Sport
Covid-19

Foot suisse: La Super League souffre économiquement

Pour s'assurer les services de Jack Grealish, Manchester City a déboursé 117,5 millions d'euros en faveur d'Aston Villa.
Pour s'assurer les services de Jack Grealish, Manchester City a déboursé 117,5 millions d'euros en faveur d'Aston Villa. image: keystone

Le manque d'argent des grands championnats affecte aussi la Suisse

La crise du Covid a secoué le marché des transferts dans certaines ligues prestigieuses. Pendant que les clubs anglais jettent l'argent par les fenêtres, les autres grands championnats doivent faire des économies. En tant que ligue formatrice, la Super League en souffre.
23.09.2021, 06:0423.09.2021, 16:41
françois schmid-bechtel / ch media<br>

Beaucoup de grands clubs européens de football sont actuellement gravement malades. Et ce n'est pas de bon augure pour la Super League helvétique.

Gravement malades? Mais pourtant, n'y a-t-il pas eu constamment des discussions, des articles et des émissions sur la folie du mercato cet été? A commencer par Lionel Messi, jamais vu sous un autre maillot que celui du FC Barcelone, et désormais au Paris Saint-Germain (PSG).

Barcelona&#039;s Lionel Messi, right, and Juventus&#039; Cristiano Ronaldo during the Champions League group G soccer match between FC Barcelona and Juventus at the Camp Nou stadium in Barcelona, Spai ...
Les deux meilleurs footballeurs de l'époque actuelle ont changé de club cet été: Lionel Messi (en arrière fond) et Cristiano Ronaldo.Image: keystone

Le refrain est le même avec Cristiano Ronaldo. Quand un tel joueur change de club, c'est l'emballement médiatique. Encore plus lorsqu'il revient à ses débuts, en l'occurrence Manchester United. Ou lorsque Jack Grealish – oui, c'est bien l'international anglais que beaucoup d'entre nous ont vu pour la première fois lors de l'Euro 2020, le type à la coiffure de caniche qui sortait le plus souvent du banc des remplaçants – est transféré à Manchester City pour 117,5 millions d'euros. Sans parler du Real Madrid, qui offre 180 millions au PSG pour Kylian Mbappé. Autrement dit, le mercato cet été, c'était de la folie!

Mais ce sont des exceptions. La règle est la suivante: les caisses des clubs sont vides, ce qui a un effet négatif sur le marché des transferts. A l'exception de la Premier League anglaise et de la Bundesliga allemande. Toutes deux ont pu maintenir leur niveau par rapport à l'été 2018, lorsque personne n'imaginait une pandémie mondiale. Dans un marché qui définit la croissance permanente comme la priorité absolue, cette situation de stagnation n'est pas vraiment satisfaisante pour les acteurs. Mais elle reste meilleure que celle de l'Italie, de l'Espagne et de la France. Dans ces pays, le marché s'est presque effondré.

A l'été 2018, les clubs de la Serie A italienne ont dépensé 1,13 milliard d'euros pour l'achat de nouveaux joueurs sur le mercato. Lors de la fenêtre de transfert récemment fermée, ce chiffre n'était que de 583 millions. La différence en Liga espagnole est encore plus flagrante: 933 millions en été 2018 contre 300 millions aujourd'hui!

🇨🇭La Super League impactée

Ces faibles sommes de transactions dans les ligues supérieures ont un fort impact sur les clubs suisses. Après tout, la Super League se considère comme un championnat formateur, dont le but est aussi de vendre des joueurs à l'étranger avec un bénéfice.

Et les clubs helvétiques ne cessent de nous répéter qu'ils sont dépendants des recettes de transferts pour compenser les déficits structurels. Parfois, ça marche très bien. Surtout à Bâle, qui a pu vendre neuf joueurs pour plus de dix millions d'euros au cours des neuf dernières années. Young Boys a également réussi à générer 44 millions d'euros de bénéfice sur ses transferts au cours des cinq dernières années.

La Fédération internationale de football association (Fifa) classe la Super League dans le top 10 mondial au niveau du bénéfice net sur les transferts au cours de la dernière décennie, tandis que le FC Bâle occupe la treizième place du classement des clubs pour la même période. Ce sont des chiffres remarquables, mais qui appartiennent au passé. Le présent est, lui, plus sombre. Les 3,5 millions d'euros versés par Lorient pour le défenseur lausannois Moritz Jenz constituent la valeur la plus élevée lors du dernier mercato.

Moritz Jenz (à gauche), passé de Lausanne à Lorient, a été le départ le plus cher de la Super League cet été, avec un prix de 3,5 millions d'euros.
Moritz Jenz (à gauche), passé de Lausanne à Lorient, a été le départ le plus cher de la Super League cet été, avec un prix de 3,5 millions d'euros.image: keystone

Derrière lui, on trouve Silvan Widmer qui est passé de Bâle à Mayence pour 2,5 millions. Cette somme ne couvre même pas le prix d'achat de Widmer – le FCB l'avait fait venir de l'Udinese pour 4,5 millions en 2018 – et encore moins le déficit du club rhénan. Cet été, pour la première fois au cours des dix dernières années, les clubs de Super League ont dépensé plus en transferts qu'ils n'ont gagné.

