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La guerre pousse certains Ukrainiens à commettre l'irréparable

Valeria a voulu mettre fin à ses jours
Valeria (tout à droite) a pu compter sur le soutien d'une amie pour se sortir d'une période où la guerre lui pesait trop.

La guerre pousse certains Ukrainiens à commettre l'irréparable

Excédée par les difficultés liées à la guerre, Valeria a tenté de mettre fin à ses jours. Malgré le tabou de la santé mentale, elle a pu trouver de l'aide.
21.06.2026, 06:0921.06.2026, 06:09
Andrii KALCHENKO, kiev / afp

Valeria Khimitch va bien, «autant que possible», précise-t-elle. Dans un parc ensoleillé de Kiev, elle évoque sa passion nouvelle pour la photographie. Quelques mois plus tôt pourtant, cette nounou de 23 ans avait tenté de mettre fin à ses jours.

Après plus de quatre ans d’invasion russe, le coût psychologique pour l’Ukraine est immense. Stress chronique, anxiété, dépression, pensées suicidaires, autant de troubles qui se sont installés dans un quotidien désormais rythmé par les sirènes aériennes et les bombardements meurtriers.

Selon l’International Rescue Committee, en 2026, près de 15 millions d’Ukrainiens - environ la moitié de la population - ont besoin d’un soutien psychologique.

La pression psychologique est intense

Valeria a tenté de «s’adapter» à la réalité de la guerre. Mais, déjà fragilisée, elle a vu les difficultés personnelles s’ajouter à cette épreuve. L’hiver 2025 - et la pire crise énergétique depuis le début de l’invasion qui a mis les habitants de Kiev à rude épreuve - marque pour elle un point de rupture.

Au cours de longues semaines aux températures glaciales - parfois jusqu’à -20°C - la Russie intensifie ses frappes contre les infrastructures énergétiques du pays, plongeant la ville dans le froid et l’obscurité. Comme des millions d’autres, Valeria se retrouve alors sans chauffage, sans eau du robinet ni électricité.

Les coupures du courant perturbent les communications et l’isolent peu à peu du monde. Puis survient une rupture violente avec son compagnon. La terre «s’est dérobée» sous ses pieds. «Tout s’accumule et c’est très dur», souffle-t-elle avant d'ajouter:

«Je voulais que cette douleur s’arrête»

Beaucoup sont concernés

Pour la psychologue Tetiana Dzysyak, qui dirige une ligne de soutien de l’Association nationale de psychologie, cet épuisement s’installe progressivement. Après plus de quatre ans de guerre, explique-t-elle, les tensions s’accumulent et certains Ukrainiens se retrouvent enfermés dans un «tunnel cognitif», où toute perspective disparaît, laissant place à des pensées extrêmes.

«La guerre prive l’individu de sa confiance fondamentale en l’avenir. Il ne sait plus s’il va survivre ni comment»
Vous vous inquiétez pour vous ou l'un de vos proches?
Parlez-en et faites-vous aider 24 heures sur 24, c'est confidentiel et gratuit:
La Main Tendue (adultes, 24/7) au 143
Pro Juventute (jeunes, 24/7) au 147
Urgences médicales au 144
stopsuicide.ch

La spécialiste ajoute:

«Quand les besoins fondamentaux s’effondrent — sommeil, sécurité, alimentation —, le quotidien devient beaucoup plus difficile»

Le ministère de la Santé ukrainien n’a pas publié de données récentes sur les tentatives de suicide.

Cependant, avant l’invasion russe de février 2022, la ligne d’écoute Lifeline Ukraine, dédiée à la prévention du suicide, recevait environ 1000 appels par mois, un niveau relativement stable. En septembre 2025, ce chiffre est monté à 6500, mais la ligne a dû suspendre ses activités faute de financements américains.

Elle passe sa jeunesse durant guerre

Valeria avait 19 ans lorsque l’invasion a commencé. Elle se souvient surtout des «lueurs des explosions», et du sous-sol de l’école où elle s’était réfugiée avec ses frère et sœur plus jeunes. Elle a brièvement quitté le pays. A son retour, vivant non loin d’un cimetière, les chants des processions funèbres des soldats tombés au combat s’invitaient quotidiennement dans son appartement.

L’«obscurité» des nuits sans électricité a alors amplifié le sentiment d’oppression. «Tu restes là, assise, à fixer le vide. Il n’y a que la lune, dehors», confie Valeria, les yeux brillants de larmes.

Par une nuit glaciale de février, lors d’une énième coupure de courant, un message est posté sur le groupe de discussion de son immeuble, appelant une aide médicale urgente. Les voisins accourent, trouvent l’appartement de Valeria plongé dans le noir. Elle avait tenté de mettre fin à ses jours.

Après cette tentative de suicide, Valeria refuse d’abord toute aide médicale, de peur d’être prise pour une «cinglée». Malgré des efforts accrus des autorités, la santé mentale reste un sujet tabou en Ukraine, où perdure une méfiance envers un système hérité de l’époque soviétique.

A l’impact de la guerre s’ajoute un manque criant de personnel pour accompagner les patients, souligne l’OMS. Déjà fragile et sous-financé avant 2022, le système de santé est rapidement saturé. En avril, le ministère ukrainien de la Santé a introduit un protocole de prise en charge des comportements suicidaires, afin d’améliorer les soins et de s’aligner sur les standards internationaux.

Si elle entame un suivi psychologique, Valeria a, elle, surtout trouvé son salut grâce à l’oreille attentive d’une amie. Aujourd’hui, dans le soleil du printemps, Valeria sourit. Elle parle de projets, de nouveaux amis et de son envie d’apprendre le roller. Malgré les missiles et les drones russes qui continuent de pilonner le pays, la jeune femme apprivoise peu à peu «cette nouvelle réalité».

«Quand je suis dehors, quand je vois des gens, c’est beaucoup plus facile pour moi», dit-elle. Elle marque une pause. «Je ne suis pas seule dans ce monde».

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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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