DE | FR
Trois, comme le nombre de clubs que le Fribourgeois Fonfon a dans le cœur: Gottéron, Olympic et le FC Fribourg.
Trois, comme le nombre de clubs que le Fribourgeois Fonfon a dans le cœur: Gottéron, Olympic et le FC Fribourg.image: watson

Fonfon, fan fribourgeois exceptionnel qui rêve de construire un musée

Le sexagénaire ne rate pas un match de Gottéron, d'Olympic et du FC Fribourg depuis 35 ans. Il sera à la BCF Arena ce vendredi soir pour le début des play-offs contre Lausanne. Il a transformé son appartement en véritable temple du sport cantonal, qu'il entend bien agrandir. Portrait d'un immense passionné.
25.03.2022, 07:0325.03.2022, 10:50
Suivez-moi

Alphonse Conus n'aime pas son prénom. «Ça sonne trop hautain, et moi j'aime les choses simples», clarifie-t-il d'entrée de sa voix douce et bienveillante. Alors à Fribourg, tout le monde le connaît sous son surnom, «Fonfon». Et quand on dit tout le monde, c'est à peine exagéré.

Sur le trajet entre la gare, où il est venu nous accueillir, et son studio dans le quartier du Schönberg, une dizaine de personnes le salue et tape la causette. En l'abordant toujours avec son sobriquet. Oui, sur les bords de la Sarine, Fonfon est une personnalité.

Malgré tous les maillots qu'il possède, Fonfon n'en porte jamais au match, ni aucun symbole relatif à ses clubs de cœur.
Malgré tous les maillots qu'il possède, Fonfon n'en porte jamais au match, ni aucun symbole relatif à ses clubs de cœur. image: watson

Le sexagénaire a déjà eu ses moments de gloire dans les médias locaux. Et à chaque fois, pour la même raison: son amour hors du commun pour le sport, plus précisément fribourgeois. Il a la particularité d'être abonné aux trois grands clubs de la ville: Gottéron au hockey sur glace, Olympic au basket et le FC Fribourg. Il n'a raté quasiment aucun match à domicile de ces équipes depuis 1986, année de son arrivée dans la capitale cantonale. «Je vais aussi voir les basketteuses d'Elfic quand j'ai le temps, mais là je prends des billets, parce que ça ne coûte que sept francs», complète-t-il.

La route sacrée

Au fil des ans, ce fan exceptionnel a appris à dribbler les chevauchements de calendriers. Car souvent, plusieurs matchs ont lieu en même temps. Un problème pour beaucoup de spectateurs, mais pas pour Fonfon. Le Fribourgeois n'a pas le don d'ubiquité, mais presque: en une seule soirée, on peut le voir au stade Saint-Léonard, à la salle de basket puis dans la flambant neuve BCF Arena. A peine la fin de la première mi-temps sifflée au foot, il traverse la route pour aller voir le hockey, avec un petit crochet par le basket. Ou vice-versa. «Les gens doivent se dire que je suis fou», se marre ce fidèle parmi les fidèles.

Ce n'est pas du tout le bon adjectif. En fait, Fonfon est amoureux. Passionnément. De sport. Des gens, aussi. Surtout. Quand on lui demande d'où vient sa passion, pour ne pas dire sa dévotion, sa réponse fuse:

«J'aime aller aux matchs pour le contact humain»

Au bord d'un terrain, vous le verrez toujours avec quelqu'un à ses côtés, même s'il s'y rend seul «pour être dans (s)a bulle et ne rien rater de ce qu'il se passe».

Chez Fonfon, vous êtes sûr de ne pas vous tromper de porte.
Chez Fonfon, vous êtes sûr de ne pas vous tromper de porte. image: watson

Durant les pauses, il n'hésite jamais, par exemple, à aller toquer à la porte des cabines de commentateurs pour entamer la discussion. «Dans l'ancienne patinoire de Saint-Léonard, j'ai même fait, une fois, une bonne partie du match juste à côté du journaliste de la RTS, sur le siège de son consultant qui tardait à arriver», rembobine-t-il fièrement.

Il se postait aussi, régulièrement, proche de la zone d'interviews à côté de la glace, histoire de tchatcher avec les différents acteurs. Une époque révolue.

«Désormais, toutes ces interactions sont plus difficiles», déplore Fonfon. Il a un exemple concret:

«A la patinoire, on ne me laisse plus aller vers les journalistes sous prétexte que je les empêche de travailler. Alors j'essaie de trouver d'autres solutions pour discuter un peu avec eux. Les hockeyeurs deviennent aussi moins accessibles. J'ai été plusieurs fois déçu quand je leur ai fait parvenir des cartes ou des petits cadeaux et qu'ils n'ont jamais répondu.»

