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Salt Bae, ce beauf braisé au gros sel

Il neige sur les comptes en banque.
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Salt Bae, ce beauf braisé au gros sel

Depuis que l'influenceur ascendant boucher a importuné Messi, Internet comprend enfin que partir de rien n'empêche pas d'arriver nulle part. Si Salt Bae a fait fortune en salant la viande des vraies stars et l'addition des faux riches, il incarne surtout le pire de la gastronomie moderne: «l'expérience culinaire».
22.12.2022, 18:4904.01.2023, 10:57

Toucher la Coupe du monde est une faveur réservée à peu d'élus: l'équipe victorieuse, son staff, son chef d'Etat. Salt Bae, lui, ne sera jamais que le chef d'étal d'un pays imaginaire, dans lequel il a fait fortune en salant de la viande devant des smartphones.

Si bien qu'en s'invitant brutalement dans la liesse des Argentins, dimanche dernier, il ne s'est pas aventuré bien loin de ses compétences. Montrer sa croupe et saler la coupe.

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Avant d'être admirablement éconduit par Lionel Messi, Nusret Gökçe, alias Salt Bae, n'était que l'amusante salière des stars, de Ribéry à Puff Daddy. L'animateur quasi inoffensif de dîners-spectacles, dans ses steakhouses sans étoile de Dubaï, Miami, Londres ou Doha.

Sobriété oblige, l'ancien apprenti boucher turc ne bouge pas un doigt sans la présence d'une caméra. Qu'il sale des faux-filets wagyu badigeonnés d'or à 2000 dollars ou contracte ses abdos devant cinquante millions d'abonnés extatiques.

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D'accord.
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Il y a quatre ans, en pleine inauguration à Manhattan, il a malencontreusement fait neiger du gros sel sur le pantalon du critique gastronomique du NY Times. Selon la victime, ce sera l'épisode le plus délicieux de sa visite. Un classique. Quand Salt Bae agite les algorithmes, c'est moins pour la qualité de son menu, que pour les innombrables anecdotes scandaleuses qui accompagnent la bidoche.

On ne compte plus les influenceuses brûlées au troisième degré, les steaks qui chutent sur le carrelage ou les coups de fil aux flics pour factures gonflées en douce. Anyway, «la qualité n’est jamais chère», jure-t-il à chaque fois qu'il affiche fièrement les douloureuses les plus douloureuses.

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Soyons corrects: sans lui, l'huile de coude ne serait encore qu'une expression qui souligne le labeur. Avant qu'il ne passe son temps à saler bizarrement la moindre personnalité médiatique, Salt Bae a nourri ses parents, modestes paysans plantés à Istanbul, en bossant jour et nuit depuis l'âge de 11 ans, dans des boucheries de quartier. Suant comme un boeuf pour apprendre un métier qui ne prédestine pas (toujours) à harceler Lionel Messi à l'aube de ses 40 ans.

Soyons correct (bis): Salt Bae n'est pas Vladimir Poutine, mais une bête attraction narcissique découverte en 2017 sur les réseaux sociaux. Ce n'est qu'un brave gosse mal né, qui a réussi dans le domaine joyeusement toxique de «l'expérience culinaire». Dans une époque où bien manger ne suffit plus. Dans des restaurants où il faut divertir avant de nourrir, faire voyager avant de faire envie, se pavaner avant de commander et filmer avant de déguster.

Gros sel, grosses ficelles, gros égo. Sans Instagram et l'imposant groupe industriel turc qui a fait enfler ses rêves, Salt Bae n'aurait finalement qu'une poignée de steakhouses d'autoroute et une méchante tendinite.

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