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Montée de l'extrême droite: un paradoxe menace l'avenir de l'UE

Auf dem Bild: Alice Weidel von der AfD und Marine Le Pen von FN vor einer Karte von Europa mit den Sternen der EU-Flagge.
Image: watson / keystone
Commentaire

Ce paradoxe peut désintégrer l'UE

Les populistes de droite gagnent du terrain en Europe. Leur succès révèle un malaise démocratique auquel le libéralisme n’a pas su trouver de réponse.
01.11.2026, 18:5101.11.2026, 18:51
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe

Un sondage de l’Eurobaromètre a révélé, cet été, que 74% des répondants affirment que leur pays profite de son appartenance à l’Union européenne. C’est la valeur la plus élevée depuis 1983. La cohésion de la communauté européenne n’en est pas moins menacée. Les populistes de droite, qui diabolisent l’UE en la présentant comme le produit d’une élite libérale de gauche déconnectée, sont en progression. Comment expliquer ce paradoxe?

Il n’existe pas d’explication rationnelle, comme le montre Justus Bender dans son livre «Allemagne 2033», citant l’exemple du parti populiste allemand AfD. Justus Bender est journaliste au sein du Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung et passe pour un profond connaisseur de ce parti qui fait couler beaucoup d'encre.

Un essor difficile à expliquer rationnellement

Pour la fulgurante ascension de l’AfD, il n’y a, à première vue, guère de raisons explicables: «L’Allemagne est un pays apaisé», constate Justus Bender. Il poursuit:

«Il n’y a ni chômage de masse, ni pauvreté extrême, ni génération brutalisée par la guerre mondiale, ni soif de meurtre, ni fureur guerrière, ni armement des civils.»

Pourtant, le parti, que l’Office fédéral de protection de la Constitution désigne comme «en partie d’extrême droite avérée», s’est mué en grand parti populaire, qui a largement dépassé les chrétiens-démocrates de même que les sociaux-démocrates. Justus Bender analyse:

«L’AfD (réd: Alternative pour l'Allemagne) veut démanteler l’Etat social, et les personnes à qui cela nuit la soutiennent dans cette démarche. C’est un paradoxe. On peut l’observer dans de nombreux domaines.»
«Les homosexuels soutiennent la politique familiale de l’AfD, qui favorise les hétérosexuels. Les migrants soutiennent la politique migratoire de l’AfD, qui veut empêcher les migrants. Les Allemands soutiennent la politique russe servile de l’AfD, bien que la Russie menace leur Allemagne. Et mêmes les bénéficiaires de l’aide sociale soutiennent la politique sociale de l’AfD, bien que l’AfD veuille restreindre leur aide sociale de base.»
Justus Bender
Justus Bender.

Ce que Justus Bender dit des Allemands et de l’AfD vaut, à quelques réserves près, pour tous les populistes de droite. Chez tous, nous retrouvons le même paradoxe: les électeurs votent contre leurs propres intérêts, même lorsque cela saute aux yeux.

Ainsi, le Brexit a causé de gros dégâts économiques au Royaume-Uni et n’a pas stoppé l’immigration. Cela n’a pas non plus nui au politicien de droite Nigel Farage, qui porte une responsabilité déterminante dans le Brexit. Aux Etats-Unis, les partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again) restent derrière Donald Trump, bien que celui-ci ait rompu toutes ses promesses électorales.

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Tino Chrupalla, coprésident de l'AfD.Image: keystone

Un sentiment de colère généralisé

Les populistes de droite ne s’adressent pas à la raison, mais au sentiment, à l’idée que les gens croient avoir été trahis par une élite mondiale et ne pas être pris au sérieux. Justus Bender explique:

«Le populiste de droite promet de combattre la cause de ce sentiment pour que tout redevienne comme autrefois. Et si l’Etat libéral est la cause de ce sentiment de malaise, alors c’est lui qu’il faut éliminer.»

