, cela reviendrait à reconnaître qu’il s’agit d’une opération «sous faux drapeau». Il annonce en outre qu’en cas de victoire, il lancera une enquête publique approfondie.

Djuro Jovanic, directeur du renseignement militaire serbe, a rejeté les accusations selon lesquelles l’armée serbe aurait pu être impliquée dans une opération sous faux drapeau destinée à faire porter à l’Ukraine la responsabilité du sabotage.

Il a évoqué de la désinformation, comme l'ont rapporté des médias serbes. Des indices laisseraient penser que les explosifs ont été fabriqués aux États-Unis. Un «membre d’un groupe de migrants» ayant reçu une formation militaire aurait projeté une attaque contre le gazoduc, et les autorités sont à sa recherche.

La Hongrie serait menacée

Dans ce contexte, Viktor Orban n’a cessé d’alerter sur les menaces pesant sur son pays. Lors d’un discours prononcé sur le mont Gellért, à Budapest, il a déclaré que «de tels nuages sombres planent depuis longtemps au-dessus de la Hongrie» et insisté sur des dangers venant «de trois directions à la fois. À l’est, la guerre en Ukraine, au sud les troubles au Moyen-Orient et à l’ouest la faillite de Bruxelles».

Selon Viktor Orban, qui accuse un net retard dans les sondages, le monde risque une grave pénurie d’énergie. Il a lancé:

«Si l’économie s’arrête, tout est en danger, y compris nos acquis et nos plans mûrement réfléchis»

Reste à savoir si ces «plans mûrement réfléchis» incluent le sabotage présumé en Serbie. Une chose est sûre, l’affaire contribue à tendre encore davantage la fin de campagne.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

Voici à quoi ressemblent les nouveaux emojis Apple
1 / 10
Voici à quoi ressemblent les nouveaux emojis Apple

Le coffre au trésor

source: emojipedia
partager sur Facebookpartager sur X
Cette Romande raconte son viol et l'enfer judiciaire qu'elle a subi
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Dans mon village, les héros russes ont été remplacés par des «Terminator»
En Russie, les vétérans de Poutine remplacent les valeureux soldats de la Seconde Guerre mondiale. Un symbole du déclin de mon pays.
En 2024, la Russie célébrait le 79e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie. Vladimir Poutine prenait ses fonctions de président russe pour la cinquième fois. Des participants à la guerre en Ukraine paradaient sous la neige lors du défilé militaire sur la Place Rouge.
L’article