Un Romand en passe de marquer l'histoire sur le Tour de France
Lorsque nous avions suivi l'équipe Tudor sur le Tour de Romandie, une chose nous avait frappés: la façon dont toute la formation helvétique semblait organisée autour de son leader pour le général, Yannis Voisard.
Nous évoquions alors la métamorphose de l'équipe suisse, passée d'une formation spécialisée dans les classiques à un collectif davantage taillé pour les courses à étapes. Et au vu des performances du Jurassien sur la boucle romande, nous ajoutions:
Le Top 15, que Voisard n'avait pas dans un coin de sa tête au Grand Départ à Barcelone, préférant se concentrer sur les étapes, a définitivement laissé place à des ambitions encore plus élevées au classement. A l'amorce du triptyque final dans les Alpes, il occupe ni plus ni moins que la 10e place du général, lui qui pointait encore au 17e rang il y a quelques jours.
Ce bond, Yannis Voisard le doit aux abandons de grands leaders comme Jonas Vingegaard et Florian Lipowitz, mais surtout à son échappée au long cours, dimanche en direction du plateau de Solaison, alors que le peloton passait à quelques hectomètres de Genève. Repris dans le final par les principaux favoris, il a néanmoins préservé son avance sur ses adversaires directs.
Peu de Romands l'ont déjà fait
Les mauvaises langues diront qu'un Top 10 acquis par le biais d'une échappée n'a pas la même saveur qu'un résultat identique obtenu de haute lutte, en bataillant aux côtés des leaders. Nous retiendrons plutôt que le Jurassien a su prendre la bonne échappée, celle qui a mis longtemps à se dessiner et dans laquelle tout le monde voulait se glisser. Et qu'il a ensuite longtemps résisté à l'avant, malgré la faible marge laissée par le peloton.
Un Top 10 à l'arrivée sur les Champs-Elysées, une performance dont rêvent de nombreux coureurs, aurait des allures d'exploit pour Yannis Voisard, et pas seulement parce qu'il dispute actuellement sa première Grande Boucle et seulement sa deuxième course de trois semaines.
Peu de Suisses ont réussi à s'immiscer aussi haut dans le classement final du Tour. Ils ne sont que 15 à y être parvenus, certains à plusieurs reprises, à l'image de Tony Rominger et Alex Zülle. D'autres ont même atteint le sommet. On pense bien sûr aux vainqueurs Hugo Koblet et Ferdi Kübler. Le dernier Top 10 d'un coureur suisse remonte, lui, à 2015, avec la huitième place de Mathias Frank sous les couleurs de IAM Cycling.
Les Romands ont été encore moins à la fête. Seuls le Genevois Henri Collé (1923) et un certain Laurent Dufaux (1996, 1997 et 1999) ont inscrit leur nom dans la partie du classement que tout le monde scrute. On retient les dix premiers. Le onzième, lui, tombe souvent dans l'oubli.
Du monde en chasse
S'il souhaite conserver sa position actuelle à Paris, Yannis Voisard devra surveiller son rétroviseur. Deux coureurs se trouvent en embuscade à moins d'une minute 30: Ilan Van Wilder et Richard Carapaz.
Venu sur la Grande Boucle uniquement pour gagner des étapes, l'Equatorien Carapaz repartira sans doute à l'offensive en troisième semaine. A force de cravacher, il pourrait se replacer sans le vouloir dans le Top 10. Méfiance également envers Davide Piganzoli, désormais seule carte de Visma-Lease a Bike au classement général depuis l'abandon de Vingegaard. 13e à un peu plus de trois minutes du Suisse, il cherchera à sauver l'honneur de sa formation.
Devant, il semble au contraire difficile de grappiller des places tant les écarts sont conséquents. Mais la bonne échappée peut toujours rebattre les cartes, comme l'a montré ce mercredi Jordan Jegat. Le Français, neuvième du général, ne comptait qu'une minute et 28 secondes d'avance sur le Jurassien au départ de la 17e étape. Embarqué dans un groupe d'une cinquantaine d'unités, sans avoir à dépenser d'énergie, il détient désormais un matelas de dix minutes.
Mais quoi qu'il se passe devant lui, Yannis Voisard reste bel et bien en course pour la dixième place. D'autant que le grimpeur de poche suisse retrouve son terrain de jeu favori: les Alpes, où il a brillé cette année sur le Tour de Romandie et avait remporté l'Alpes Isère Tour en 2022. L'Isère, justement, où deux arrivées en altitude sont programmées vendredi et samedi, à l'Alpe d'Huez.
Mieux encore, Yannis Voisard a, à 27 ans, les cannes suffisamment fiables pour tenir trois semaines. Sur son premier Grand Tour l'an passé, le Giro d'Italia, il avait enchaîné les échappées lors des derniers jours de course. Le signe d'un coureur qui récupère bien.
