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Montagne: la crise climatique rend l'alpinisme «plus dangereux»

Tourists during a guided tour on the Aletsch glacier, in Fiesch, Switzerland, Tuesday, July 28, 2015. With 23 kilometers is the Aletsch glacier the longest glacier of Europe and belongs to the UNESCO  ...
Certains itinéraires glaciaires deviennent de plus en plus compliqués à négocier.Image: KEYSTONE

«La montagne devient plus dangereuse»: des alpinistes racontent

A cause de la hausse des températures, les montagnes deviennent de plus en plus mouvantes et instables. Ces changements compliquent le quotidien des adeptes de l'alpinisme, qui doivent modifier leur pratique et craignent davantage pour leur sécurité. Explications et témoignages.
26.07.2025, 06:5926.07.2025, 10:24

Le 28 mai dernier, sous les yeux ébahis de la planète entière, le village valaisan de Blatten disparaissait de la carte, enseveli sous une gigantesque avalanche de glace, de boue et d'éboulis. Un événement extrême, qui a marqué les esprits, mais qui s'inscrit dans une tendance globale et indéniable: nos montagnes souffrent, et le coupable est connu.

En effet, le réchauffement climatique impacte les régions montagneuses de manière particulièrement marquée. En 2021, une analyse de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) prédisait que «les réactions en chaîne du changement climatique dans les Alpes auront bientôt un impact non plus occasionnel, mais perpétuel sur le quotidien».

Les gens qui écument les Alpes le savent bien. Alpinistes et guides observent les montagnes se transformer, se modifier, ce qui se répercute sur leur pratique - et sur leur sécurité. «On peut dire que l'alpinisme devient de plus en plus exigeant en raison de l'augmentation des dangers objectifs», note Rolf Sägesser, responsable formation été auprès du Club Alpin Suisse (CAS).

«Le réchauffement climatique affecte très clairement notre travail, renchérit Yannick Diebold, guide de montagne. Nous devons changer nos pratiques et nous craignons davantage pour notre sécurité».

«Selon les derniers sondages, près de trois quarts des guides estiment qu’il y a plus de risques objectifs en montagne qu’il y a 5 ans»
Yannick Diebold

Un constat partagé également par les passionnés se rendant en montagne pendant leur temps libre. «Les conditions sont clairement devenues plus dangereuses», avance par exemple André, qui pratique l'alpinisme en Suisse depuis une dizaine d'années. En cause: il y a de moins en moins de neige, plus de crevasses, ce qui rend certains glaciers plus ouverts et difficiles à traverser. De plus, les chutes de pierres deviennent plus fréquentes et commencent plus tôt dans la saison.

Des itinéraires plus instables

Tout cela a des conséquences très concrètes. «Les itinéraires rocheux sont de plus en plus instables, à cause de la fonte du permafrost en haute altitude», explique Yannick Diebold. Le guide de montagne raconte que certains parcours qui étaient considérés comme sûrs le sont beaucoup moins. «Il y a quelques années en arrière, de nombreuses zones en haute montagne étaient tenues ensemble par le gel en profondeur», ajoute-t-il.

«Maintenant, la montagne est beaucoup plus mouvante. Des pans entiers de rochers risquent de s'effondrer»
Yannick Diebold

André en a récemment fait l'expérience. Lors d'une sortie sur un glacier en Suisse centrale, il entendait des éboulements toutes les deux minutes, sans les voir. «C'était une sensation étrange, retrace-t-il. Dans ces conditions, il ne faut pas trop s'approcher des pentes, sinon ça devient dangereux».

Le risque n'est, en effet, jamais loin. «On voit plus d'accidents, ou de presque-accidents», souligne Nicholas Bornstein, directeur de l'association Protect our Winter (POW). «Un ami a récemment reçu un gros caillou sur le pied. Ça peut paraître anecdotique, mais il aurait pu lui frapper la tête.»

S'il assure ne jamais prendre de risques, André reconnaît qu'il doit désormais adapter ses itinéraires. Voire carrément y renoncer. «Avant de planifier une sortie, nous appelons les propriétaires de la cabane, car ils connaissent très bien la situation sur place», explique-t-il.

«S'ils nous disent que c'est risqué, nous n'y allons pas. Et cela arrive de plus en plus souvent»
André

Il y a deux ans, par exemple, l'alpiniste a dû renoncer à une sortie en Valais, à cause des chutes des pierres. «C'était tout simplement trop dangereux», déplore-t-il.

Cette situation, Marine ne la connaît que trop bien: «Quand on constate qu'il y a des dangers, on ne part pas». Elle a remarqué que certains itinéraires, même ceux qu'elle a déjà empruntés par le passé, deviennent de plus en plus techniques. «C'est trop dangereux par rapport à nos compétences», indique celle qui a pourtant une bonne dizaine d'années de pratique à son actif.

«Il m'est déjà arrivé de renoncer à une course que j'avais déjà faite. On pense que ça va aller, puisqu'on connaît la situation. Puis, arrivé au dernier col, on voit qu'il n'y a pas assez de neige. On voit les séracs, la glace vive, et on comprend qu'on ne peut pas aller là où l'on voulait.»
Marine

Comme André, elle se renseigne auprès des gens de terrain avant d'organiser une sortie, ce qu'elle ne faisait pas avant - la carte suffisait. «Maintenant, on ne sait plus si un glacier est couvert, ou si les conditions nous permettent de partir», complète-t-elle. «Certains itinéraires glaciaires deviennent de plus en plus dangereux et compliqués à négocier», confirme Yannick Diebold.

