Le hockey suisse va perdre l'un de ses mythes
Le temple du hockey bernois, la PostFinance Arena, est depuis longtemps devenue une sorte de «Valascia du Plateau»: peu de confort pour le prolétariat et des températures glaciales à l'intérieur. Les seuls à avoir vraiment chaud, ce sont les invités VIP.
Si le CP Berne veut à nouveau faire vibrer le hockey suisse à moyen terme, il doit impérativement régler cette question. Plus que les succès sportifs, le dossier de la patinoire est aujourd’hui prioritaire. C’est donc un sujet sérieux.
La PostFinance Arena appartient actuellement à Swiss Prime Site AG, un géant de l’immobilier coté en bourse, basé à Zoug et pesant plusieurs milliards. Le CP Berne n’est «que» locataire principal. Mais les choses sont en train de bouger: un rachat de la patinoire est en préparation. Si tout se déroule comme prévu, les Ours deviendront propriétaire de leur arène. Un investissement qui pourrait s’avérer très rentable, puisque tous les revenus resteraient dans les caisses du club et que les loyers disparaîtraient.
Une rénovation étalée sur trois ans
Un déménagement vers un nouveau site autour de Berne a été étudié en profondeur. Mais tous les projets de nouvelle construction ont fini au fond d’un tiroir. La raison est simple: une patinoire flambant neuve ailleurs aurait suscité une avalanche de recours, capables de bloquer le projet pendant des années. La seule solution réaliste et rapide passe donc par une rénovation sur le site actuel.
Cela ne se fera pas sans désagréments. Pendant les travaux, le CP Berne ne pourra pas se délocaliser temporairement. Il n’existe tout simplement aucune patinoire de remplacement capable d’accueillir ne serait-ce que les abonnés, soit environ 12 000 personnes.
La durée totale des travaux est estimée à quinze mois. Pour limiter l’impact sur la compétition, cette période serait étalée sur trois ans. Chaque année, pendant près de cinq mois, aucun match de championnat ne serait disputé, permettant d’avancer à plein régime sur le chantier. Rénover une patinoire tout en continuant à jouer est certes inconfortable, mais faisable. Fribourg-Gottéron a d’ailleurs entièrement modernisé son arène sans jamais quitter ses murs.
Le projet prévoit une enceinte exclusivement dédiée au hockey, et non une arène multifonctionnelle. La Festhalle de Berne se trouve juste à côté et propose déjà une capacité d’environ 9 000 places pour les événements culturels. Inutile, donc, de lui faire concurrence.
Réduction des places debout
Avec ses 17 031 places, la PostFinance Arena est aujourd’hui la plus grande patinoire du pays, devant la Swiss Life Arena de Zurich et ses 12 000 sièges. Même si la capacité diminuera, elle devrait conserver ce statut. Le projet prévoit environ 15 000 places, dont seulement 4 000 à 6 000 debout. La mythique rampe (connue également comme «le mur») debout, en tribune latérale, disparaît.
Le hockey suisse dira ainsi au revoir à un véritable mythe: cette tribune, qui accueille des milliers de supporters (dont les plus fervents) du CP Berne, est aussi originale qu'impressionnante et constitue à elle seule une attraction touristique.
Dans l'arène rénovée, les fans debout seront regroupés derrière l’un des buts, plus près de la glace, pour une ambiance annoncée comme encore plus intense.
Le secteur VIP, en revanche, correspond déjà largement aux standards du nouveau projet et restera en grande partie inchangé. L’arène rénovée n’occupera pas plus d’espace que l’actuelle.
Les infrastructures pour le trafic privé et les transports publics existent déjà et la fréquentation ne devrait pas augmenter. Résultat: pas de nouvelle procédure d’autorisation interminable, pas de vagues de recours et pas de votation populaire à l’horizon.
Un double chantier
Reste la question du financement. Les coûts précis ne sont pas encore arrêtés, mais la rénovation complète dépassera les 100 millions de francs. L’argent doit provenir d’investisseurs privés.
Une chose est sûre: cette transformation signifie que le CP Berne jouera trois saisons dans une patinoire en chantier. Ce n’est finalement pas si dramatique. Sportivement, le club est déjà en reconstruction depuis 2019. Et il existe une règle commune au chantier et à la glace: le port du casque est obligatoire. Travailler ou jouer sans protection est strictement interdit.
D’ici à la fin de la rénovation, on peut espérer que les «travaux» sportifs auront eux aussi, enfin, enfin, enfin, abouti. Les fans des Ours - actuellement dixièmes de National League – feraient donc bien de s’habituer à l’idée de vivre quelque temps avec un chantier… sur et hors de la glace.
Adaptation en français: Yoann Graber
