De Genève à Bâle, les liens insoupçonnés de Djokovic avec la Suisse
Le 1er novembre 2011, Novak Djokovic faisait son entrée dans la halle Saint-Jacques de Bâle avec un masque sur le visage. «Une plaisanterie», expliquait le numéro un mondial, en référence à Halloween, célébré la veille. A l'époque, le Serbe aimait aussi jouer les amuseurs publics, multipliant les déguisements et les imitations pour divertir les spectateurs. Quatre jours plus tard, alors âgé de 24 ans, il s'inclinait face au Japonais Kei Nishikori, notamment en raison de douleurs à l'épaule droite. C'était la dernière apparition à Bâle du joueur le plus titré de l'histoire du tennis.
Jusqu'à aujourd'hui. Car à 39 ans, Djokovic fait son retour aux Swiss Indoors, qui ont débuté samedi. Actuellement 12e mondial, le Serbe espère engranger suffisamment de points à Bâle pour décrocher sa qualification aux ATP Finals de Turin. C'est dans cette optique qu'il a sollicité une invitation, ou wildcard, auprès des organisateurs.
En plus de son invitation, le Serbe bénéficiera d'une prime de participation, comme il est d'usage pour les grandes stars du circuit.
Ce retour vient donc ajouter un nouveau chapitre à la longue histoire qui unit Djokovic à la Suisse. Tout commence en 2004, lorsque le Serbe, alors âgé de 16 ans, affronte pour la première fois un joueur suisse, Marco Chiudinelli, lors d'un tournoi Challenger à Belgrade. Il s'incline 3-6, 2-6. Neuf mois plus tard, il reçoit une invitation pour disputer les qualifications des Swiss Indoors. Mais ses débuts bâlois tournent court: balayé 1-6, 1-6 par le Sud-Africain Wesley Moodie, Djokovic quitte le tournoi en moins d'une heure.
Les accusations de Federer
En 2006, le joueur de 19 ans retrouve Stan Wawrinka et Roger Federer en Coupe Davis, à Genève. Il bat le premier en cinq sets, avant de s'incliner face au second en trois manches. Mais son duel contre Wawrinka provoque des tensions. Djokovic multiplie les interruptions pour raisons médicales, ce qui agace Federer. «Je ne crois pas qu'il était blessé. Je trouve ses blessures ridicules», lâche alors le Bâlois.
Les relations entre les deux hommes sont réputées particulièrement froides durant les premières années de leur rivalité. La Suisse remporte finalement cette rencontre de barrage pour le maintien dans le Groupe mondial sur le score de 4-1. Il s'agissait alors du deuxième affrontement de Djokovic avec chacun de nos deux champions.
20 ans plus tard, Djokovic sera présent lorsque Wawrinka disputera le dernier tournoi ATP de sa carrière. Le Serbe, vainqueur de 24 titres du Grand Chelem, a notamment perdu deux finales majeures face au Vaudois, à New York et Paris. Il pourrait également assister à l'hommage qui lui sera rendu, voire y participer en tant que joueur lors du match principal du «Super Monday».
Longtemps devant Djokovic dans de nombreuses statistiques, Roger Federer a depuis vu le Serbe lui ravir la plupart de ses records. Et l'un des derniers pourrait être égalé précisément à Bâle. Il y a deux semaines, Djokovic a remporté à Pékin son 102e titre sur le circuit ATP, où il reste invaincu depuis 34 rencontres.
Federer a terminé sa carrière avec 103 titres ATP. Seul Jimmy Connors, avec 109 trophées, devance encore les deux champions. Lors des quatre précédentes participations de Djokovic aux Swiss Indoors, les deux rivaux se sont affrontés à deux reprises. En 2009, le Serbe s'était imposé en finale en trois sets. Federer avait pris sa revanche l'année suivante, également en trois manches.
Au total, Federer et Djokovic se sont affrontés 50 fois, dont cinq en finale d'un tournoi du Grand Chelem. A trois reprises, le Serbe a sauvé deux balles de match avant d'infliger au Suisse de cruelles défaites à l'US Open et à Wimbledon. Le public, lui, était très majoritairement acquis à la cause de Federer. «Quand les supporters crient Roger, moi, j'entends Novak», avait déclaré Djokovic après sa victoire en finale de Wimbledon en 2019. Malgré son immense palmarès, le Serbe n'a jamais réussi à atteindre, hors de son pays, la popularité de son rival suisse.
Des visites à Genève
Plusieurs polémiques ont également terni son image, notamment l'organisation de l'Adria Tour pendant la pandémie de Covid-19, l'affaire de sa vaccination en Australie ou encore ses provocations envers ses adversaires et le public.
Mais les liens entre Djokovic et la Suisse ne se limitent pas aux courts de tennis. En février 2018, après une longue période de réflexion, il décide de se faire opérer au coude à la Rennbahnklinik de Muttenz, dans le canton de Bâle-Campagne. Une intervention destinée à mettre fin à des douleurs persistantes. «J'ai joué pendant plus d'un an sous antidouleurs. C'était un compromis, car je crois fondamentalement à la capacité du corps à se guérir lui-même», avait-il confié au Daily Telegraph. Il avait également raconté avoir fondu en larmes à plusieurs reprises après son opération.
Djokovic entretient aussi des liens familiaux avec Genève. L'un de ses oncles travaille au CERN, tandis qu'une de ses cousines est mariée depuis l'été 2024 à Timothé Cognat, capitaine du Servette FC. Le Serbe est également ami avec l'ancien défenseur du club genevois Neven Marković et se rend parfois au Stade de Genève.
La Suisse au poignet
En 2024 et 2025, il a par ailleurs participé au Geneva Open, un tournoi ATP 250. Pour sa première apparition, il avait atteint les demi-finales, avant de remporter le titre l'année suivante.
La Suisse occupe également une place importante dans la carrière commerciale du champion, notamment grâce aux montres qu'il porte au poignet. Entre 2011 et 2014, Djokovic a collaboré avec la marque horlogère de luxe Audemars Piguet, dont le siège se trouve au Brassus, dans le canton de Vaud. Après un partenariat avec le fabricant japonais Seiko, il s'est de nouveau tourné vers l'horlogerie helvétique. Depuis 2021, il est ambassadeur de Hublot, une marque basée à Nyon, au bord du Léman.
Le Serbe a également fait don au Musée olympique de Lausanne de la raquette et du maillot avec lesquels il a remporté la médaille d'or aux Jeux olympiques de Paris en 2024.
Si Djokovic parvient à se hisser jusqu'en finale à Bâle, comme il l'a récemment fait à Pékin, il sera encore en lice le week-end d'Halloween. L'occasion, peut-être, de faire une nouvelle entrée masquée sur le court et de conquérir le cœur des amateurs de tennis suisses, qui l'ont longtemps considéré comme le grand méchant rival de Roger Federer.
