Que se passe-t-il avec le coach de Fribourg-Gottéron?
C’est un titan du hockey européen. En Suède, l’entraîneur de Gottéron Roger Rönnberg a tout gagné avec Frölunda: le championnat national et la Ligue des champions. Depuis cette saison, il est le général derrière la bande du HC Fribourg-Gottéron, avec un contrat qui court jusqu’en 2028. Critiquer le Suédois, ou même le remettre en question, relève presque du blasphème «hockeyistique». Et pourtant: pour la première fois, une légère inquiétude pointe.
La mission de Rönnberg est claire: mener Gottéron à son premier titre de champion de l’histoire. Le reste n’a pas d’importance. Du spectacle et du drame, Gottéron en a connu à foison au fil des ans. Il est désormais temps de viser la consécration.
Un directeur sportif compétent (Gerd Zenhäusern) et un président avisé (Huber Waeber) ont tout mis en place pour une célébration du titre. Gottéron ne disposera très probablement plus, avant des décennies, d’un effectif aussi fort sur le papier et aussi généreusement doté en comparaison avec la concurrence. La fenêtre menant à l’ascension vers le sacre reste ouverte pour encore trois bonnes années — soit exactement la durée du contrat de Roger Rönnberg.
Le calme avant la tempête?
Bien sûr, un entraîneur ne peut pas être jugé uniquement à l’aune des titres remportés. Mais, dans ce cas précis, il n’est pas nécessaire d’ouvrir un débat sur les multiples qualités d’un coach, ni sur la durabilité de son travail. Une seule chose compte: la gloire du titre. Point final.
Il y a un peu plus d’un an, le 22 décembre 2024, Lars Leuenberger passait d’assistant à entraîneur principal. Il a alors accompli — et c’est un fait historique — ce que personne n’avait jamais réussi auparavant: conduire Gottéron jusqu'au titre de la Coupe Spengler. Pour la première fois, Gottéron remportait un trophée. En play-off, Lars Leuenberger a ensuite mené l’équipe, au terme d’un drame en sept actes, à une victoire en quart de finale face au CP Berne, puis jusqu’au septième match de la demi-finale contre Lausanne HC.
Aujourd’hui, Leuenberger travaille comme assistant de Roger Rönnberg. Son supérieur hiérarchique vient, lui, d’échouer en demi-finale de la Coupe Spengler. On peut donc affirmer que l’assistant a été plus performant que son chef. C'est un fait.
- Lars Leuenberger: vainqueur de la Coupe Spengler 2024 après avoir battu le HC Davos en demi-finale sur le score de 4-2.
- Roger Rönnberg: éliminé en demi-finale de l’édition 2025, battu 3-1 par le HC Davos.
À ce stade, cela ne constitue encore qu’une note de bas de page dans l’histoire de Gottéron. Dans l’univers fribourgeois, personne ne remet en question l’entraîneur après l’échec à la Coupe Spengler. Sa position est aussi inébranlable que les fondations de la cathédrale Saint-Nicolas, emblème de la ville depuis plus de 500 ans. Son charisme est intact, éclatant comme au premier jour, et ses messages sont parole d’Évangile.
Et pourtant: le débat est ouvert. Si Roger Rönnberg n’atteint pas au minimum les demi-finales lors des play-off à venir — que Gottéron devrait, en principe, rejoindre sans encombre — les plus frondeurs poseront la question: et si Lars Leuenberger n’était pas seulement assistant, mais toujours entraîneur principal? Bien sûr, d’abord à voix basse. Mais les démons du doute concernant l’autorité de Rönnberg commenceraient alors à s’éveiller.
Le classement au 1er janvier:
Tout cela n’est-il que de la polémique bon marché? Non. L’autorité d’un entraîneur n’implose jamais à la suite d’un seul événement. Mais, à l’image du battement d’ailes d’un papillon qui déclenche un mouvement d’air finissant en tempête, les difficultés d’un coach commencent souvent par de petites choses, perçues par les contemporains comme de simples épisodes.
Une question subsidiaire
Le contrat de Roger Rönnberg, qui court jusqu’en 2028, ressemble en théorie à un placement sûr. La logique voudrait donc que, si le titre n’arrive pas en 2026, il finisse par tomber en 2027 ou en 2028. Mais la logique est une denrée rare en hockey sur glace en général, et à Fribourg-Gottéron en particulier.
Et puis une autre question se pose: de quoi un club peut-il encore rêver une fois le premier titre conquis? Champion, Gottéron ne serait plus différent de Berne, Lugano, Davos, Zoug, Zurich, Langnau, Genève, Bienne ou Kloten — bref, de tous ces clubs qui ont déjà été couronnés.
PS: encore une question, directement liée à ce débat. Si Fribourg-Gottéron venait à échouer dans la course au titre en 2026 avec Reto Berra dans les buts, peut-on réellement affirmer que son successeur, Ludovic Waeber, serait meilleur — ou au moins aussi performant?