Malgré tout, à travers le sport, le résident du Schönberg a trouvé la chaleur humaine et l'affection dont il a été privé durant sa jeunesse. Il voit le jour en Haute-Savoie en 1953, sans jamais connaître son père. Encore enfant, il débarque dans la Glâne avec sa mère. Forcée de travailler, elle ne peut pas s'occuper de son fils, alors elle l'envoie dans plusieurs institutions spécialisées du canton de Fribourg.

Le véritable musée de Fonfon dans son studio du Schönberg, qu'il appelle «mon royaume».
Le véritable musée de Fonfon dans son studio du Schönberg, qu'il appelle «mon royaume». image: watson

C'est donc loin d'elle et d'un beau-père pour lequel il n'a que peu de sympathie que Fonfon grandit et assiste, dès le milieu des années 1960, à ses premiers matchs. Ceux du FC Fribourg, alors en première division, soit quatre échelons plus hauts que l'équipe actuelle (deuxième ligue interrégionale). C'est le début d'une intense et longue histoire d'amour, qui poussera même le Glânois d'origine à se rêver journaliste sportif pendant un temps.

Alibaba, Alain Morisod et les reines de beauté

Finalement, c'est pour les Services industriels de la ville de Fribourg qu'il a mouillé le maillot. Il a pris sa retraite en 2016, après 30 ans de bons et loyaux services. Durant toutes ces années, les murs de son studio se sont tapissés d'innombrables posters et photos de sportifs, d'écharpes, de pins, de fanions et même de maillots. Le dernier porté par Harold Mrazek, légende du Fribourg Olympic, domine la paroi derrière le lit, dans son cadre de verre.

Le dernier maillot du mythique numéro 9 d'Olympic Harold Mrazek, l'un des objets les plus précieux du «musée».
Le dernier maillot du mythique numéro 9 d'Olympic Harold Mrazek, l'un des objets les plus précieux du «musée». image: watson

Très rares sont les centimètres carrés qui ne sont pas recouverts par un quelconque objet en lien avec le sport. Y compris sur sa porte, véritable mosaïque de dessins découpés dans la presse représentant le légendaire dragon de Gottéron. C'est simple, l'appartement de Fonfon est une véritable caverne d'Alibaba. «C'est mon royaume», acquiesce le propriétaire des lieux avec un sourire et des yeux brillants. Il enchaîne, fier et ému en même temps:

«C'est ce que j'ai réussi à faire dans ma vie. J'espère un jour trouver un local pour en faire un musée dédié au sport fribourgeois»

Ce déménagement semble inéluctable, tant le Fribourgeois est à l'étroit au milieu de ses trésors, qui comprennent aussi des dizaines de cassettes vidéo et audio de matchs, des centaines de programmes et affiches, des crosses de hockey et même un siège récupéré de l'ancienne patinoire de Saint-Léonard. La place 52, rang 12, secteur 2. Celle qu'il a occupée de nombreuses années.

Dans le nouvel antre des Dragons, Fonfon en a retrouvé une, plus confortable, bien que plus loin des joueurs et journalistes. Il a vécu le retour dans les enceintes sportives en début de saison comme une délivrance, lui qui a été privé de son passe-temps préféré pendant de longs mois à cause du Covid. «Ce n'était pas toujours évident, j'ai eu des coups de cafard», avoue-t-il.

Pour en sortir, il se replongeait dans ses albums souvenirs en écoutant Alain Morisod, l'une des très rares personnalités qu'il a en photo sur ses murs n'appartenant pas au monde du sport. Avec quelques anciennes Miss Suisse.

Le siège de Fonfon dans l'ancienne patinoire de Saint-Léonard, qu'il a récupéré et qu'il conserve précieusement dans sa cave.
Le siège de Fonfon dans l'ancienne patinoire de Saint-Léonard, qu'il a récupéré et qu'il conserve précieusement dans sa cave. image: watson

Ce printemps, Fonfon aura peut-être le plaisir de compléter son incroyable collection avec la plus belle page du sport fribourgeois. Les basketteurs d'Olympic sont bien partis pour gagner un 20e titre de champion suisse, et les hockeyeurs de Gottéron font partie des favoris pour un premier sacre.

On parie que vous pouvez sentir ces photos

1 / 19
On parie que vous pouvez sentir ces photos
partager sur Facebookpartager sur Twitterpartager par WhatsApp

Change de Disque: «Multitude» de Stromae

0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
Le vélodrome de Granges est taillé pour les records de l'heure
La Néerlandaise Ellen van Dijk vient de battre le record du monde sur la piste de Granges. Si elle a choisi le vélodrome suisse, c'est parce que tout est réuni pour performer. Décryptage avec Daniel Gisiger, ancien entraîneur des pistards helvétiques.

Après le nouveau record du monde de l'heure (49,254 km) établi par Ellen van Dijk lundi, deux questions se posent: qui pourra la battre? Et pourquoi la piste du vélodrome de Granges est-elle rapide, au point que plusieurs coureurs cyclistes l'ont déjà choisie par le passé, et continuent de s'y rendre pour des tentatives de record?

L’article