Ce tennisman suisse a été insulté après ses victoires
Marc-Andrea Hüsler (30 ans) a mis un terme à sa carrière cet été, après onze années passées à sillonner la planète. Pour «watson», le gaucher zurichois revient sur ses victoires contre Jannik Sinner et Alexander Zverev, son camp d'entraînement avec Roger Federer, les services à la cuillère, sa soirée infernale à l'Open d'Australie mais aussi sur les insultes qui l'ont poussé à quitter Instagram. Une interview placée sous le signe des «dernières fois».
Marc-Andrea, la dernière fois que vous avez pensé que vous étiez trop jeune pour arrêter le tennis?
Ce matin! Je pense encore que je suis trop jeune pour arrêter, mais au fond, l’âge n’a jamais été la vraie raison de ma décision. D’autres éléments m’ont poussée à prendre ma retraite. Je devais être honnête avec moi-même: je ne me voyais plus continuer cette vie sur le circuit pendant encore trois ou quatre ans, parce qu’elle ne me correspondait tout simplement plus. Au début, c’était une aventure incroyable, mais après onze ans, j’ai senti que j’avais envie d’autre chose.
De quoi?
J’ai commencé des études en économie il y a deux semaines. Pour l’instant, je vais faire une petite pause avec le tennis, prendre un peu de distance, mais je pense que j’y reviendrai un jour, dans un rôle qui reste encore à définir.
La dernière fois que vous vous êtes senti invincible?
C’était lors de mon premier tour, cette année à Quimper. Avant le match, je n’étais pas du tout sûr de moi, parce que c’était mon premier match de la saison. Mais dès que la rencontre a commencé, j’ai senti que mon niveau de jeu était vraiment très bon, probablement l’un des meilleurs que j’aie produits en indoor. En plus, j’affrontais un excellent joueur, Quentin Halys (54e mondial), et j’ai réussi à m’imposer en deux sets. Commencer une saison de cette manière, forcément, ça donne beaucoup de confiance.
La dernière fois que vous avez été impressionné par le public?
C’était clairement à Zoug, lors de mon dernier tournoi. Le public était très présent. Il m’a donné énormément d’énergie, et c’est quelque chose que j’ai vraiment ressenti tout au long de la semaine, jusqu'à la finale.
La dernière fois que vous avez eu le public contre vous?
La plupart du temps, c’était évidemment en Coupe Davis, notamment contre les Pays-Bas en 2024. Mais ça m’est aussi arrivé à Melbourne, l'année d'avant, contre l’Australien John Millman. Il y avait environ 5000 personnes dans le stade, toutes derrière lui. C’était très, très bruyant, mais en même temps vraiment génial à vivre. Après avoir perdu en cinq sets et près de cinq heures de match, je n’ai pas réussi à dormir. Il y avait bien sûr la fatigue et toutes les émotions du match, mais j’avais aussi encore tout ce bruit qui résonnait dans ma tête.
L'adversaire qui t'a le plus marqué dans ta carrière?
Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour répondre, parce que j’ai réussi à battre plusieurs très bons joueurs. Jannik Sinner était déjà très fort quand je l’ai affronté en 2022 au Masters 1000 de Paris, même s’il n’était pas encore numéro un mondial, et j’avais réussi à le battre. Alexander Zverev était également très impressionnant, mais je l’avais dominé lui aussi en 2023 en Coupe Davis. Dans la manière de jouer, ceux qui m’ont peut-être le plus marqué sont Corentin Moutet ou Sebastian Baez. Ce sont des joueurs plus petits, qui proposent quelque chose de différent. Aujourd’hui, la plupart des joueurs sont très grands, servent fort et imposent un rythme rapide. Eux ont un jeu plus atypique, avec d’autres armes.
Moutet sert parfois à la cuillère. Quand l'avez-vous fait pour la dernière fois?
Je le fais presque à chaque entraînement, au moins une fois, juste pour déconner. Mais en match, la dernière fois, c’était cette année à Majorque. Et ça a marché! Mon adversaire a été surpris.
