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Hockey sur glace

Mondial de hockey, les défis de Tristan Scherwey dans la bulle sanitaire

Switzerland's Tristan Scherwey during the game between Latvia and Switzerland, at the IIHF 2019 World Ice Hockey Championships, at the Ondrej Nepela Arena in Bratislava, Slovakia, on Sunday, May  ...
Tristan Scherwey disputera à Riga son troisième championnat du monde avec la Suisse. Image: KEYSTONE

Mondial de hockey: «On n'a même pas le droit d'ouvrir la fenêtre de notre chambre»

L'équipe suisse de hockey sur glace débute son Mondial samedi soir à Riga. Confinés dans une bulle sanitaire, ses membres vivent des situations cocasses. Entretien avec l'attaquant Tristan Scherwey.
22.05.2021, 12:2423.05.2021, 17:23

La Suisse débutera son championnat du monde de hockey sur glace samedi soir (19h15) à Riga contre la République tchèque. Deux fois finalistes (2013 et 2018), les Helvètes espèrent cette fois aller au bout de leur rêve.

Comme les autres sélections, la troupe de Patrick Fischer est cloîtrée dans une bulle sanitaire, Covid-19 oblige. Les joueurs et le staff vivent des situations aussi inédites que cocasses. L'attaquant fribourgeois de la Nati et du CP Berne Tristan Scherwey les a racontées à watson.

A Riga, toutes les équipes vivent dans une bulle sanitaire. Comment se déroule votre quotidien?
TRISTAN SCHERWEY Au moment de notre arrivée le 13 mai, on est directement allé à l’hôtel. Dans l’établissement, il y a aussi les équipes d’Italie, du Kazakhstan et de la Biélorussie. Chaque nation a un étage réservé pour elle. Un petit salon pour notre délégation est en train d’être aménagé, où on pourra jouer à la PlayStation et aux cartes.

Jusqu’à dimanche matin, après le 2e match amical, on pouvait encore aller chercher à manger à l’étage au buffet. On prenait notre take-away et on allait le manger chacun dans notre chambre personnelle. Mais dès le dimanche matin, on a dû passer deux jours en quarantaine, enfermés chacun dans notre chambre. J’ignore la raison pour laquelle ces deux jours d’isolement sont arrivés après les deux matchs de préparation et non pas avant.

On est resté complètement dans nos chambres. On toquait simplement à nos portes pour nous déposer à manger matin, midi et soir. Ça a duré jusqu’au déjeuner de mardi matin. Dès ce moment, on a pu ressortir, mais uniquement pour aller à la patinoire. On se fait dépister contre le coronavirus pratiquement tous les jours. Les organisateurs veulent vraiment avoir la situation sous contrôle.

Durant ces deux jours de quarantaine coincé dans votre chambre, qu’est-ce que vous avez fait personnellement?
Je sais que certains joueurs ont pris leur PlayStation avec eux, mais moi je ne suis pas du tout un joueur de PlayStation (rires). J’ai profité de dormir un peu. J’ai passé énormément de temps au téléphone avec toute ma famille et mes amis. Je pense qu’il va rire s’il lit ça, mais j’ai enfin appelé Gaëtan Haas à Edmonton, qui essayait désespérément de me joindre depuis plusieurs semaines. Mais je n’avais jamais le temps pour lui (rires). On a même fait un petit FaceTime ensemble.

J’ai aussi profité de lire un livre. Il traite du mental et de la philosophie de la vie en général. Ces sujets me passionnent. J’ai fait quelques allers-retours dans ma chambre pour bouger un peu. Vous savez, on n’a pas le droit d’ouvrir la fenêtre de notre chambre complètement, mais seulement en oscillo-battant. Du coup, je me mettais debout sur le bord de la fenêtre pour glisser la tête à l’intérieur, histoire de respirer un peu d’air frais (rires).

Par rapport aux trajets à la patinoire, ça se passe comment?
On a le départ de l’hôtel à 14h00 avec le bus. On descend de nos chambres à deux heures moins cinq. On doit systématiquement attendre toute l’équipe dans le hall d’entrée, et on n'a pas le droit de sortir de l’hôtel, même pas pour juste prendre l’air.

