Drones, caméras embarquées: l’aviron fait sa révolution
L’image qui illustre cet article a été prise le 1er août dernier à Varèse, dans le berceau italien de l’aviron moderne. On y voit le Suisse Kai Schätzle, concentré avant la deuxième demi-finale du skiff masculin aux Championnats d’Europe. Près de lui, un drone aux quatre hélices et aux lumières vertes reste immobile dans les airs, prêt à capter la performance du Lucernois au plus près de l’action.
Cette scène aurait encore été inimaginable il y a quelques années. «Mais depuis la saison 2026, les drones ont fait leur apparition lors des grandes compétitions internationales», révèle Alexis Besançon, l’entraîneur en chef de l’équipe de Suisse. Une nouveauté qui l’enthousiasme, car elle change la manière de voir et de raconter l’aviron.
La présence des drones ne permet pas seulement de mieux observer la technique des athlètes. Elle offre aussi des images beaucoup plus spectaculaires des courses, contribuant à donner un nouveau visage à un sport qui «souffre d’un manque de médiatisation», selon Alexis Besançon.
Les drones ne sont pas la seule nouveauté apparue cette saison. Lors des Mondiaux d’Amsterdam, fin août, des caméras ont également été installées sur certaines embarcations afin de diffuser des images au plus près de l’action.
Mais rapprocher le public des rameurs ne se fait pas sans contraintes. Dans un sport où chaque gramme compte, les athlètes sont particulièrement sensibles au poids et à l’équilibre de leur embarcation. L’ajout d’une caméra nécessite donc l’installation d’un contrepoids pour garantir une répartition parfaite des masses. Une contrainte que le Raphaël Ahumada a expérimentée à ses dépens. Avant la finale du double mixte, le rameur vaudois a dû interrompre son entraînement et demander aux arbitres de repositionner la pièce, mal installée, qui l’empêchait d’effectuer correctement son geste.
«On en est encore aux balbutiements», résume Alexis Besançon. Les ajustements sont inévitables dans une phase de transition, mais Raphaël Ahumada ne s’est pas agacé de cet incident. Le Vaudois comprend la volonté des dirigeants de l’aviron de rendre la discipline plus spectaculaire et sait aussi ce que son sport (et donc les athlètes) peuvent y gagner. «Ces images immersives rendent la discipline plus attractive et plus spectaculaire: c’est clairement positif», estime-t-il.
Lui n’a jamais été dérangé par un drone en compétition. Les autres Suisses non plus. «Notre sport est tellement exigeant, avec cet engagement dans l’effort et cette concentration face à la douleur, que très vite la présence du drone passe au second plan. Il ne vient pas perturber l’athlète», assure l'entraîneur des Suisses.
De toute façon, des distances de sécurité sont imposées pendant les compétitions afin d’éviter tout incident. Et puis, les rameurs commencent à être familiers avec ces engins volants. Lorsque Besançon entraînait les Français en vue des Jeux olympiques de Tokyo, il utilisait déjà des drones à l’entraînement.
L’équipe de Suisse ne dispose pas de ses propres drones pour ses entraînements. «On est dans un canot moteur, on utilise une caméra 4K ou un téléphone pour filmer depuis le bateau», explique Alexis Besançon, qui insiste sur l’importance de la vidéo dans le travail quotidien:
«C’est précieux de se voir à l'écran. On repère mieux les petits détails à corriger», constate Raphaël Ahumada. Le Vaudois sait qu’à son niveau, le moindre détail peut avoir des conséquences importantes et permettre de gagner rapidement quelques places. Selon lui, les images aériennes pourraient devenir un véritable atout à l’avenir.
L’acquisition d’un appareil volant pourrait ainsi devenir un investissement pour le futur de l'équipe de Suisse: un nouvel outil d’analyse capable de décortiquer encore plus finement les entraînements et d'aider les athlètes à repousser leurs limites.
