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La mort de ce bénévole qui retrouvait les morts secoue l'Ukraine

Des personnes se recueillent devant le cercueil d'Oleksiy Yukov, chef de l'unité de recherche ukrainienne «platsdarm», lors de ses funérailles à la cathédrale Saint-Volodymyr de Kiev, le 8 a ...
Des personnes se recueillent devant le cercueil d'Oleksiï Ioukov, chef de l'unité de recherche ukrainienne «Platsdarm», lors de ses funérailles à la cathédrale Saint-Volodymyr de Kiev, le 8 août 2026.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

«J'étais convaincue que rien ne lui arriverait»: ce décès secoue l'Ukraine

L’Ukraine a pleuré la mort d’Oleksiï Ioukov, bénévole tué par une mine qui consacrait sa vie à récupérer les dépouilles de soldats jusque dans les zones les plus dangereuses du front.
13.08.2026, 17:0213.08.2026, 19:00
Barbara WOJAZER, Kiev, Ukraine / AFP

Pendant des années, Oleksiï Ioukov a œuvré à la frontière entre le monde des vivants et des morts en dirigeant un groupe de bénévoles chargés de récupérer les cadavres de soldats jusque dans les zones les plus dangereuses du front ukrainien.

L'homme de 40 ans a été tué par une mine lors d'une mission, selon sa famille, et sa dépouille a été amenée à Kiev pour une cérémonie d'hommage samedi. Sa fille adoptive, Diana, a expliqué:

«Son visage était intact. Maman a dit que les dieux nous ont donné la chance de lui dire au revoir. Et ses derniers mots étaient "je pars".»

Un décès qui fait l'effet d'un choc en Ukraine

Sous la pluie, les coéquipiers d'Oleksiï Ioukov portaient son cercueil dans la cathédrale Saint-Volodymyr, dans le centre de la capitale, où quelques centaines de personnes étaient venues lui dire adieu.

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Sa fille de 6 ans, Ievguénia, blottie contre sa mère, fixait le cercueil de son père, les yeux écarquillés. Diana, luttant pour cacher son émotion, a affirmé:

«J'étais convaincue que rien ne lui arriverait. Il recevait toujours des coups de fil de mamans. Il disait à tout le monde qu'il leur ramènerait leurs proches»

Son décès, annoncé mercredi par sa femme, a suscité une vive émotion, particulièrement dans sa région natale de l'est de l'Ukraine. Oleksiï Ioukov, à la tête du groupe Platsdarm, était associé aux moments de deuil qui rythment la vie de cette zone ravagée par des années d'attaques russes.

Oleksiy Yukov, ici dans l’entrepôt de Platsdarm dédié à l’identification des soldats tombés au combat sur le front, dans la région de Donetsk, le 28 juin 2026.
Oleksiï Ioukov, ici dans l’entrepôt de Platsdarm dédié à l’identification des soldats tombés au combat sur le front, dans la région de Donetsk, le 28 juin 2026.Image: Imago

La semaine dernière encore, des journalistes l'avaient croisé avec sa famille, alors qu'il lançait une couronne de fleurs dans une rivière en mémoire de prisonniers de guerre ukrainiens tués.

Une passion devenue la mission d'une vie

«Mon parcours de vie a été étroitement lié aux morts et aux cadavres», avait-il dit à l'AFP en 2024. Adolescent, il tombe sur des squelettes de soldats de la Seconde Guerre mondiale. De ce hasard, il fait une mission: récupérer les dépouilles afin de leur offrir une sépulture.

Au début des années 2010, il commence à chercher les corps des soldats des deux guerres mondiales. L'Histoire le rattrape. Un conflit éclate en 2014 avec les séparatistes prorusses appuyés par Moscou. En 2022, la Russie envahit l'Ukraine.

De nouveaux corps s'accumulent, qu'Oleksiï Ioukov et son équipe récupèrent au prix de missions risquées. Les bénévoles s'aventurent jusque dans des zones où d'autres refusent d'aller. En 2022 déjà, il échappe de peu à la mort. En récupérant le corps d'un soldat ukrainien, il marche sur une mine qui le blesse grièvement à un œil et à une jambe, mais ne le dissuade pas de retourner au front.

Son équipe et lui récupéraient les dépouilles de militaires ukrainiens, mais aussi russes. Commençait alors la recherche minutieuse d'indices permettant de les identifier, ce que des journalistes avaient pu observer en avril 2024. Il avait alors expliqué:

«Je ne vois jamais les corps de défunts comme de simples cadavres. Il y a une âme. Elle est juste là, à leurs côtés. On se rend compte que tant que ce corps n'aura pas été enterré, l'âme restera à ses côtés.»
Cette photographie, prise le 5 avril 2024, montre Oleksiy Yukov en train d'identifier des restes humains près de Sloviansk, dans l'est de la région de Donetsk.
Cette photographie prise le 5 avril 2024 montre Oleksiï Ioukov en train d'identifier des restes humains près de Sloviansk, dans l'est de la région de Donetsk.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

Comme une prémonition

Ce jour-là, son équipe avait aligné une dizaine de corps dans des sacs mortuaires, sur une parcelle d'herbe.

Le vent répandait une odeur de décomposition sur toute la colline, tandis que l'artillerie résonnait au loin, sans que rien de tout cela ne perturbe les bénévoles. Les cadavres retrouvés étaient cette fois ceux de soldats russes, selon Oleksiï Ioukov. Des dépouilles pouvant ensuite être échangées contre celles de militaires ukrainiens.

Samedi, parmi la foule venue lui rendre hommage se trouvait Olena Tropina, une des nombreuses veuves qui ont pu retrouver la dépouille de leur mari grâce au bénévole. Elle raconte:

«Il ramenait les âmes de nos êtres chers disparus. Et il apportait la paix»

Au-delà de son souhait d'aider les Ukrainiens endeuillés à retrouver leurs proches, le bénévole expliquait être animé par le besoin de débarrasser sa région de la présence persistante des morts qui, selon lui, font obstacle à la paix. Il avait alors dit:

«Cette énergie guerrière restera ici jusqu'à ce qu'ils soient ramenés chez eux, jusqu'à ce que leur deuil et leur enterrement aient pu être faits.»

En ajoutant, comme une prémonition:

«Je pense que je ne vivrai pas assez longtemps pour en voir le bout»
Une jeune femme lors de la cérémonie d'adieu à Oleksii Yukov, le 8 août 2026, à Kiev.
Une jeune femme lors de la cérémonie d'adieu à Oleksiï Ioukov, le 8 août 2026, à Kiev.Image: Imago
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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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Kiev: l'entraînement secret des civils au combat
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