Ce champion d'Europe suisse a une bonne raison de «ne pas pouvoir fêter»
Aussi impressionnante que puisse être l’apparence physique de cet athlète de 1,92 m, Jason Joseph – sacré champion d'Europe du 110m haies ce mercredi – se montre souvent modeste et humble lorsqu’il s’exprime. Même après la victoire la plus importante de sa carrière, le Bâlois préfère volontiers attribuer les mérites à quelqu’un d’autre – à sa coach de longue date, Claudine Müller.
Vous êtes dans quel état d'esprit après cette victoire?
JASON JOSEPH: C’était une bonne course de ma part. Je suis simplement heureux que cela ait enfin débouché sur une médaille d’or.
J’ai été celui qui a le mieux réussi à faire abstraction de tout ce qui a pu se passer cette saison et à être prêt pour les Championnats d’Europe. Je suis vraiment super heureux d’avoir pu venir à Birmingham et réaliser mon meilleur chrono de l’année, proche de mon record personnel. Que demander de plus!
Cette victoire, c'est une sorte de délivrance pour vous?
Non, ce n’est pas une délivrance. Je ressens simplement de la joie d’avoir pu gagner et montrer ce dont je suis capable. C’est une médaille d’or. C’est le premier titre en plein air que je remporte. Cela montre que, même lors d’une saison qui n’est pas très bonne, je suis capable d’aller chercher quelque chose en moi pour courir vite.
Cette saison vous a jusqu’ici donné peu d’occasions d’emmagasiner de la confiance. Pourtant, vous étiez parfaitement prêt pour cette finale.
C'est grâce à Claudine. Je ne sais pas ce qu’elle fait avec moi. Mais elle sait toujours très exactement ce qu’il faut pour que je puisse courir vite le jour J. Et si ça ne se passe pas très bien le jour J (rires), ce n’est certainement pas à cause d’elle, mais à cause de moi. Les derniers entraînements étaient super, l’échauffement était super. Je savais que j’avais tout ce qu’il fallait.
Vous allez fêter comment?
Bonne question. Je ne vais probablement pas encore pouvoir vraiment faire la fête, parce qu’on aura peut-être encore besoin de moi pour le relais. Je vais devoir repousser la vraie célébration à la fin de la saison, parce qu’il y a Lausanne la semaine prochaine, puis Zurich et peut-être encore les Ultimate Championships à Budapest. Maintenant que mon corps est en forme, je dois en profiter et l’exploiter.
Avant les Championnats de Suisse, vous aviez dit ne pas savoir où vous en étiez. Depuis, il s'est passé quoi?
Je me suis bien entraîné. J’ai pu me concentrer sur ce que je devais faire pour retrouver de l’explosivité, du tranchant dans mon corps. Les bons entraînements m’ont permis de retrouver de la confiance. C’était la clé.
Par le passé, les grandes finales ne vous ont pas toujours souri. Mais ce mercredi, on avait le sentiment que vous étiez prêt. Mentalement aussi. Vous avez fait quoi de particulier ici?
Exactement la même chose que l’année dernière. J’ai simplement une expérience de plus. J’ai quand même déjà 27 ans et pas mal d’expérience dans les jambes. Ce sont autant de choses dont j’ai pu tirer profit.
Peu importe ce que cela donne au bout du compte. C’est la seule chose que je peux influencer. Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai vraiment, vraiment réussi à aller jusqu’au bout de cette démarche.
Vous avez travaillé sur l’aspect mental?
Non, c’était déjà pareil l’année dernière, en fait. Mais parfois, on ne se rend même pas compte qu’on n’est pas dans cet état d’esprit. De toutes petites nuances déterminent si je me laisse distraire ou non lors des championnats. Aujourd’hui, j’ai tout simplement réussi à vraiment rester concentré.
Cette victoire, c'est aussi une revanche après les Mondiaux de Tokyo en 2025?
Non, ce n’est pas une revanche. C’est une nouvelle saison, de nouveaux Championnats d’Europe. Ce qui s’est passé l’année dernière appartient à l’année dernière. J’ai l’impression que la saison passée intéresse davantage les médias que moi. C’est arrivé à l’époque, c’est comme ça. J’en ai tiré les leçons et c’est derrière moi. Il y en a toujours un qui passe à la trappe et, l’année dernière, c’était moi.
Avec votre coach, vous avez construit comment votre forme?
Nous n’avons rien changé de spécifique. Nous nous entraînons toujours de manière assez similaire. Chaque année, nous repartons de zéro et examinons tous les détails. Cette année, avec la blessure, le défi était de parvenir à retrouver une vraie forme et à avoir le corps parfait le jour J. Si nous y sommes parvenus, c’est moins grâce à moi qu’à Claudine.
Vous saviez que vous aviez ce chrono dans les jambes ou cette progression vous a-t-elle surpris?
Je savais que j’étais en forme et que ça pouvait aller très vite. Mais en réalité, le chrono ne m’importait pas. Je voulais simplement montrer ce dont je suis capable et gagner de cette manière. Ce plan a fonctionné.
Adaptation en français: Yoann Graber
