International
Société

Russie: les coupures d'Internet sont un cauchemar à Moscou

A woman uses her smartphone as she walks on the Moskvoretsky bridge past a cell tower in central Moscow on March 17, 2026. (Photo by Igor IVANKO / AFP)
Image: AFP

Les Russes vivent un «cauchemar» à cause de cette mesure de sécurité

Depuis plusieurs semaines, l'accès à internet est sévèrement restreint dans plusieurs régions russes. Officiellement prises pour la sécurité extérieure du pays, ces mesures chamboulent le quotidien des citoyens.
26.03.2026, 05:3026.03.2026, 05:30
team afp / moscou

Un quotidien «cauchemardesque», une «régression»: les coupures d'internet mobile instaurées par le pouvoir pour «protéger» les Russes des attaques ukrainiennes ulcèrent les Moscovites, quand bien même certains disent comprendre l'impératif sécuritaire.

Chamkhan, chauffeur de taxi, fulmine:

«Je pense à changer de métier!»

Il pointe, entre autres problèmes, les systèmes de navigation GPS devenus imprévisibles.

«Ça fait déjà un an ou deux que c’est comme ça, mais ces dernières semaines, c’est devenu impossible»

Certains clients commandent leur taxi via des proches habitant dans des quartiers où internet fonctionne. Mais une fois sur place, le taxi reste souvent introuvable pour le passager, faute de connexion. La ville de Moscou a pourtant longtemps été pionnière sur le continent européen en termes de développement numérique et de connectivité, se distinguant à plusieurs reprises dans les classements internationaux.

A woman uses her smartphone as she walks on the Moskvoretsky bridge past a cell tower in central Moscow on March 17, 2026. (Photo by Igor IVANKO / AFP)
A Moscou, les habitants n'ont accès à internet que dans certains quartiers.Image: AFP

Depuis plusieurs mois déjà, la galère touche les messageries. Whatsapp et Telegram sont largement absents sur les portables sans VPN, à Moscou et dans de nombreuses régions. Et désormais, même en lançant l'un de ces réseaux privés virtuels, impossible de se connecter dans de très nombreux quartiers de Moscou sans internet mobile. Un blocage qui concernait déjà de nombreuses zones, notamment celles du sud de la Russie, proches de l'Ukraine.

Un retour dans le temps

Les habitants de la capitale se rabattent donc sur le réseau téléphonique cellulaire pour passer des appels, et les SMS font leur retour. Les plus paniqués se ruent, eux, sur les plans de ville en papier. Leurs ventes ont grimpé en flèche dans les premiers jours de coupure début mars sur la plateforme en ligne Wildberries, selon les médias russes.

Quatre ans après le début de l'offensive russe à grande échelle en Ukraine, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, affirme:

«Ces mesures de riposte technologiques sont nécessaires pour assurer la sécurité des citoyens»

Selon lui, Kiev utilise des «méthodes de plus en plus sophistiquées pour ses attaques» menées à l'aide de drones, dont certains se servent du réseau internet. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, expliquait ainsi qu'environ 250 drones ukrainiens se dirigeant vers la capitale ont été détruits il y a deux semaines.

Elena voit dans ces coupures «un net recul, une régression qui font peur». Venue avec sa fille passer quelques jours de vacances à Moscou, elle a dû reporter son retour à Saint-Pétersbourg, faute d'avoir pu acheter en ligne leurs billets de train. Cette psychologue de 46 ans déclare:

«Même si on comprend que c'est dicté par la sécurité, cela prend une autre tournure quand on ne peut plus appeler ou écrire à ses proches. L'essentiel est que tout soit clairement expliqué, qu'on sache à quoi s'attendre»

Le pouvoir permet encore à certains sites inclus sur une «liste blanche» de continuer à fonctionner, comme ceux des services de l'Etat ou MAX, une application de messagerie nationale, critiquée par certains qui craignent qu'elle ne devienne un puissant outil de surveillance.

Ioulia Kouzmina, qui travaille pour un magasin de produits de beauté, résume:

«On a l'impression d'avoir été téléportés 20 ans en arrière»

La jeune femme de 28 ans ne comprend pas en quoi consiste cette mesure de sécurité:

«J'ai du mal à communiquer et je me sens perdue. Nous sommes devenus si impuissants»

Les tentatives d’organiser des manifestations contre le blocage d'internet ont été limitées et rapidement étouffées par les autorités, comme souvent en Russie.

Avec ces mesures, nombre de Moscovites découvrent combien leur activité professionnelle dépend de l'internet mobile. A l'image de Tatiana, une infirmière à domicile qui actualise la liste de ses patients du jour chaque matin. Les coupures conjuguées au blocage des messageries ont transformé ses journées en «cauchemar»:

«Je suis comme handicapée sans mes communications»

Autre problème: elle évaluait le matériel médical à emporter pour les visites d'après les vidéos que ses patients lui envoyaient depuis leurs smartphones. Or, rien ne passe depuis le début du mois. Entre coups de fil avortés, internet coupé et messageries défaillantes:

«Mes patients s'énervent quand ils me perdent»

Originaire de la région ukrainienne du Donbass, Tatiana préfère toutefois ne pas se plaindre quand elle pense à cette région, en partie contrôlée par Moscou, où la guerre fait rage.

«Là-bas, tous les désagréments sont insignifiants comparés à la peur de la mort»
Comment l'Ukraine a capturé des soldats avec des drones terrestres
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
2 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
2
Maduro revient devant la justice américaine
L'ancien président vénézuélien est de retour devant la justice américaine, à l'occasion d'une audience qui vise à résoudre des questions de procédure. Une rare apparition publique qui sera particulièrement scrutée.
Enfermé dans une prison de Brooklyn depuis sa spectaculaire capture par l'armée américaine début janvier, le président vénézuélien déchu Nicolas Maduro est de retour devant la justice américaine jeudi à New York.
L’article