Pour rester aux JO, ce sport doit (encore) faire de gros efforts
Pentathlon moderne. Un nom étrange pour un sport aussi ancien, à l'initiative du baron Pierre de Coubertin. Il voyait en cette nouvelle discipline - succédant au pentathlon antique, et combinant l'équitation, l'escrime, la natation, la course et le tir - une façon de dénicher l'athlète le plus complet. Ou plutôt, le soldat idéal de l'époque, à savoir le début du XXe siècle.
Mais le pentathlon moderne cher à Coubertin n'a jamais véritablement pris. Si bien que la discipline manque aujourd'hui cruellement de visibilité en dehors des JO. Les pratiquants ne sont pas légion non plus. Et cela s'explique facilement. Il y a en effet peu de complémentarité entre les cinq épreuves. Difficile donc pour les pentathlètes de passer de l'équitation au tir. De l'escrime à la natation. Pas simple non plus de réunir les conditions permettant la pratique de ce sport.
Dans ce contexte, le pentathlon moderne est - à mesure que le souvenir de Coubertin s'efface - de plus en plus menacé. Il a même été un temps retiré du programme de Los Angeles 2028, une première depuis son instauration en 1912. Le Comité international olympique (CIO) l'a finalement réintégré fin 2023, car il a une fois encore accepté de se réinventer.
Un passé marqué par les changements
Pierre de Coubertin avait une vision précise du pentathlon. Sur le papier, l'aviron devait être intégré. Mais le baron n'aura jamais gain de cause - c'est bien le tir au pistolet qui a été plébiscité. Première adaptation.
L'homme à l'origine des Jeux modernes fourmillait d'idées. Il savait quelle orientation donner à son sport.
Si les tracés mystérieux n'ont jamais été approuvés, le tirage au sort des chevaux a été adopté dès 1920. Plus tard, le format général a également été raccourci, pour permettre aux épreuves de se tenir sur une ou deux journées, et non plus cinq.
Avec le temps, l'équitation est passée d'un cross-country à un concours de saut d'obstacles, toujours plus court, et la course à pied a elle aussi évolué. Depuis 1984, le départ est donné à la manière d'une poursuite en ski nordique. Et à Londres en 2012, l'épreuve s'est mélangée au tir, afin de créer le laser-run sur le principe du biathlon. L'idée: rendre le sport plus moderne, attractif, télégénique et compréhensible.
Un bouleversement majeur
Si le pentathlon moderne est toujours en vie, c'est grâce à sa capacité d'adaptation. Et s'il sera de la partie en 2028, cela est dû à une nouvelle modification, plus importante que toutes les autres, qui entrera en vigueur après Paris 2024. L'équitation sera alors abandonnée. Officiellement, pour permettre à la discipline de se développer - le saut d'obstacles freinant l'accès à la pratique.
La décision est néanmoins intervenue après la mésaventure d'Annika Schleu aux Jeux de Tokyo. Leader avant l'épreuve d'équitation, l'Allemande n'était pas parvenue à maîtriser son cheval, tiré au sort et qu'elle ne connaissait pas. Les espoirs de médaille s'étaient envolés et sa coach, Kim Raisner, avait été exclue pour avoir frappé Saint Boy. L'histoire avait fait beaucoup de bruit.
L'équitation sera donc remplacée par une épreuve d'obstacles. Un parcours inspiré de Ninja Warrior et des événements grand public comme la Spartan Race. Autant dire que le changement sera radical. Les critiques n'ont d'ailleurs pas manqué chez les pentathlètes. Une telle évolution n'est pas simple à appréhender. Les cartes seront redistribuées.
Le combo escrime - natation - obstacles - laser-run offrira en tout cas de nouvelles perspectives. Car la course à obstacles ouvre sur le crossfit, une activité à la mode et qui ne peut qu'intéresser le CIO, toujours attentif aux nouveaux sports. Beaucoup s'y adonnent, au même titre que la course à pied et la natation. Trois des cinq épreuves qui composeront à l'avenir le pentathlon moderne seront ainsi facilement «accessibles».
Le CIO en demande plus
Malgré un changement majeur à venir, les modifications ne s'arrêtent pas là. Pour assurer son avenir, le pentathlon moderne doit encore évoluer, à la demande du Comité international olympique.
L'instance a donc choisi de bouleverser le format de l'épreuve d'escrime, disputée à l'épée, comme indiqué à l'issue de la réunion annuelle regroupant ses différents comités, le 19 février dernier.
Actuellement, un tour de classement long et rébarbatif est organisé la veille de la compétition. Tous les participants se rencontrent une fois lors d'un assaut en une touche gagnante. Un système complexe donne des points aux pentathlètes selon le pourcentage de victoires. Puis le Jour J, un tournoi «en échelle» est organisé. Concrètement, le dernier du tour de classement affronte l'avant-dernier, puis le vainqueur de ce duel se présente face à l'antépénultième, et ainsi de suite jusqu'à atteindre le n°1. Chaque victoire rapporte alors un point bonus.
On ne sait pas encore comment évoluera le format de l'épreuve d'escrime. L'UIPM a retenu trois options, qui seront testées par les fédérations nationales de mars à mai. Une seule certitude: la formule sélectionnée ressemblera à celle que l'on connaît en escrime «classique». Elle fera la part belle au tableau à élimination directe et il n'y aura plus de compétition la veille. Suffisant pour s'assurer un avenir radieux?
