«Il pourrait y avoir davantage de morts»: l'Espagne angoisse
L'Espagne a intensifié vendredi le travail d'identification des victimes de la collision de deux trains qui a fait au moins 69 morts mercredi dans le centre du pays, afin de répondre à l'angoisse des familles qui restent sans nouvelles de leurs proches.
A l'issue d'une réunion avec les services de secours près d'Urda, où s'est produite la catastrophe, le premier ministre Pedro Sánchez a indiqué:
Il s'agit du second accident de cette ampleur en moins d'un an dans le pays, après celle d'Adamuz (sud), qui avait fait 46 morts en janvier.
Une attente interminable
Pedro Sánchez a réaffirmé «l'engagement» de «communiquer (aux familles) le sort de leurs proches au fur et à mesure que progresse l'ensemble du processus d'identification (…) des victimes de ce terrible accident», survenu lorsqu'un train de la compagnie publique Renfe est venu percuter par l'arrière un autre train de la compagnie privée Iryo, à l'arrêt sur la voie, à 150 kilomètres au sud de Madrid.
Javier Barrio, à la recherche de son épouse, qui effectuait un dernier déplacement professionnel à bord de l'un des trains accidentés avant de prendre sa retraite, assure de son côté:
«Je n'ai pas la confirmation du décès», mais «les chances» de la retrouver vivante sont «infimes», a reconnu cet homme présent à Tolède, dont la morgue accueille les opérations d'identification et où des dizaines de proches attendent des nouvelles, les nerfs à vif.
D'autres décès «pas exclus»
Emiliano García-Page, le président de la région Castille-La Manche, où les faits se sont produits, a précisé que «70 signalements pour disparition» avaient été enregistrés. Ce qui pourrait correspondre aux personnes décédées. Pour faciliter le travail d'identification, les familles ont fourni leur ADN.
«Nous n'excluons pas qu'il puisse y avoir davantage de morts», a averti Emiliano García-Page, en précisant qu'en plus d'avoir récupéré «des corps complets», les secouristes ont rassemblé «jusqu'à 31 sacs contenant des restes partiels et cela, comme vous pouvez l'imaginer, rend l'identification extrêmement complexe».
A ce stade, «48 autopsies» ont été réalisées et «5 identifications ont été communiquées aux familles des victimes», a précisé jeudi soir l'organisme judiciaire chargé de ce travail.
Trente-neuf blessés sont toujours hospitalisés, mais tous présentent «une évolution (de leur état de santé) raisonnablement positive», a ajouté Emiliano García-Page.
Avec l'aide de trois énormes grues blanches et de chiens, les opérations de recherches de victimes se poursuivaient vendredi parmi l'amas de ferraille que sont devenus plusieurs wagons, même s'il «reste de moins en moins de choses à découvrir», a souligné à la télévision publique TVE Esther Padilla, porte-parole du gouvernement de Castille-La Manche.
Environ 200 km/h
Parallèlement à ce travail d'identification, l'enquête sur les causes de l'accident se poursuit dans un climat de stupeur, l'Espagne étant un pays où le train est un moyen de transport très utilisé.
Le ministre des transports, Óscar Puente, qui a pointé du doigt une «erreur» humaine et des «circonstances inexplicables», a indiqué que les faits avaient débuté par une panne informatique ayant obligé plusieurs trains à s'arrêter.
Mais, selon les premiers éléments, peu après, un «ordre erroné» a été donné depuis le centre de contrôle de Madrid pour que le train de la Renfe reprenne sa marche.
Ce train aurait ensuite percuté l'autre, à l'arrêt, «à une vitesse estimée entre 160 et 200km/h», selon une première note d'information de l'autorité administrative indépendante chargée d'enquêter sur ces accidents.
«La confiance dans le système de trains à grande vitesse de notre pays est entamée», a reconnu vendredi Pedro Sánchez, face aux critiques croissantes de l'opposition de droite à moins d'un mois des élections législatives du 29 novembre, lors desquelles le dirigeant socialiste brigue sa réélection alors que les sondages lui sont défavorables. Il a conclu:
