L'Ukraine piège la défense russe et ça coûte cher à Moscou
Les frappes dans les profondeurs de la Russie sont longtemps restées rares dans la guerre en Ukraine. Durant les premières années du conflit, Kiev ne visait que ponctuellement des objectifs situés au-delà de la ligne de front. Mais cette année, la situation a changé: Moscou, pourtant fortement protégée, est désormais régulièrement ciblée.
La semaine dernière encore, de nombreux drones ont franchi les défenses aériennes russes de la capitale. La raffinerie pétrolière de Moscou a été sévèrement touchée et nécessite des réparations. Mais pourquoi l’Ukraine parvient-elle désormais si souvent à percer la défense aérienne russe? On vous explique.
Faiblesse du système russe
La Russie ne dispose toujours pas d’un système de défense aérienne aussi intégré que celui de l’Ukraine. Ce dernier combine capteurs, systèmes d’armement et centres de commandement dans un bouclier multicouche. En Russie, en revanche, il n’existe ni système de détection de drones couvrant toutes les régions frontalières, ni véritable échange d’informations entre capteurs et systèmes d’interception. Il manque également des systèmes spécialisés de défense multicouche contre les drones.
Le dispositif actuel a surtout été conçu pour contrer des attaques aériennes classiques et un nombre limité de missiles de croisière. Face à des attaques massives de drones, il n’existe pas de réponse pleinement adaptée. Les drones intercepteurs russes ne sont pas équipés d’explosifs et s’avèrent donc souvent inefficaces contre les appareils de grande taille.
Une défense sous pression
Cette organisation inadaptée conduit à une situation de surcharge face à l’intensité actuelle des attaques ukrainiennes. L’armée de l’air russe participe certes à la défense, mais ses moyens ne suffisent plus. Il en va de même pour les équipes mobiles au sol, en sous-effectif.
Faute d’alternatives, la Russie utilise désormais davantage de systèmes de défense antimissile. Cela entraîne à son tour une pénurie de munitions. Des responsables ukrainiens cités par CBS évoquent ainsi une «diminution des stocks russes de missiles sol-air S-300», notamment parce qu’ils sont utilisés contre des drones de plus en plus nombreux et sophistiqués.
Russie Rob Lee, expert de la Russie au Foreign Policy Research Institute, a déclaré auprès de la chaîne américaine:
Utilisation de leurres
Autre élément clé de la stratégie ukrainienne: l’utilisation massive de drones leurres. Un commandant du renseignement militaire ukrainien a expliqué à la chaîne CNN que seule une partie des drones lancés est effectivement équipée d’explosifs:
L’Ukraine utilise en outre des drones leurres à réaction, capables de reproduire les signatures radar de missiles de croisière ou balistiques. Les systèmes russes les identifient alors comme de véritables menaces et consomment des munitions coûteuses pour les intercepter. Par la même occasion, ces faux missiles permettent de révéler l’emplacement des radars et des intercepteurs russes.
Des cibles stratégiques
La destruction des systèmes de défense aérienne ennemis fait partie intégrante de la stratégie ukrainienne. Une analyse du collectif d’enquête Tochnyi portant sur 1530 attaques confirmées montre que 492 d’entre elles visaient directement les infrastructures de défense aérienne, et plusieurs centaines d’autres les systèmes de soutien.
La première étape consiste souvent à neutraliser les radars, afin de réduire la capacité de détection. Ensuite, des systèmes de moyenne portée comme le «Buk» sont ciblés. Ils constituent l’épine dorsale de la défense aérienne russe dans les zones occupées et dans le sud de la Russie, avec une portée pouvant atteindre 70 kilomètres.
Les systèmes de courte portée comme le «Tor» sont également régulièrement détruits. D’autres équipements comme le «Pantsir», le «Tunguska» ou le «Strela», ainsi que les systèmes portables, servent habituellement à protéger des installations sensibles contre les attaques à basse altitude. Leur destruction ouvre directement l’accès à des cibles stratégiques et augmente la vulnérabilité des infrastructures.
Un territoire immense
Les difficultés structurelles de la Russie s’expliquent aussi par l’immensité de son territoire. Avec plus de 17 millions de kilomètres carrés, le pays est le plus vaste du monde et s’étend sur onze fuseaux horaires. Depuis 2022, une grande partie des systèmes de défense aérienne est déployée sur le front pour protéger les troupes et les centres logistiques. Cela réduit la couverture du territoire en profondeur.
D’autres systèmes sont concentrés sur des sites stratégiques, comme les résidences présidentielles, créant des zones moins protégées ailleurs. Même une augmentation drastique des moyens ne garantirait probablement pas une protection complète de toutes les infrastructures militaires, industrielles et énergétiques du pays.
L’Ukraine aurait par ailleurs intégré l’intelligence artificielle dans ses opérations. Selon CNN, ces systèmes permettent d’analyser en temps réel les données du champ de bataille: ils identifient les zones d’interception, les failles dans la couverture radar et les itinéraires les plus difficiles à détecter. Les trajectoires des drones peuvent ainsi être ajustées en vol. Résultat: des frappes plus précises et une défense russe encore davantage mise sous pression. (adapt. tam)