Certains estiment que ce type de service est irrespectueux pour l'adversaire et que ce n'est pas fair-play. Votre avis?
Je ne pense pas que ce soit un manque de respect. À partir du moment où le règlement l’autorise, on a parfaitement le droit de le faire, et je l’ai d’ailleurs déjà subi moi-même. Mais personnellement, je trouve que le service à la cuillère ne devrait pas être autorisé, car il surprend l'adversaire: même s’il est en face de toi et prêt à retourner, il ne s’attend pas forcément à recevoir ce type de service.
La dernière fois qu'on vous a reconnu dans la rue?
C’était hier, à la gare de Zurich. Un homme m’a demandé si j’étais bien le joueur de tennis professionnel. Je lui ai simplement répondu que oui. Ensuite, on a discuté quelques minutes, très naturellement, et voilà!
Quelles questions les fans de tennis ont-ils l'habitude de vous poser quand ils vous rencontrent?
En général, on me demande si j'ai déjà joué avec Roger, quel sera mon prochain tournoi, quels sont mes objectifs ou comment je vois la suite de la saison.
Vous n'avez jamais affronté Roger Federer en match officiel.
Non, mais je me suis entraîné avec lui pendant deux semaines à Dubaï, il y a six ou sept ans. J’en garde un excellent souvenir. Il a toujours été très sympa sur un terrain, très détendu et agréable. Mais je n’ai plus vraiment de contact avec lui aujourd'hui.
La dernière fois que vous avez reçu des menaces ou des insultes de la part des parieurs sur les réseaux sociaux?
C'était constant. Je recevais tellement de messages que j’ai fini par quitter Instagram. Je n’avais pas envie de recevoir des dizaines d’insultes sous des photos de ma famille. Ce phénomène a toujours existé, mais j’ai le sentiment qu'il s'est aggravé ces dernières années. Il m’est même arrivé de recevoir des insultes après des victoires, peut-être parce que certains avaient parié sur mon adversaire, ou parce qu’ils ne comprennent pas que je puisse gagner un match après en avoir perdu un autre. À mon avis, il devrait y avoir un meilleur contrôle sur les réseaux sociaux. Les utilisateurs devraient devoir s’identifier pour ouvrir un compte, et celui-ci pourrait être suspendu en cas d’insultes ou de comportements abusifs.
La dernière fois que vous avez subi un contrôle antidopage?
C'était il y a quelques semaines en arrière.
Les joueurs de tennis sont-ils suffisamment contrôlés?
Honnêtement, oui. Quand j’étais dans le top 100, je trouvais le système assez contraignant. Il fallait constamment renseigner dans l’application antidopage où l’on se trouvait et à quel moment, presque heure par heure.
Vous dites que vous étiez dans le top 100, mais vous avez fait mieux puisque votre meilleur classement a été 47e mondial. Un rang que vous avez eu du mal à défendre par la suite. Que s'est-il passé?
J’ai commencé à gagner des Challengers tôt dans la saison, donc à engranger beaucoup de points. C’était aussi la première année que je voyageais avec un coach à 100%. J’étais content, relâché, je jouais bien. Chaque expérience était nouvelle, donc je n’avais rien à perdre. Puis, à force d’accumuler les points, je me suis retrouvé dans le top 50, en février 2023. Et là, tu affrontes d’entrée des joueurs que tu rencontrais normalement après deux ou trois matchs. Tu perds quelques rencontres serrées, la confiance s'effrite, tu essaies de changer des choses dans ton jeu, mais ce n’est pas toujours évident.
Quels sont les tournois sur lesquels vous adoriez vous rendre?
Tous les tournois au Mexique avaient quelque chose de spécial. J’aime beaucoup les gens sur place et leur manière de vivre. J’ai aussi pris énormément de plaisir en Asie. L’an dernier, par exemple, j’ai disputé des tournois au Japon, à Matsuyama et Kobe. La culture y est totalement différente, tout en étant, sur certains aspects, assez proche de la mentalité suisse.