La colère contre l’Etat libéral a entre-temps pris des proportions dramatiques. L’institut de sondage Pew Research Center a établi que 69% des Français sont insatisfaits de la démocratie. En Espagne, ils sont 68%, en Italie 62% et en Pologne 47%. Le fait que des élections aient lieu l’an prochain dans tous ces pays ne calme pas vraiment les esprits, d’autant que le déchaînement de fauteurs de troubles d’extrême gauche renforce encore les chances électorales de Marine Le Pen&Co.

Pourtant, le mélange entre démocratie et économie sociale de marché semblait une affaire entendue après la fin de la guerre froide. Ce mélange promettait alors à la fois prospérité et liberté, et personne ne pouvait s’imaginer que, sauf dans des pays exotiques comme la Corée du Nord, des gens puissent un jour à nouveau s’enthousiasmer pour le communisme ou le fascisme.

KEYPIX - Britain's Reform UK party leader Nigel Farage speaks at the Reform UK First 100 Days rally, in Doncaster, England, Thursday Oct. 1, 2026. (Dominic Lipinski/PA via AP) === UNITED KINGDOM  ...
Nigel Farage gagne en popularité au Royaume-Uni.Keystone

Un réel danger pour l'Union

Trois décennies plus tard, cela a fondamentalement changé. Pour les couches plus jeunes de l’électorat, ces formes d’Etats totalitaires ne sont plus qu’un passé flou. Elles ont perdu leur caractère effrayant et redeviennent attrayantes. Le politologue Ivan Krastev relève, dans le Financial Times, qu’une autre peur les tourmente:

«Les libéraux craignent de perdre la démocratie; les nationalistes craignent de perdre leur culture»

S’y ajoute que le libéralisme n’a pas tenu ses promesses. C’est ce que souligne Daron Acemoglu, actuellement souvent désigné comme l’économiste le plus influent du monde, dans son livre «What Happened to Liberal Democracy». Selon Daron Acemoglu, la prospérité promise n’est pas venue pour la classe moyenne et la classe ouvrière.

Parallèlement, la peur de l’intelligence artificielle et de la mondialisation se répand dans ces couches. S’il n’est pas possible de dissiper ces peurs, la progression des populistes de droite ne pourra pas être arrêtée.

The Economist 29th Annual Government Roundtable in Lagonisi LAGONISI, GREECE - JULY 02: Turkish-American economist, Daron Acemoglu speaks during the Economist 29th Annual Government Roundtable in Lago ...
Daron Acemoglu, lauréat du prix Nobel.Image: imago

Pourtant, les populistes de droite sont déjà, en de nombreux endroits, aux commandes du pouvoir. En Italie, par exemple, où Giorgia Meloni doit se défendre non pas contre la gauche, mais contre le challenger encore plus à l’extrême droite en la personne de Roberto Vannacci. Des populistes de droite participent aussi au gouvernement en Tchéquie, en Finlande, en Slovaquie et en Croatie.

Si, l’an prochain, la France, l’Espagne et la Pologne basculaient elles aussi, l’UE serait confrontée à une transformation fondamentale. Elle pourrait digérer une politique d’immigration plus dure. «Mais», prévient Ivan Krastev:

«L’UE ne peut pas fonctionner si elle prend parti pour Moscou, se tourne contre Bruxelles ou fait de l’Europe un appendice de l’Amérique de Trump.»

(trad. ysc)

epa13034188 Member of the European Parliament (MEP) and leader of the National Future (Futuro Nazionale, FN) party, Roberto Vannacci, attends a press briefing after his speech at the FN constituent as ...
Roberto Vannacci.Keystone
Parmelin dans tous ses états!
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Parmelin dans tous ses états!

Guy Parmelin porte une casquette portant l'inscription Switzerland great since 1291, le mercredi 29 juillet 2026 à Neudorf.

source: keystone / peter schneider
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