A Gaza, ce jeune couturier fabrique des robes de princesse
Au cœur des décombres de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, un jeune couturier de 24 ans redonne vie à des tissus récupérés dans les bâtiments détruits par la guerre. Malgré les pénuries, les coupures d’électricité et la flambée des prix, il confectionne des robes de fête pour les enfants, offrant une rare touche de couleur dans un territoire dévasté.
Au détour d’une rue de Khan Younès, des mannequins pour enfants exposent des robes de princesses aux couleurs éclatantes. Une vision presque irréelle au pied d’immeubles éventrés par deux années de guerre entre Israël et le Hamas. Dans une petite boutique du quartier, une fillette fait tourner sa large jupe blanche parsemée de reflets argentés.
Son sourire discret trahit sa fierté. Difficile d’imaginer que cette tenue, assortie d’une coiffe en tulle, a été confectionnée à partir de morceaux de tissu récupérés dans les ruines du territoire palestinien. A l’origine de ces créations se trouve Amir al-Rantisi. Le jeune couturier a appris à composer avec les pénuries qui frappent Gaza pour poursuivre son activité.
«Je sélectionne certaines parties et je confectionne des robes à partir de ces morceaux. Je récupère aussi de vieilles robes que je recycle», explique-t-il.
Dans son atelier marqué par les impacts des combats, des tissus brillants et vaporeux s’entassent sur une table. Autour, des piles de robes usagées attendent d’être transformées en nouvelles tenues de fête. Une créativité dictée par les pénuries A Gaza, chaque étape de la confection relève désormais du défi. Maintenir l’activité demande une capacité constante d’adaptation.
«Nous souffrons énormément des coupures d’électricité», explique sa mère, Nisreen al-Rantisi. Comme la majorité des infrastructures du territoire, le réseau électrique a été lourdement endommagé par les combats. «Il arrive que nous ayons des commandes ou du travail que nous ne pouvons pas terminer», poursuit-elle.
Mise en place de stratégies
Pour contourner le problème, Amir al-Rantisi a imaginé une solution artisanale: relier la pédale d’un vieux vélo à sa machine à coudre. Ce système lui permet de continuer à travailler lorsque le courant est coupé. Sa mère reconnaît toutefois les limites de cette installation de fortune. «La couture se fait manuellement. Une personne doit coudre pendant qu’une autre s’occupe du reste», explique-t-elle, notamment de faire tourner le pédalier.
A ces difficultés s’ajoute l’explosion du coût des matières premières. Avec les restrictions sévères imposées aux importations vers Gaza, même les produits les plus basiques sont devenus rares. Amir al-Rantisi montre une bobine de fil noir devenue précieuse. «Cette bobine de fil noir, ce n’est plus possible d’en trouver. Et lorsqu’on en trouve, elle coûte 50 shekels alors qu’avant c’était sept shekels.»
Israël contrôle l’ensemble des points d’entrée de la bande de Gaza. Selon les organisations humanitaires présentes sur place, le nombre de camions transportant de l’aide internationale et des marchandises destinées au secteur privé reste insuffisant pour répondre aux besoins de la population et freiner la flambée des prix provoquée par la guerre.
(mbr avec afp)
