Société
Etats-Unis

Etats-Unis: Pourquoi les plaintes pour viol pleuvent dans le pays

P. Diddy, Jamie Foxx ou Axl Rose ont été accusés de violences sexuelles en novembre 2023.
P. Diddy, Jamie Foxx ou Axl Rose ont été accusés de violences sexuelles en novembre 2023.Image: watson

Pourquoi les plaintes pour viol pleuvent aux Etats-Unis

Pendant une année, les victimes de viol ou d'agression sexuelle pouvaient intenter une action en justice au civil pour des faits qui étaient prescrits. De nombreuses célébrités américaines figurent parmi les accusés.
24.11.2023, 18:4603.01.2024, 16:39
Suivez-moi
Plus de «Société»

Le rappeur P. Diddy, l'acteur Jamie Foxx ou encore le chanteur du groupe Guns N' Roses, Axl Rose, ont fait la une des médias cette semaine. En cause? Plusieurs femmes les accusent de viol ou d'agressions sexuelles.

Un timing qui n'a rien d'un hasard: jeudi 23 novembre à minuit (heure américaine), la loi Adult Survivors Act (ASA), instaurée le 24 novembre 2022 dans l'Etat de New York, prenait fin. Elle permettait aux victimes d'intenter une action en justice au civil pour obtenir une compensation financière, et ce, même si les faits étaient prescrits.

Mercredi 22 novembre, il ne restait ainsi que quelques heures pour se manifester et dénoncer les agresseurs présumés. Le message a été bien entendu.

2587 dossiers déposés en un an

Le jour même, les dernières plaintes sont donc tombées en masse. La mannequin Minerva Portillo a accusé le photographe Terry Richardson de l'avoir forcée à pratiquer une fellation non consentie en 2004, d'avoir exposé les photos de l'acte lors d'une exposition et de les avoir publiées dans un livre en 2006, relaye le New York Post. Dans la foulée, deux femmes ont dénoncé l'acteur Cuba Gooding Jr. qui les aurait embrassées de force à Manhattan.

La liste des accusés ne s'arrête pas là. En mai 2023, l'ancien président des Etats-Unis Donald Trump a été jugé coupable d'agression sexuelle et condamné à verser 5 millions de dollars de dommages et intérêts à la journaliste et écrivaine E. Jean Carroll.

Quelques mois plus tard, en octobre, l'actrice anglaise Julia Ordmond dépose plainte contre Harvey Weinstein pour agression sexuelle (des faits qui remontent à 1995), mais aussi contre Disney, Creative Artists Agency et Miramax, à qui elle reproche, entre autres, de ne pas l'avoir protégée, écrit le magazine Variety. La loi Adult Survivors Act souhaite que les institutions qui ont permis ces abus soient, elles aussi, dans le collimateur de la justice.

C'est le cas de l'Université de Colombia à New York, visée par une plainte à l'automne 2023. Elle est accusée d'avoir protégé l'ancien gynécologue Robert Hadden, reconnu coupable d'abus sexuels sur 301 victimes alors qu'il travaillait pour l'institution. Selon plusieurs médias américains dont Forbes, les administrateurs, infirmières et médecins ont tout fait pour dissimuler l'affaire.

Le chanteur Marilyn Manson, l'acteur Bill Cosby ou encore le maire de New York, Eric Adams, font également partie des agresseurs présumés. Au total, en une année, 2587 dossiers ont été déposés, dont certains au nom de plusieurs personnes.

«Vous devriez vous inquiéter»

Pourquoi une telle initiative a-t-elle vu le jour aux Etats-Unis? Il faut savoir qu'avant l'Adult Survivors Act (ASA) il y a eu la loi Child Victims Act qui fonctionnait sur le même principe. Du 14 août 2019 au 14 août 2021, les victimes d'abus sexuels dans l'enfance, qui n'avaient pas engagé de poursuite à l'âge adulte, avaient ce laps de temps pour intenter une action en justice.

Quelques années plus tard, et à force de lutte incessante de la part de diverses associations, l'ASA – «héritière de la vague #MeToo» selon le Huffington Post – a finalement été adoptée. Une nouvelle qui a réjouit beaucoup de monde, dont Liz Roberts, directrice générale du groupe de défense Safe Horizon. Quelques jours avant l'expiration de la loi, elle déclarait dans The Guardian:

«Le délai d'un an a permis aux survivants de reprendre leur pouvoir en intentant une action contre la personne qui leur a causé du tort, ou contre une institution négligente, sans craindre la prescription.»

Un des arguments avancés en faveur de l'adoption de l'Adult Survivors Act était justement le fait qu'un traumatisme, lié à un viol par exemple, pouvait prendre du temps à être assimilé par la victime. Avec le risque que les faits soient prescrits d'ici-là. La honte, la peur des représailles ou la crainte de ne pas être cru expliquent également ce silence, selon Linda B. Rosenthal, membre de l'assemblée de l'Etat de New York qui s'exprimait dans le New York Times.

Un silence qui a finalement été brisé, comme le pressentait Mary Ellen O'Loughlin, directrice de la Fondation pour les survivants d'abus, en mai 2022 (date à laquelle l'ASA a été acceptée). A l'époque, elle formulait cette mise en garde:

«A tous les prédateurs et les abuseurs: vous devriez vous inquiéter»
L'appartement des Zelensky en Crimée, vendu par la Russie
1 / 13
L'appartement des Zelensky en Crimée, vendu par la Russie
source: www.imago-images.de / imago images
partager sur Facebookpartager sur X
Ce 14 juin, elles dénoncent le sexisme en politique
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Donald Sutherland est mort
Le légendaire acteur américain Donald Sutherland est décédé jeudi à 88 ans.

Donald Sutherland, acteur éclectique notamment connu pour «Les Douze Salopards» ou son rôle de dictateur dans «Hunger Games», est mort à l'âge de 88 ans, a annoncé jeudi son fils Kiefer Sutherland.

L’article