Les Russes vivent un «cauchemar» à cause de cette mesure de sécurité
Un quotidien «cauchemardesque», une «régression»: les coupures d'internet mobile instaurées par le pouvoir pour «protéger» les Russes des attaques ukrainiennes ulcèrent les Moscovites, quand bien même certains disent comprendre l'impératif sécuritaire.
Chamkhan, chauffeur de taxi, fulmine:
Il pointe, entre autres problèmes, les systèmes de navigation GPS devenus imprévisibles.
Certains clients commandent leur taxi via des proches habitant dans des quartiers où internet fonctionne. Mais une fois sur place, le taxi reste souvent introuvable pour le passager, faute de connexion. La ville de Moscou a pourtant longtemps été pionnière sur le continent européen en termes de développement numérique et de connectivité, se distinguant à plusieurs reprises dans les classements internationaux.
Depuis plusieurs mois déjà, la galère touche les messageries. Whatsapp et Telegram sont largement absents sur les portables sans VPN, à Moscou et dans de nombreuses régions. Et désormais, même en lançant l'un de ces réseaux privés virtuels, impossible de se connecter dans de très nombreux quartiers de Moscou sans internet mobile. Un blocage qui concernait déjà de nombreuses zones, notamment celles du sud de la Russie, proches de l'Ukraine.
Un retour dans le temps
Les habitants de la capitale se rabattent donc sur le réseau téléphonique cellulaire pour passer des appels, et les SMS font leur retour. Les plus paniqués se ruent, eux, sur les plans de ville en papier. Leurs ventes ont grimpé en flèche dans les premiers jours de coupure début mars sur la plateforme en ligne Wildberries, selon les médias russes.
Quatre ans après le début de l'offensive russe à grande échelle en Ukraine, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, affirme:
Selon lui, Kiev utilise des «méthodes de plus en plus sophistiquées pour ses attaques» menées à l'aide de drones, dont certains se servent du réseau internet. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, expliquait ainsi qu'environ 250 drones ukrainiens se dirigeant vers la capitale ont été détruits il y a deux semaines.
Elena voit dans ces coupures «un net recul, une régression qui font peur». Venue avec sa fille passer quelques jours de vacances à Moscou, elle a dû reporter son retour à Saint-Pétersbourg, faute d'avoir pu acheter en ligne leurs billets de train. Cette psychologue de 46 ans déclare:
Le pouvoir permet encore à certains sites inclus sur une «liste blanche» de continuer à fonctionner, comme ceux des services de l'Etat ou MAX, une application de messagerie nationale, critiquée par certains qui craignent qu'elle ne devienne un puissant outil de surveillance.
Ioulia Kouzmina, qui travaille pour un magasin de produits de beauté, résume:
La jeune femme de 28 ans ne comprend pas en quoi consiste cette mesure de sécurité:
Les tentatives d’organiser des manifestations contre le blocage d'internet ont été limitées et rapidement étouffées par les autorités, comme souvent en Russie.
Avec ces mesures, nombre de Moscovites découvrent combien leur activité professionnelle dépend de l'internet mobile. A l'image de Tatiana, une infirmière à domicile qui actualise la liste de ses patients du jour chaque matin. Les coupures conjuguées au blocage des messageries ont transformé ses journées en «cauchemar»:
Autre problème: elle évaluait le matériel médical à emporter pour les visites d'après les vidéos que ses patients lui envoyaient depuis leurs smartphones. Or, rien ne passe depuis le début du mois. Entre coups de fil avortés, internet coupé et messageries défaillantes:
Originaire de la région ukrainienne du Donbass, Tatiana préfère toutefois ne pas se plaindre quand elle pense à cette région, en partie contrôlée par Moscou, où la guerre fait rage.
