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Yann Barthès a mis une veste à l’extrême droite

Yann Barthès a mis une veste à l'extrême droite
La veste que Yann Barthès a porté mercredi, devant une commission de l'Assemblée nationale.image: site officiel de carhartt, montage: watson

L'extrême droite s'est pris une veste

Littéralement. Une Carhartt, modèle Prentis Liner, couleurs cypress/black. C'est la polaire que Yann Barthès a choisi d'enfiler pour son audition à l'Assemblée nationale, mercredi, convoqué par le parti de Marine Le Pen. Depuis, l'extrême droite française s'acharne sur ce «gilet de gauchiste», qui serait ni plus ni moins que le «signe du déclin de l'Occident». Bien sûr, c'est plus compliqué que ça.
29.03.2024, 18:4630.03.2024, 09:32
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Yann Barthès est-il de gauche? Pour les députés et les électeurs du Rassemblement national, il n'y a pas à tortiller de l'arrière-train. De façon plus raisonnable, disons que le présentateur et coproducteur de l'émission Quotidien, sur TMC, n'est pas d'extrême droite.

Allons-y même franchement: Yann Barthès emmerde le Front national. Convié (de force) devant la commission d’enquête sur les fréquences de la TNT, mercredi, le journaliste a sans doute volontairement trébuché sur le (nouveau) nom du parti de Marine Le Pen: «Nous sommes convoqués à la demande de cinq députés du Front nati... du Rassemblement national, pardon».

Ce ne sera pas le seul missile qu'il leur adressera.

«J'ai juré de dire la vérité, rien que la vérité, donc je ne vais pas vous dire que je suis ravi d'être là»
Yann Barthès, devant l'Assemblée nationale mercredi.

Ce jour-là, Yann Barthès affiche la mine des mauvais jours, le poivre et sel hirsute et une jaquette que l'on enfile d'ordinaire pour couper du bois dans le jardin de sa deuxième maison de campagne en Picardie. Bien sûr, cette dégaine est une arme, sinon un message fort. En choisissant de bouder le costard, lui qui ne le quitte pourtant jamais sur le plateau de Quotidien, Barthès hisse fermement son majeur en direction d'une formation politique qu'il «n'invitera jamais» dans son émission.

Ce sera d'ailleurs l'objet de cette audition, puisque la police de l'audiovisuel a été sommée par le Conseil d’Etat d'imposer du «pluralisme» aux ondes et écrans français. Epinglée et convoquée avant Quotidien, la chaîne populiste CNews a essuyé les plâtres d'une mission (quasi) impossible à honorer.

Durant de longues minutes, parsemées de soupirs aussi longs que les poils de sa jaquette, Yann Barthès va concentrer son énergie sur la ligne «humaniste, antiraciste, de liberté et d’égalité» de son émission, le talent de ses chroniqueurs. Quotidien manque-t-elle de ce «pluralisme» désormais brandi comme le prétexte plaqué or du débat télévisuel français? Négatif, mon capitaine! «Toutes les sensibilités politiques s’expriment dans l’émission. Aucune formation ne subit d’ostracisme».

Que le RN soit systématiquement refoulé de son havre du divertissement populaire n'y change rien, puisque... les soldats de Marine Le Pen «boycottent, discréditent et agressent les équipes de Quotidien depuis des années».

Une audition kafkaïenne? Absolument. Mais le croquignolesque est ailleurs. En l'occurrence, sur les épaules de l'auditionné.

La polaire de Yann Barthès a remué davantage d'estomacs que sa ligne éditoriale ou ses frondes contre le Rassemblement national. Dès la fin de l'audition, les réseaux sociaux d'extrême droite se sont littéralement déchaînés sur sa dégaine. Du «gilet de gauchiste» à la «guenille dégueulasse», tous les synonymes ont été épuisés pour signifier que «le bobo parisien» s'est «déguisé en pauvre» et que c'est, ni plus ni moins, que la «preuve du déclin de l'Occident».

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Pourtant, deux jours plus tard, les mêmes (ou presque) pestaient contre un président Macron qui s'est fait livrer deux costards jusqu'au Brésil, moyennant 3000 euros de frais de port, histoire d'être présentable devant Lula. C'est bien connu, l'élégance ne suit aucune règle, sinon la sienne. Dis-moi ce que tu portes, je te dirai l'insulte que tu mérites.

Mais là où les grognons hexagonaux ont raison, c'est que Yann Barthès a volontairement joué l'offense et dégainé la polaire du dimanche pour jeter un froid. Un acte de rébellion adulescent, pour dire fuck, pour faire causer, pour rappeler qu'il n'avait «pas envie d'être là».

En revanche, on est loin de la «veste de SDF».

Ce blouson est un Carhartt WIP, modèle Prentis Liner, couleurs cypress/black, composée en grande partie de poils en polyester, alors que les poches et le bord du zip sont en taffetas de nylon. Le tout a été tissé en Chine et confectionné au Myanmar, autrement dit loin bien loin des chaï latte à 20 euros du XIe arrondissement de Paris.

Le prix de la «veste de SDF»?

179 francs
Le blouson de Yann, mais de couleur noir.
Le blouson de Yann, mais de couleur noir.site de carharrt

C'est là que ça se complique, pour les Loïc Prigent du Rassemblement national. Devant la commission, «Yann le bobo» n'a certes pas enfilé la première guenille de chez Kiabi, mais il n'a pas non plus armé le cardigan côtelé en laine, cachemire et lurex d'Yves Saint Laurent, à 1300 euros. Autrement dit, une fois sorti de l'hémicycle de l'Assemblée nationale, ce vêtement ne dit pas grand-chose de son propriétaire, sinon sa volonté de nous faire gober qu'il retape une ferme dans le Cantal pendant les vacances. Si l'on veut craquer pour cette Prentis Liner, il suffit d'être un citadin désolé de l'être. Et un travailleur qui n'est pas au Smic. Riches producteurs de télévision et graphistes hipsters bataillent finalement sur le même octogone.

C'est un peu la faute de cette marque iconique du Michigan, plus que centenaire et un peu schizophrène. Après avoir affublé les ouvriers américains de ses salopettes en épais cotton duck de couleur ocre, puis des uniformes aux soldats de la Première Guerre mondiale, Carhartt a vécu son rêve américain. Vers la fin des eighties, les rappeurs et les skaters se sont emparés de toute sa garde-robe. De Tupac et ses potes au début des années 1990, à Harry Styles aujourd'hui. Et la marque américaine ne peut remercier qu'une seule de ses pièces, qui porte un nom de missile russe: le A18 Watch Cap.

Probablement le bonnet le plus vendu à ce jour.

Coucou Harry!
Coucou Harry!

Le génie marketing de Carhartt s'est révélé en 1989 et sous l'impulsion d'un couple de designers suisses. Edwin et Salomée Faeh créeront la sous-marque «Carhartt Work in Progress» («Carhartt WIP») et en deviendront les distributeurs exclusifs en Europe. Pour singer l'homme des bois, le hipster du bitume n'avait plus qu'à sortir son chéquier et se fringuer comme son voisin de terrasse parisienne à l'heure du brunch.

Car il est là, le vrai drame de Yann Barthès et de sa «veste de SDF» à l'Assemblée nationale: le blouson Carhartt va tellement à tout le monde, qu'il ne va finalement à personne. Le présentateur de Quotidien a-t-il commis une faute politique en larguant son costume? Peut-être. Mais c'est d'abord une immense faute de goût. Et l'extrême droite s'est pris une veste.

Les chocolatiers préparent Pâques
Video: watson
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