Le vol détourné met en lumière la passion des Israéliens pour Dubaï
La liaison aérienne entre Dubaï et Tel-Aviv s'est retrouvée brutalement sous les projecteurs mercredi. A bord du vol FZ1073 de Flydubai, le copilote aurait poignardé le commandant de bord avant de tenter de précipiter l'appareil vers le sol. L'avion a perdu plusieurs milliers de mètres d'altitude avant que des passagers et des membres d'équipage ne parviennent à maîtriser l'assaillant.
Le Boeing 737 a finalement atterri en urgence à Tabuk, en Arabie saoudite, sans faire de victimes parmi les passagers. Israël a qualifié les faits de «tentative d'attaque jihadiste», tandis que les circonstances et les motivations exactes restent encore à établir.
Au-delà de cet épisode spectaculaire, l'incident braque les projecteurs sur une liaison devenue en quelques années l'un des symboles les plus visibles du rapprochement entre Israël et les Emirats arabes unis. Et peu de compagnies aériennes illustrent aussi clairement cette évolution que Flydubai. Elle a été la toute première à ouvrir une liaison régulière entre les Emirats arabes unis et Israël après les accords d'Abraham.
Signé en septembre 2020 sous la médiation des Etats-Unis, cet accord a normalisé les relations diplomatiques entre les deux pays, qui n'entretenaient auparavant aucun contact officiel. Il a été suivi d'accords de normalisation similaires entre Israël et le Bahreïn, le Soudan et le Maroc.
Une ligne de plus en plus populaire
Le vol inaugural sur la ligne Dubaï/Tel-Aviv a eu lieu le 26 novembre 2020, avec deux vols quotidiens. Depuis, l'offre n'a cessé de croître. Fin 2023, on comptait huit vols par jour et, désormais, jusqu'à dix rotations quotidiennes, soit la fréquence la plus élevée depuis le lancement de la ligne. Flydubai est ainsi aujourd'hui la compagnie dominante sur la liaison Dubaï/Tel-Aviv.
Au total, plus de 200 vols par semaine relient désormais les Emirats et Israël, dont environ 88 entre Tel-Aviv et Dubaï et 22 vers Abou Dhabi, assurés par Emirates, Flydubai, Etihad et El Al. En trois ans depuis l'accord, le nombre de vols est passé de zéro à 106 par semaine dans un seul sens, selon l'ambassade des Emirats arabes unis en Israël. Durant la même période, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint environ 5,6 milliards de dollars (environ 4,6 milliards de francs).
Un engouement largement unilatéral
Plus d'un million d'Israéliens ont visité les Emirats arabes unis depuis 2020, soit près d'un habitant sur dix, selon le ministère israélien des affaires étrangères. En 2023, Israël a été, par moments, le marché touristique à la croissance la plus rapide pour Dubaï, avec une hausse de 212% au cours des deux premiers mois de l'année.
Les observateurs avancent plusieurs raisons à cette popularité:
- la distance courte, d'environ trois heures de vol et sans visa depuis l'accord,
- l'absence de tradition antisémite historiquement enracinée, comme le souligne la diplomate israélienne Larissa Samoïlovitch,
- le goût général des Israéliens pour les voyages, pour lesquels les Emirats passent pour une destination arabe particulièrement «accueillante», relève l'analyste israélien du Moyen-Orient Yossi Kuperwasser, du Jerusalem Center for Public Affairs.
Le tourisme est ainsi très unilatéral: alors que, jusqu'en 2022, quelque 470 000 Israéliens se sont rendus dans les pays des accords d'Abraham, seuls un peu plus de 5000 visiteurs de ces pays ont fait le voyage en sens inverse, notamment en raison d'obstacles liés aux visas et de la crainte des voyageurs arabes d'être confrontés à des hostilités.
Des liens néanmoins controversés
Fait remarquable, même la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza ainsi que les tensions avec l'Iran n'y ont jusqu'ici presque rien changé. Flydubai, comme Etihad, ont maintenu leurs liaisons avec Israël, un signe de la détermination avec laquelle les Emirats arabes unis tentent de dissocier leur stratégie de normalisation économique des événements liés aux guerres, comme l'a formulé un analyste bahreïni auprès du quotidien Times of Israel.
Malgré cela, les relations avec Israël restent controversées au sein de la population. Les sondages du Washington Institute montrent depuis des années une image contrastée: en 2022, seul environ un quart des Emiratis jugeaient encore positifs les effets des accords d'Abraham sur la région. Juste après leur signature, en 2020, ils étaient deux fois plus nombreux.
Les critiques parlent d'une normalisation «d'en haut», majoritairement tolérée par la population, mais non soutenue. Critiquer ouvertement les décisions des autorités est risqué aux Emirats. (trad. ysc)
