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Qualif JO: les escrimeurs suisses fâchés contre leur fédération

Alexis Bayard of Switzerland reacts at the epee fencing Berne world cup tournament in Guemligen, Switzerland, Saturday, November 12, 2022. (KEYSTONE/Peter Schneider)
A cause de remboursements de frais fortement restreints, Alexis Bayard et les autres escrimeurs suisses doivent mettre la main à la poche pour leurs voyages. Image: KEYSTONE

Cet escrimeur valaisan est fâché contre sa fédé: «Je perds 6000 francs»

La fédération suisse d'escrime va mal: démissions, grosses pertes financières et mauvaise gestion. Conséquences? Les athlètes, y compris ceux en lice dans les qualifs aux JO 2024, doivent payer leurs frais de voyages de leur poche.
03.05.2023, 17:0003.05.2023, 17:31
Rainer Sommerhalder et Nicola Abt / ch media
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D'habitude, l'escrime se retrouve tous les quatre ans sous les projecteurs en Suisse, à l'occasion des Jeux olympiques. Pour la fédération, Swiss Fencing, 2024 est un millésime particulier, et pas seulement à cause de Paris. Six semaines avant ces JO, les Championnats d'Europe se dérouleront à Bâle. Mais c'est justement au moment de la préparation décisive de ces deux grands événements que le feu prend au sein de la fédération.

Il y a d'abord une démission. Celle de Daniel Lang, directeur de la fédération et responsable du sport d'élite, qui a quitté son poste après seulement deux ans. L'ancien escrimeur olympique déclare officiellement que c'est «pour des raisons privées. C'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet.»

Switzerland?s Alexis Bayard, Max Heinzer and Hadrien Favre, from left, react during the team epee fencing Berne world cup tournament in Guemligen, Switzerland, Sunday, November 13, 2022. (KEYSTONE/Pet ...
Les escrimeurs suisses Alexis Bayard, Max Heinzer et Hadrien Favre (de gauche à droite) ainsi que tous leurs collègues devront mettre la main à la poche.Image: KEYSTONE

D'après des voix internes, il serait plutôt question de relations compliquées, notamment avec le vice-président Christian Barozzi. Est-ce pour cette raison que le Tessinois écrit dans son rapport annuel sur la communication qu'«il y a souvent eu des problèmes de coordination avec le directeur»?

Le départ de Lang, même si sa gestion sportive de la fédération n'a pas fait l'unanimité, laisse un vide sensible dans le sport de compétition. En effet, depuis 2021 et le départ de Gabriel Nigon, ce département est également orphelin au niveau stratégique au sein du comité directeur.

Le président de la fédération, Lars Frauchiger, ne dit rien sur la démission de Lang. Seulement qu'«il sera difficile de le remplacer». La recherche d'un successeur est en cours. Des tentatives ont été faites, entre autres, en direction de l'Italie.

Une grosse perte, des erreurs et des athlètes taxés

Mais c'est surtout le thème de l'argent qui a suscité l'inquiétude lors de l'assemblée de la fédération à Kloten. Pour la deuxième fois consécutive, l'année s'est terminée sur un déficit important. Les 300 000 francs de perte de 2021 étaient autodéterminés, car Swiss Fencing avait renoncé à 75% des droits de licence à cause de la pandémie de Covid-19. Mais les 250 000 francs de l'année dernière ont tiré la sonnette d'alarme. Frauchiger se montre autocritique:

«Nous avons fait quelques erreurs»
Lars Frauchiger, président de Swiss Fencing

Engager trop d'entraîneurs coûteux et envoyer des délégations d'encadrement trop importantes aux compétitions à l'étranger: ces deux raisons principales sont à l'origine de la perte qui a fait fondre les fonds propres de Swiss Fencing de la coquette somme de 700 000 francs à 150 000 francs en l'espace de 24 mois.

L'attribution des JO fait souvent débat👇

C'est pourquoi, en cette année importante de qualification pour les Jeux olympiques, il s'agit de «faire des économies». Et les athlètes souffrent également de cette débâcle financière. Depuis quelques mois, ils doivent verser à la fédération une taxe administrative de 25 francs pour chaque compétition à l'étranger. Cette taxe est justifiée, selon la fédération, par le fait que le Covid-19 a considérablement augmenté les dépenses liées à l'organisation des voyages. Un autre élément vient encore compliquer la situation, comme l'explique Lars Frauchiger: «Nous ne trouvons plus de bénévoles pour s'occuper de ce genre de choses».

Conséquences: même les figures de proue de l'escrime suisse, comme Max Heinzer ou Alexis Bayard, doivent désormais prendre en charge une partie des frais de voyage. Les escrimeurs et escrimeuses helvétiques ne sauront toutefois qu'en fin d'année combien leur billet olympique leur coûtera effectivement. En effet, une place sur le podium de la Coupe du monde par équipe, par exemple, leur permettrait de s'affranchir de la participation aux frais. Mais, pour un sportif d'élite, calculer un budget annuel sur ces bases est compliqué.

