La boss de Dacia dénonce les règles inutiles de l'UE
Pendant des années, l’Europe a été considérée comme l’un des marchés automobiles les plus stables au monde. Mais selon les chiffres de la branche, les ventes se situent désormais environ trois millions de véhicules en dessous de leur niveau de 2019.
Pour Dacia, cette situation s’explique en grande partie par la multiplication des normes européennes en matière de sécurité et d’émissions. La marque, dont le modèle économique repose résolument sur des voitures bon marché, estime que la mobilité abordable est de plus en plus menacée en Europe.
Dans un entretien accordé au média britannique Autocar, la patronne de Dacia, Katrin Adt, souligne le poids considérable des contraintes réglementaires et financières: la marque aurait déjà dû se conformer à une centaine de réglementations et 107 autres devraient suivre d’ici à la fin de la décennie. Selon elle, un quart du budget consacré à la recherche et au développement ainsi que des capacités d’ingénierie sert désormais uniquement à répondre aux exigences réglementaires.
La chute du marché en chiffres
Katrin Adt illustre de manière frappante le recul du marché automobile européen. Dans l’ensemble de la chaîne industrielle, trois millions de véhicules vendus en moins représenteraient, en théorie, environ:
- Production: dix usines automobiles complètes
- Composants: douze millions de pneus
- Equipements: environ quinze millions de sièges
- Périphériques: neuf millions d’essuie-glaces
L’idée derrière ce calcul est simple: lorsque les ventes de voitures diminuent fortement, les constructeurs ne sont pas les seuls touchés. C’est toute la chaîne de valeur industrielle qui en subit les conséquences, jusqu’aux équipementiers et aux fournisseurs. Selon Katrin Adt, aucune autre grande région du monde ne connaît actuellement un recul d’une telle ampleur.
Les règles de l'UE, un facteur majeur de hausse des coûts
Pour la direction de Dacia, si les voitures neuves deviennent toujours plus chères en Europe, c’est avant tout parce que les constructeurs doivent continuellement se conformer à de nouvelles exigences complexes. Cela concerne aussi bien le durcissement des normes d’émissions que les systèmes d’aide à la conduite obligatoires.
Katrin Adt demande donc aux responsables politiques une plus grande stabilité réglementaire afin que Dacia puisse davantage se concentrer sur des modèles d’entrée de gamme abordables et sur l’accélération de l’électrification.
Renault, maison mère de Dacia, avait elle aussi récemment plaidé en faveur de règles simplifiées pour les petites voitures électriques. Selon le groupe, la création d’une catégorie spécifique, soumise à une réglementation allégée, pour les voitures électriques bon marché produites localement en Europe pourrait réduire de 10 à 15% les coûts de fabrication de certains modèles.
L’exemple concret du «bouton magique» de Dacia
Un détail dans l’habitacle des modèles Dacia actuels illustre l’écart qui peut exister entre les réglementations et l’utilisation quotidienne des clients. La marque cite une touche située à côté du volant qui permet au conducteur de désactiver rapidement plusieurs avertissements et fonctions d’aide à la conduite.
Selon Katrin Adt, ce bouton est désormais l’un des plus utilisés dans la voiture. De nombreux clients semblent considérer plusieurs de ces dispositifs d’assistance comme superflus et les désactivent tout simplement. Pourquoi faut-il alors les installer? Pour la dirigeante, cela soulève une question importante: tous les systèmes imposés par la loi correspondent-ils réellement à ce dont les clients ont besoin et à ce qu’ils souhaitent au quotidien?
La réglementation n’est pas la seule cause
Le recul du marché européen ne peut toutefois pas s’expliquer uniquement par les réglementations de l’Union européenne. La faiblesse de la demande, l’augmentation des coûts de production, la concurrence croissante de la Chine ainsi que le retard pris dans le développement des batteries et des logiciels pèsent également sur les constructeurs européens.
Dans le même temps, le secteur automobile a lui-même contribué à la hausse des prix: de nombreux constructeurs ont privilégié les SUV à forte marge, les options coûteuses et les segments supérieurs, tandis que l’offre de modèles d’entrée de gamme bon marché s’est réduite. La réglementation n’est donc pas la seule responsable du renchérissement des voitures: les constructeurs ont aussi délibérément privilégié la rentabilité.
Par conséquent, parler du prix élevé des voitures ne revient pas seulement à parler de Bruxelles. Il faut aussi s’intéresser aux stratégies des constructeurs visant à maximiser leurs bénéfices. (mab/trad. hun)

