«Manzambi doit servir de déclic pour les clubs suisses»
Johan Manzambi a peut-être ouvert une brèche. Son ancien entraîneur Luigi Pisino espère que l’explosion de l’international suisse, transféré à Aston Villa pour un montant record pour un joueur helvétique (on parle de 68 millions d'euros), incitera les clubs du pays à miser davantage sur leur jeunesse. Dès ce week-end, à l’occasion de la reprise de la Super League et de la Challenge League, le sélectionneur de la Nati M19 gardera un œil attentif sur les compositions d’équipe. «J’espère que les jeunes talents du pays bénéficieront d’un maximum de temps de jeu», glisse-t-il.
Mais Luigi Pisino ne cache pas une certaine frustration. Selon lui, le temps de jeu accordé aux jeunes joueurs suisses reste largement insuffisant, et le retard pris sur d’autres nations comparables est encore important. «Il y a un gros travail à faire. On a un énorme écart avec des pays comme le Danemark ou la Belgique, qui nous ressemblent pourtant. On est très loin d’eux», estime-t-il, avant de citer un exemple concret pour illustrer ce constat.
«Quand on affronte des adversaires dont la moitié de l’équipe évolue déjà au niveau professionnel, qu’on parvient à être meilleurs qu’eux alors que nous avons beaucoup moins de joueurs dans ce contexte, il faut forcément se poser des questions», insiste Luigi Pisino. Le sélectionneur de la Nati M19 s’appuie sur un autre exemple pour étayer son analyse.
Pour Luigi Pisino, le problème dépasse la simple question sportive: il relève aussi d’une différence de mentalité.
Il ne réclame toutefois pas de traitement de faveur pour la relève helvétique. «Il ne faut évidemment pas faire de cadeaux aux jeunes, car le football est un milieu extrêmement concurrentiel. Mais il faut leur donner une vraie chance de montrer ce dont ils sont capables.»
Le transfert de Johan Manzambi n’est pas un exemple isolé. D’autres jeunes talents suisses ont également profité de cet été pour franchir un cap à l’étranger. Andrej Vasić (ex-Lucerne) et Cheveyo Tsawa (ex-Zurich) ont rejoint la Belgique, tandis que Loun Srdanovic (ex-Servette) a pris la direction de Lille. Pour Luigi Pisino, ces départs illustrent surtout une réalité: les jeunes doivent jouer pour être repérés.
Selon lui, les clubs suisses doivent encore franchir un cap dans leur approche. «On est parfois encore un peu frileux. Il nous manque du courage pour lancer ces jeunes, mais on constate que les clubs qui prennent ce risque obtiennent souvent un retour positif, aussi bien sur le plan sportif que financier.»
Les clubs suisses ont beaucoup à gagner en misant davantage sur leur relève. Même un départ vers un club étranger plus modeste peut représenter une opportunité financière à long terme, notamment grâce aux indemnités de formation et aux éventuels pourcentages liés à une future revente.
Les sélectionneurs des équipes nationales jeunes peuvent-ils jouer un rôle pour convaincre les clubs suisses d’accorder davantage de place à leur relève? «On essaie de montrer aux clubs ce que leurs joueurs sont capables de faire au niveau international. C’est important, car en club, ces jeunes sont en concurrence avec des joueurs venus d’autres pays», explique-Luigi Pisino, qui assure également maintenir un dialogue avec les clubs suisses.
Mais ces messages suffisent-ils à faire évoluer les mentalités? «Oui, la plupart des clubs se rendent compte des talents suisses qu'ils ont à leur disposition. Après, cela dépend aussi de la stratégie qu’ils souhaitent adopter et de leur volonté ou non de miser sur les jeunes du pays. Ce sont des choix sportifs et économiques, chaque club a sa propre vision.»
Luigi Pisino reste toutefois convaincu d’une chose: la relève helvétique mérite davantage sa chance. «Je suis persuadé qu’il y a de la place pour nos joueurs suisses et qu’ils ne sont pas moins forts que la majorité de ceux qui évoluent aujourd’hui en Super League.»