«Ce n'est pas facile à vivre»

Parfois, les professionnels doivent également renoncer à certaines sorties, indique Yannick Diebold. Ce qui est sûr, c'est que ces changements les forcent à prendre des précautions supplémentaires. Une situation qui pèse sur le moral, bien que la préparation face à l'inattendu ait toujours fait partie du métier. «J'ai l'impression qu'il y a plus de fatigue chez beaucoup de guides», confie-t-il.

«Nous sommes confrontés à des conditions que nous ne comprenons plus forcément»
Yannick Diebold

Sans parler du fait que la préparation n'est pas seulement technique. «Il y a également une question d'adaptation morale, de tristesse à voir cette évolution, poursuit le guide de montagne. Lorsqu'on refait certaines courses qu'on a faites il y a quelques années, il nous arrive de voir que tout a changé. Ce n'est pas forcément facile ou agréable à vivre.»

Toutes les personnes que nous avons interrogées s'accordent sur un point: ce n'est pas une nouveauté. Mais les choses vont de plus en plus vite. «Cette tendance s'accentue depuis les deux ou trois derniers étés», confirme Nicholas Bornstein. «On constate une accélération évidente de ces phénomènes, lui fait écho Yannick Diebold. C’est une évolution rapide et qui va dans une direction inquiétante.»

Les glaciers reculent à grande vitesse

Les glaciers en sont bien sûr l'exemple le plus évident. «Ils sont les ambassadeurs du réchauffement climatique, illustre Nicholas Bornstein. Quand on les regarde, on se rend compte de l'ampleur du problème. Ça devient tout à coup très concret.»

«Depuis une dizaine d'années, nous traversons régulièrement le glacier d'Aletsch, raconte André. Il est beaucoup plus petit, il semble complètement différent chaque année. C'est horrible à voir.»

Les chiffres sont sans appel. Début juillet, le service de surveillance des glaciers (Glamos) indiquait que la glace accumulées dans les Alpes suisses au cours de l'hiver avait déjà fondu, alors que cela devrait normalement se produire entre août et septembre. Autrement dit: toute nouvelle fonte cette année va entraîner une diminution de la taille des glaciers.

Tourists observe a crevasse during a guided tour on the Aletsch glacier, in Fiesch, Switzerland, Tuesday, July 28, 2015. With 23 kilometers is the Aletsch glacier the longest glacier of Europe and bel ...
Il y a plus de crevasses sur les glaciers.Image: KEYSTONE

Cette situation bouscule également la saisonnalité des activités en montagne. «En raison du recul des glaciers, de la diminution de la neige et de l'élévation de la limite du permafrost, la saison de haute montagne commence toujours plus tôt et dure généralement moins longtemps», affirme Rolf Sägesser. Et le responsable du Club Alpin Suisse d'ajouter:

«Souvent, les courses de haute montagne ne sont plus possibles dès la fin de l'été, notamment parce que les glaciers ne sont plus praticables en raison de la fonte de la neige ou du risque accru de chutes de pierres.»
Rolf Sägesser

«En général, nous organisons nos sorties plus tôt dans la saison. Nous commençons à moins monter en altitude en juillet et en août, car c'est moins sûr», renseigne André. Selon Nicholas Bornstein, de plus en plus de guides prennent la même décision.

Les cabanes ne sont pas épargnées. Selon une étude du CAS, datant de 2024, plus d’un tiers des refuges pourraient devenir instables dans l’avenir en raison de la fonte du permafrost. Une quarantaine de structures sont, en outre, menacées par des éboulements. «Dans les années à venir, cette situation va encore s'accentuer et occupera fortement le CAS dans la planification, la définition des mesures, mais aussi sur le plan financier», renseigne Rolf Sägesser.

Le coût de l'inaction

Yannick Diebold rappelle également que les choses vont empirer, si rien n'est fait: «La réalité que les professionnels nous annoncent depuis longtemps se produit désormais chez nous. Ces phénomènes ne vont pas s'arrêter aux frontières. On sera de plus en plus touché», assure-t-il.

«Pendant des années, on nous a brandi les coûts de chaque mesure pour limiter les dérèglements climatiques, on a voulu empêcher chaque action au nom de l'économie», fustige-t-il.

«Ce que nous voyons aujourd'hui sur les glaciers et les arêtes, mais aussi dans les villages et les vallées, c'est le coût de l'inaction»
Yannick Diebold

Et le guide de montagne de conclure: «A Blatten, on a heureusement écouté les scientifiques et évacué le village avant qu'il ne soit trop tard. Est-ce qu'on ne pourrait pas les écouter en général, pour prévenir plutôt que réparer?»

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L'effondrement du glacier du Birch, au-dessus de Blatten

Une grande partie du glacier du Birch, au-dessus de Blatten, a cédé ce mercredi après-midi.

source: sda / jean-christophe bott
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