Les forces kurdes seront dissoutes en Syrie
Le chef kurde syrien Mazloum Abdi a annoncé mardi soir la dissolution de ses puissantes forces, qui avaient vaincu les jihadistes du groupe Etat islamique. Cette étape fait partie d'un accord avec le président Ahmad al-Chareh, déterminé à réunifier la Syrie.
Il a fait cette annonce au palais présidentiel à Damas après une rencontre avec le président islamiste, en présence de responsables militaires et politiques kurdes. Damas et les Kurdes négociaient depuis des mois l'application d'un accord conclu en janvier, prévoyant l'intégration complète des institutions kurdes dans l'appareil d'Etat.
Dès sa prise du pouvoir en décembre 2024, le nouveau dirigeant islamiste syrien, qui a renversé Bachar al-Assad, s'était attelé à réunifier le pays morcelé par une longue guerre civile et à démanteler les groupes armés.
Intégration dans l'Etat
Profitant du chaos de la guerre civile (2011-2024), les Kurdes avaient pris le contrôle de larges parties du nord et du nord-est de la Syrie et y avaient établi une administration autonome.
Selon la télévision officielle syrienne, l'annonce de Mazloum Abdi prévoit également la dissolution de l'administration autonome ainsi que de toutes les structures militaires et civiles qui en dépendent, et leur intégration complète dans les institutions de l'État syrien.
Mazloum Abdi a précisé que la dissolution de ses forces intervenait «après l'accord conclu avec le président Chareh et l'achèvement du processus d'intégration de nos forces au sein des brigades de l'armée syrienne».
Rêve d'autonomie
Les FDS formées en 2015 à l'initiative de Washington constituaient l'armée de l'administration autonome kurde en Syrie, et avaient combattu les jihadistes de l'EI soutenues par la coalition internationale pilotée par les Etats-Unis.
A leur apogée, elles comptaient environ 100 000 combattants, Kurdes et Arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole.
La dissolution de cette force, longtemps la mieux entraînée et la plus organisée de Syrie, marque, selon les experts, la fin d'une époque pour les Kurdes du pays.
Ces derniers avaient longtemps rêvé d'autonomie avant la chute de Bachar al-Assad, qui a conduit Washington à réorienter son soutien au profit des nouvelles autorités de Damas, favorables aux Etats-Unis. D'autant qu'entretemps, l'EI a été vaincu territorialement en Syrie en 2019, même si des résidus du groupe restent actifs dans le pays.
Droit à la langue kurde
Le chef kurde a cependant souligné que «le droit à l'enseignement en langue kurde est l'un des droits les plus importants que notre peuple kurde revendique depuis des décennies», rappelant que Ahmad al-Chareh avait affirmé à plusieurs reprises son engagement à préserver ce droit.
Selon l'analyste Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, les Kurdes sont estimés à quelque deux millions sur une population de 20 millions d'habitants.
Le président syrien avait signé en janvier un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale, une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946. (ag/ats)