Développement des transferts en Super League: balance des transferts des dix dernières années (valeurs en millions d'euros)

Image

Le championnat formateur est-il un modèle dépassé?

Sur la base de ces faits, des questions profondes se posent inévitablement pour les clubs suisses: doivent-ils repenser leur modèle économique? Peuvent-ils encore compter à l'avenir sur les gros bénéfices des transferts? Ou bien le label «championnat formateur» est-il un modèle dépassé ?

Le transfert de Granit Xhaka à Arsenal a rapporté à Gladbach un bénéfice de 36,5 millions. Le FC Bâle n'avait touché que 8,5 millions pour le départ de son milieu de terrain en Allemagne.
Le transfert de Granit Xhaka à Arsenal a rapporté à Gladbach un bénéfice de 36,5 millions. Le FC Bâle n'avait touché que 8,5 millions pour le départ de son milieu de terrain en Allemagne. image: keystone

On pourrait arguer que des sommes exorbitantes continuent de s'écouler en Angleterre. Mais un transfert de la Suisse directement vers la Premier League est irréaliste. D'une part, parce que notre championnat n'a pas un grand standing. D'autre part, les clubs anglais ne sont pas portés sur les bonnes affaires.

Prenons l'exemple de Granit Xhaka. Il est d'abord passé de Bâle à Gladbach en 2012 pour 8,5 millions d'euros avant qu'Arsenal ne débourse 45 millions pour lui quatre ans plus tard. Autrement dit: en 2012, Xhaka aurait été beaucoup moins cher pour les Londoniens. Mais cela ne dérange personne sur l'île britannique. Ce qui est le plus important pour les Anglais, c'est la certitude que le joueur soit à la hauteur. Et ils ne peuvent guère l'avoir tant que le joueur n'évolue «que» dans la première division helvétique.

La Super League ne peut pas atteindre le trésor anglais

«Il est très difficile pour nous de vendre un joueur à Liverpool ou à Manchester», déclare Christoph Spycher, directeur sportif de Young Boys. Bien sûr, la scène internationale contribue à améliorer le niveau des joueurs. Mais même un Mohamed Salah, dès son arrivée en Angleterre depuis Bâle, a rapidement été prêté à la Fiorentina, puis à l'AS Roma. Il avait été repéré par Chelsea grâce à deux superbes performances en Ligue des champions avec les Rhénans contre le club de Stamford Bridge. Pour l'Egyptien, l'Italie a été l'étape intermédiaire sur le chemin de l'Olympe.

Le marché anglais est le paradis inaccessible. «Notre principal marché d'exportation est la Bundesliga, suivie par le championnat de France», explique Spycher.

«Etant donné que les clubs de Bundesliga de taille moyenne, en particulier, sont restés passifs pendant la période des transferts, car eux aussi ne pouvaient guère vendre de joueurs, il n'y a pratiquement pas eu de mouvement en Suisse»
Christoph Spycher, directeur sportif de Young Boys

Vers la fin de la période des transferts, des offres concrètes ont été reçues pour trois joueurs de Young Boys. Mais grâce à leur participation à la très lucrative Ligue des champions cette saison, les Bernois ne subissent pas de pression économique qui aurait été susceptible de leur faire vendre des joueurs lors des deux prochaines périodes de transfert.

Les jeunes talents du FC Lucerne dépendent des subventions

La situation est quelque peu différente à Lucerne et à Saint-Gall, la «classe moyenne» typique de la Super League. Il y a un manque partout: sur les recettes des spectateurs de la saison dernière, les primes de la Coupe d'Europe et les revenus des transferts. «Nous sommes toujours en mode survie», déclare Stefan Wolf, président du FC Lucerne. «Nous sommes et restons un club formateur dans un championnat formateur. Nous budgétisons les bénéfices des transferts de manière très conservatrice. Néanmoins, nous en sommes dépendants.»

La saison en cours ne sera pas seulement une lutte sportive pour le FC Lucerne et ses supporters, mais aussi financière.
La saison en cours ne sera pas seulement une lutte sportive pour le FC Lucerne et ses supporters, mais aussi financière.image: keystone

Selon la plateforme transfermarkt.de, le FC Lucerne a réalisé un bénéfice sur les transferts de 9,4 millions d'euros au cours des dix dernières années. Il ne couvre pas les dépenses pour le secteur de la relève. Celui-ci en dévore trois millions par an. Normal? D'un point de vue purement économique, la question est légitime. Mais Stefan Wolf la balaie: «Tout d'abord, la Fondation de l'Académie de football de Suisse centrale nous soutient. Deuxièmement, nous soutenons également le sport populaire avec des talents qui n'ont pas réussi à intégrer l'équipe professionnelle et qui poursuivent leur carrière de footballeur dans les ligues inférieures».