Ce sont les hommes de la sécurité qui nous ouvrent la porte de l’hôtel pour aller directement dans le bus. J’ai appris hier que dans un des étages, il y a comme une sorte de prison (rires). Un carré, dont j’ignore la taille, où tu peux respirer un peu d’air frais. C’est le seul endroit du bâtiment où tu peux le faire! Sinon, il n’y a aucune chance de sortir de l’hôtel. Et à la patinoire, tout est barricadé: on rentre directement dans l’enceinte après être descendu du bus.

Ah ouais, ça rigole pas !
Non, ça rigole pas. Mais si tu veux tout faire pour que le tournoi puisse se dérouler, je pense que t’as pas d’autre choix que de faire comme ça. On est des êtres humains comme les autres, donc bien sûr, c’est dur à vivre. Mais on est suffisamment professionnel pour nous dire qu’on peut être reconnaissant d’être ici pour représenter notre pays. Et de toute façon, quand les matchs commenceront, on sera tellement focalisé sur la compétition qu’on ne verra plus ce qu’il y a autour de nous.

Ça n’altère pas quand même un peu la motivation de vivre dans de pareilles conditions?
Non, il n’y a pas moins de motivation que d’habitude. Mais elle est différente. On aurait voulu vibrer avec le public suisse dans la patinoire. C’est ce qui rend spécial un Mondial. Mais c’est pour tout le monde la même chose, et je suis persuadé que l’équipe qui arrivera à gérer le mieux ces conditions, à rester concentrée, aura un petit truc en plus. Et pourquoi pas la Suisse, justement? On pourrait réaliser quelque chose de spécial durant cette année si particulière … L’aspect mental sera d’autant plus déterminant cette année. Et je suis convaincu que les joueurs de l’équipe de Suisse seront solidaires.

Sur la glace, quel est l’objectif de la Nati?
C’est celui d’être tout en haut, de devenir champions du monde. C’est véritablement notre but. Le coach insiste sur l’importance de croire que c’est possible d’y arriver. On a fait un bon camp de préparation et des bons matchs, l’équipe a été renforcée par d’excellents joueurs de NHL. Maintenant, chaque joueur devra accepter son rôle, mettre son ego de côté et peu importe son rôle, le jouer à 200% pour l’équipe. Le début du tournoi avec ce match contre la République tchèque va déjà être décisif. Ce sera un gros duel, les Tchèques sont venus avec une très belle équipe. A nous d’envoyer un message dès le début et de nous mettre en confiance pour la suite du tournoi.

Vous sortez d’une longue et intense saison avec le CP Berne. Vous avez encore un peu d’énergie pour disputer ce Mondial?
Oui, bien sûr! Si un joueur était grillé physiquement, il ne serait pas ici. Si tu es au rendez-vous mentalement, alors le reste suit. Nous sommes des professionnels: savoir se vider la tête et gérer notre fatigue mentale fait partie du travail. Ça nous permet de retrouver cette motivation le moment voulu. Rien que de savoir que tu participes à un championnat du monde en représentant ton pays, ça te donne l’énergie nécessaire.

Durant la saison, tu côtoies toujours les mêmes personnes au sein de ton club. Alors le simple fait de côtoyer d’autres joueurs en équipe nationale, changer un peu de contexte, t’amènent aussi cette énergie positive.

En équipe de Suisse, vous pouvez retrouver des adversaires avec qui ça a frotté durant le championnat. Du coup, c’est difficile de créer cette union sacrée au sein de l’équipe?
Là encore, ça fait partie de notre job: on doit savoir mettre de côté ce genre de problèmes pour créer une cohésion d’équipe. C’est d’ailleurs la seule manière d’obtenir des succès sur la glace. Ça demande quelques jours pour construire cet esprit d’équipe. Le coach insiste sur l’importance de celui-ci, malgré les rivalités durant le championnat. Il faut mettre l’ego personnel de côté.

J’ai un exemple concret: en fin de saison, j’ai eu des problèmes sur la glace durant un match avec un coéquipier de la Nati que j’ai affronté. Arrivés en équipe de Suisse, on n’avait pas encore réglé notre contentieux, par manque de temps. Mais c'est ensuite vite allé: on a discuté, on a pris du recul en se disant qu’on avait eu une réaction spontanée dans le feu de l’action. Désormais, l’affaire est réglée et on est de vrais coéquipiers. C’est aussi ce genre d’histoires qui rendent belle notre profession.

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