Leonardo Genoni a «mal évalué» l'affaire Patrick Fischer
Leonardo Genoni, avez-vous eu besoin de beaucoup de temps pour digérer la défaite en finale du Mondial?
Au début, il a fallu encaisser. Nous avons vécu un tournoi incroyable, très intense. J’ai passé près de deux mois avec l’équipe nationale. Et au bout du compte, ça s'est joué une nouvelle fois à presque rien: une finale, une prolongation, puis la défaite. J’ai eu une semaine de repos ensuite. Ça m’a fait du bien.
Vous arrive-t-il encore d’être replongé dans l’émotion du Mondial à domicile? Lorsque vous voyez des drapeaux suisses ou que vous entendez «W. Nuss vo Bümpliz», cette chanson devenue presque un deuxième hymne national pendant le tournoi?
La chanson est dans ma playlist, donc je l’écoute assez souvent désormais. Quand je repense à ce Mondial, ce n’est pas avec un sentiment de regret. J’ai vécu énormément de beaux moments et reçu une quantité incroyable de réactions positives, y compris de personnes qui ne suivent habituellement pas beaucoup le hockey. Lors de la fête du village le 1er août, un policier m’a interpellé en me lançant : «C’était tellement génial à vivre! Incroyable, toute cette euphorie qui s’est créée.» Avec le recul, ce Mondial a pris encore plus d’ampleur que je ne l’aurais imaginé.
Pouvez-vous préciser?
Remplir une patinoire de 10'000 spectateurs, c’est une chose. Mais ce qui compte vraiment, c’est tout ce qui se passe autour. Nous avons vécu de très près la manière dont l’ambiance s’est propagée dans tout le pays. Nous avons créé quelque chose qui a largement dépassé le cadre des matchs, quelque chose dont nous pourrons encore longtemps tirer de l’énergie.
Roman Josi a récemment annoncé qu’il continuerait à jouer avec l’équipe nationale. Qu’en est-il de votre avenir avec la sélection? Allez-vous poursuivre?
J’y ai réfléchi. J’éprouve toujours énormément de plaisir à jouer avec cette équipe. Nous sommes très compétitifs. Et il nous manque encore une médaille d’or. Ou plutôt: «cette» médaille d’or que nous voulons tant. Ma motivation est donc bien là. Mais une chose est également claire: il faut que les performances suivent. Nous sommes au début de la saison, le prochain Mondial aura lieu en mai… Et je dois encore m’entretenir avec le sélectionneur Jan Cadieux à la fin du mois d’août.
Mais vous n’abordez pas cet entretien avec l’intention de lui annoncer que vous arrêtez?
Non, pas du tout. J’ai encore beaucoup de plaisir à constater à quel niveau je suis capable de jouer. Cela continue aussi de me donner la confiance nécessaire. Je savais que Reto Berra allait arrêter avec l’équipe nationale. Il me l’avait dit avant le Mondial. Si nous avions remporté cette finale contre la Finlande, ma réponse serait sans doute différente aujourd’hui.
Vous auriez donc, vous aussi, pris votre retraite internationale.
C’est bien possible, oui.
Le Mondial 2027 débutera par un temps fort: le match d’ouverture Allemagne-Suisse dans l’Arena de Schalke, devant plus de 60'000 spectateurs.
J’ai déjà vécu un match en plein air de ce genre. C’était avec le CP Berne contre Langnau, au Wankdorf, devant environ 25'000 spectateurs. J’avais l’impression qu’il fallait une éternité avant d’arriver enfin sur la glace. Pour les supporters, ce type de match vaut sans doute davantage pour l’ambiance et l’expérience que pour la qualité de la vue sur la glace.
Vous avez évoqué le sélectionneur Jan Cadieux. Comment avez-vous vécu ses débuts, dans un contexte particulièrement délicat après le licenciement de Patrick Fischer?
Comme Zoug avait été éliminé dès les quarts de finale des play-off, j’étais déjà présent lors de la première semaine de préparation avec l’équipe nationale. Puis cette vidéo de Fischer est sortie, dans laquelle il évoquait le faux certificat Covid. Sur le moment, j’ai mal évalué la situation.
C’est-à-dire?
Je pensais que l’affaire ferait beaucoup de bruit pendant deux ou trois jours, puis qu’on passerait à autre chose. Mais deux jours plus tard, Fischer a été écarté. Et j’ai senti que personne ne savait vraiment comment gérer la situation. J’ai dit à Cadieux: «Suis simplement ta voie.» Et c’est ce qu’il a fait. Il n’a pas cherché à tout révolutionner du jour au lendemain. Mais il faut être honnête: le fait que cela se produise quatre semaines avant le Mondial, et non une semaine avant le début du tournoi, nous a aidés. Une fois la première tempête passée, Cadieux a bien fait son travail.
Il y a toutefois eu cette lettre du capitaine Roman Josi, qui demandait le retour de Fischer. Pour Cadieux, cela n’a certainement pas dû être facile.
On peut l’imaginer. J’ai longuement discuté avec Josi. Pour lui, il était clair qu’il voulait prendre position. À l’origine, cette lettre devait rester en interne. Mais je lui ai dit: «Elle ne le restera pas longtemps, il faut que tu en sois conscient.»
La société était très divisée sur l’attitude de Fischer.
Il y avait essentiellement deux camps. C’était noir ou blanc.
Comment avez-vous vécu ces divergences au sein de l’équipe?
Nous en avons beaucoup parlé. Il fallait ces discussions, et sans doute aussi entendre des points de vue différents. Mais lorsqu’une décision est prise, elle est prise. Et il ne faut pas oublier une chose: quand on est joueur, on est là pour jouer. Pas pour faire de la politique, ni pour prendre des décisions stratégiques. Nous avons donc rapidement dit qu’il fallait désormais regarder devant nous. Nous avions un Mondial à domicile et nous représentions tout un pays. Mais qu’on ne me comprenne pas mal: j’étais moi aussi profondément désolé pour Fischer. Cela aurait dû être son grand point final. Il aurait mérité de vivre cette fête. Et, sur le plan personnel, je lui resterai toujours reconnaissant pour certaines choses.
Lesquelles?
Il m’a aussi fait confiance lorsque ma saison n’avait pas été particulièrement bonne. À mes débuts en équipe nationale, j’ai connu des entraîneurs qui privilégiaient plutôt les gardiens ayant de l’expérience dans des championnats étrangers. Et il ne faut jamais oublier que Fischer est parvenu à faire en sorte que les joueurs de NHL viennent en sélection chaque fois qu’ils le peuvent.
Pour la troisième fois consécutive, la Suisse a perdu une finale de Mondial en ne trouvant pas le chemin des filets. Comment parvenir enfin à inscrire un but lors du match pour le titre?
Je me suis dit que, la prochaine fois, j’allais peut-être monter moi-même en attaque (réd: il éclate de rire). Non, évidemment que ça fait mal. Mais il ne faut pas oublier non plus que nous avions face à nous une très forte équipe finlandaise.
Notre dernière question porte sur votre avenir en club. Votre contrat avec Zoug expire à l’été 2027. Où en sont les discussions ?
Je veux continuer à jouer au hockey au-delà de cette saison. Et je peux tout à fait m’imaginer le faire à Zoug. Je prends toujours autant de plaisir à chaque entraînement, mon niveau est encore là et, physiquement, je n’ai aucune douleur.