«Nous ne sommes pas prêts à faire du marchandage»

Du côté du FC Saint-Gall, 3,5 millions de francs par an sont injectés dans les jeunes talents. En moyenne, sur les dix dernières années, les Brodeurs ont fait environ 1 million de bénéfice sur les transferts par saison. Le président saint-gallois Matthias Hüppi:

«Nous nous en tenons au modèle commercial, mais nous le réexaminons constamment. Il n'est pas non plus question de brader nos meilleurs talents»
Matthias Hüppi, président du FC Saint-Gall

Que veut-il dire par là? Le club italien du Genoa a manifesté son intérêt pour le talentueux défenseur du Kybunpark Leonidas Stergiou. «Mais le club ligurien est endetté d'environ 150 millions d'euros et a proposé des modèles de financement aventureux. En principe, nous ne sommes pas prêts à faire du marchandage», tranche Hüppi.

Alors oui, on sent à Berne, et encore plus à Lucerne et Saint-Gall, que le marché des transferts s'est refroidi. «Même en troisième Bundesliga, les choses tournaient en rond avant le Covid», avoue Hüppi. La situation s'améliorera-t-elle un jour? Spycher, Hüppi et Wolf en sont convaincus. Surtout, ils l'espèrent.

Texte traduit par Anne Castella et adapté par Yoann Graber

Plus d'articles sur le sport
Un «retour historique» se prépare aux Paralympiques
Un «retour historique» se prépare aux Paralympiques
Les coachs suisses sont victimes d'un changement
Les coachs suisses sont victimes d'un changement
de Klaus Zaugg
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Marco Odermatt explose (presque) tous les compteurs
1
Marco Odermatt explose (presque) tous les compteurs
de pascal vogel
La deuxième division du hockey suisse va vivre une révolution
1
La deuxième division du hockey suisse va vivre une révolution
de Klaus Zaugg
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
«Dans l'ombre de l'UTMB, les trails romands souffrent»
de Julien Caloz
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
«Le coach de Tottenham a fait une faute professionnelle»
de Yoann Graber
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
Une sale fréquentation éclabousse un équipier de Pogacar
de Romuald Cachod
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
Une spécificité du calendrier rend Bodø/Glimt dangereux
de Romuald Cachod
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
1
Voici les pires frasques de Gianni Infantino
de Stefan Wyss
On en a la chair de poule
On en a la chair de poule
de Yoann Graber
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
Ce club portugais fait trembler les grands d'Europe
de Julien Caloz
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
Sepp Blatter «Trump est malade, et Infantino lui ressemble»
de François Schmid-Bechtel et Sebastian Wendel
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
Newcastle peut profiter d'un défaut insolite de son stade
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
«Honteux!»: la décision de cet arbitre de tennis fait polémique
de Yoann Graber
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
La pétanque suisse prend une mesure insolite pour aller aux JO
de Yoann Graber
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
1
Fiasco total pour l'écurie Aston Martin en F1
de Romuald Cachod
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Polémique autour du match de rugby Ecosse-France
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
Un tournoi de tennis très rare va naître près de la Suisse
de Yoann Graber
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
«Génial»: Une innovation en biathlon cartonne
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
2
Une joueuse de tennis placée sous protection policière
de Yoann Graber
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
Cet arbitre suisse raconte son improbable idée lors d'un match Iran-USA
de Sebastian Wendel
Cette Romande est une championne ultime
Cette Romande est une championne ultime
de Julien Caloz
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Le curieux aveu d'une ancienne star du foot suisse
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
de Yoann Graber
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
Le pilote le plus capé de la F1 n’est pas celui que l’on croit
de Nicolas basquez
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
Blessures, conflit familial, soucis d’argent: Dominic Stricker se livre
de simon hÄring
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
Un scandale de tricherie secoue la course à pied suisse
de Simon häring
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
Le rugby suisse est à 80 minutes d'un exploit historique
de Romuald Cachod
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
2
La guerre en Iran met la Fifa dans l'embarras
de Sebastian Wendel
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
Marianne Fatton a un lien spécial avec la Patrouille des Glaciers
de Julien Caloz
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
Ce Romand a créé le site qui va aider tous les randonneurs à ski
de Yoann Graber
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
1
Deux clubs romands ont tenté de recruter DiDomenico
de Klaus Zaugg
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
1
Un scénario catastrophe guette le foot suisse
de Romuald Cachod
Rhubarbe, le chien qui adore la moto
1 / 10
Rhubarbe, le chien qui adore la moto
Rhubarbe a plus d'une corde à son arc.
partager sur Facebookpartager sur X
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Une situation cocasse a fâché les fans de rugby
Le match très attendu entre la France et l'Angleterre, disputé samedi au Stade de France, a irrité de nombreux téléspectateurs et on les comprend.
On jouait depuis moins de deux minutes lorsque le commentateur de France 2 a dit tout haut ce que beaucoup étaient en train d'écrire sur les réseaux sociaux. «Il est magnifique ce maillot français mais il est perturbant, sans doute pour vous aussi devant votre écran de télévision, parce qu'il se rapproche de très près du maillot anglais.»
L’article