Colère, oubli et gifle

L'escrimeur valaisan Alexis Bayard, également porte-parole de sa corporation, a des mots très clairs:

«Nous sommes très fâchés de cette décision»
Alexis Bayard, escrimeur valaisan et porte-parole des escrimeurs suisses
Le Valaisan Alexis Bayard, qui vise les JO 2024 de Paris, est fâché contre Swiss Fencing.
Le Valaisan Alexis Bayard, qui vise les JO 2024 de Paris, est fâché contre Swiss Fencing. image: instagram

Le moment choisi pour cette décision a de quoi faire grincer des dents. Le coup de massue de ces frais supplémentaire est arrivé en plein milieu de la saison. Alexis Bayard enchaîne:

«Je comptais sur ces subventions de la fédération. Si ma saison se passe mal au niveau des résultats, je perdrai 6000 francs»
Alexis Bayard

L'interview d'Alexis Bayard

Alexis, pourquoi êtes-vous fâché contre Swiss Fencing?
Nous, les escrimeurs, avons été surpris par cette décision de couper nos subventions. Jusqu'à cette année, la fédération remboursait 100% de nos frais de voyages lors des compétitions, sauf la nourriture. Aujourd'hui, elle ne rembourse plus que 60%.

Peut-elle revenir en arrière?
Pour cette saison, ce ne sera sans doute pas le cas. Mais j'ai entendu des échos encourageant pour 2024, qui est une année hyper importante avec les JO. Nous avons bon espoir que la fédération fasse machine arrière en 2024.

Combien perdez-vous au total cette saison?
En devant payer désormais 40% des frais de voyages, je perds 6000 francs. A cela, il faudra peut-être ajouter les taxes de 25 francs que la fédération veut aussi nous faire débourser pour chaque compétition. Sachant qu'on en a entre 10 et 15 par année, on est vite à 300 francs supplémentaires.

Pourquoi cette taxe de 25 francs a-t-elle été imposée?
Nous sommes encore en discussion pour tenter de la supprimer, mais, si elle est maintenue, chaque escrimeur paiera son total en fin d'année. A la base, elle a été justifiée par une hausse des coûts d'organisation liée à la pandémie, comme la nécessité de réserver davantage de chambres pour respecter les mesures sanitaires. Mais, depuis, Swiss Fencing ne l'a pas supprimée. Le montant n'est pas colossal, mais c'est le principe qui est dérangeant.

Et au niveau des subventions réduites à 60%, êtes-vous toujours en négociation?
J'ai mis mon énergie dans des réunions avec la fédération entre janvier et mars mais, désormais, je souhaite me concentrer sur la compétition (réd: Alexis Bayard est actuellement à Cali, en Colombie, pour une épreuve de Coupe du monde). Un système de défraiement proportionnel est mis en place par Swiss Fencing: plus on va loin dans le tableau, plus on est remboursé. Si on atteint les quarts de finale, par exemple, on ne paie plus que 20% de nos frais de voyage.

Propos recueillis par Yoann Graber

Pour des raisons financières, l'étudiant en sport retournera vivre chez ses parents fin juin. Lars Frauchiger comprend la colère des athlètes. «Mais il fallait le faire. Si nous avions attendu une année de plus, nous aurions fait faillite», se justifie-t-il.

Comme Alexis Bayard, l'escrimeur lucernois Max Heinzer est fâché.

«Les erreurs financières n'ont pas été commises par les athlètes, mais certains en souffrent maintenant. Ce n'est pas normal»
Max Heinzer, escrimeur lucernois

La fédération a par exemple oublié d'annuler à temps un camp d'entraînement à Tenero. Le coût de cet oubli? Environ 2'000 francs.

Le Lucernois Max Heinzer est lui aussi en pétard contre la fédération suisse d'escrime.
Le Lucernois Max Heinzer est lui aussi en pétard contre la fédération suisse d'escrime. image: instagram

Ces difficultés financières entraînent aussi des ajustements au sein du comité directeur. Le Saint-Gallois Till Ferst sera désormais responsable des finances à la tête de l'association. Il succède à Florence Dinichert, qui quitte déjà ses fonctions après à peine deux ans. «Je n'ai pas pu exercer mon travail comme je l'aurais souhaité. Mes possibilités d'action étaient limitées», se déculpabilise l'ancienne pentathlète moderne. Reste à savoir si elle restera ou non au comité directeur.

Lors de l'assemblée de Swiss Fencing, les délégués ont clairement exprimé leur colère face au résultat annuel en n'accordant la décharge au comité directeur qu'à une très faible majorité. «C'était une gifle», selon le président Lars Frauchiger. «Nous devons nous améliorer».

Juniors touchés et omerta

Différentes mesures doivent permettre d'alléger le budget. «Le nombre d'encadrants lors des compétitions sera réduit». La relève est particulièrement touchée: certains tournois seront supprimés. «Une compétition à l'étranger coûte environ 20 000 francs», explique Frauchiger.

«Il n'est pas question de renoncer à des tournois chez les actifs. L'accumulation de points au classement mondial est trop importante en vue de la qualification pour les Jeux olympiques.»
Lars Frauchiger

La fédération a du mal à trouver des moyens financiers. Seule une petite centaine de dossiers de sponsors seraient ouverts. «Dans la plupart des cas, nous recevons une réponse négative. Le simple fait d'avoir un entretien est déjà un succès», déplore Swiss Fencing.

Alors que les critiques tapent du poing sur la table en interne, ils se font discrets en public. Ça s'explique notamment par le fait que «personne ne peut vraiment parler librement dans le milieu de l'escrime», comme le souligne un haut fonctionnaire. Il déplore les conflits d'intérêts et trop d'intérêts personnels chez les décideurs, exige un changement de mentalité rigoureux et espère, si nécessaire, une réaction plus forte lors des prochaines élections du comité directeur dans un an.

Adaptation en français: Yoann Graber

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