Il y aura du grabuge sur l'étape romande du Tour de Suisse
Dans la montée vers le col de la Croix, on a voulu déverrouiller le téléphone, fixé au guidon par un système Quad Lock, pour voir ce qu’il nous restait à grimper. Mais la reconnaissance faciale a échoué: on était trop cuit, trop marqué par l’effort pour que notre smartphone sache encore à qui il avait affaire. Voilà le vrai visage de la dernière étape du Tour de Suisse 2026, que le peloton s’apprête à affronter ce dimanche autour de Villars.
Un circuit de 151,1 km et 4226m de dénivelé au total, avec un enchaînement redoutable à répéter trois fois: Villars, col de la Croix, Les Diablerets, Le Sepey, Aigle et encore Villars. Sur le site internet de la course, le directeur sportif David Loosli prévient:
On ne sait pas très bien ce qui nous est passé par la tête lorsqu’on a décidé d'aller reconnaître ce circuit aux allures de manège sur une fête foraine. On s'attendait sans doute à ce que tout soit un peu moins difficile, moins pentu, moins long. Mais le tracé de cette étape 100% romande du Tour de Suisse nous a rappelés à l'ordre dès le départ.
En réalité, les premiers kilomètres du circuit ne sont pas les plus exigeants, mais ils obligent déjà à appuyer fort sur les pédales. Et c’est précisément au moment où l’on commence à trouver son rythme que les choses se compliquent. Sur le bord de la route, une succession de petits panneaux annoncent le pourcentage du kilomètre à venir. Parfois, on se rassure en se disant que ça va passer. Puis on découvre que la prochaine borne promet une pente moyenne à 9,3% et l’effet est immédiat: le moral en prend un coup, puis c'est au tour des jambes.
Comme souvent lorsqu'on roule en Suisse, la beauté du paysage tranche avec la difficulté de la montée.
Ce jour-là, le ciel est chargé et la température ne dépasse pas les 10 degrés au sommet du col, si bien que les conditions n'ont aucun impact sur notre fréquence de pédalage (même si on aurait bien aimé affirmer le contraire). La donne sera différente le jour de la course, puisqu'on annonce 24 degrés au sommet. Le peloton s'apprête donc à souffrir en montée, mais pas seulement.
La descente du col de la Croix vers les Diablerets est vertigineuse. La route y sera sèche, la visibilité optimale, mais les organismes auront été durement marqués par la chaleur et s'ils veulent s'en sortir sans dommages, les coureurs devront rester lucides (autrement dit: garder la tête froide) dans les lacets. A moins qu'ils ne fassent comme Tadej Pogacar lors de la première étape et qu'ils ne décident de lever le pied. Une attitude compréhensible à quelques jours du départ du Tour de France, le 4 juillet à Barcelone.
Une fois aux Diablerets, la route est plus conciliante. C'est l'un des deux tronçons, avec celui qui sépare Aigle d'Ollon, sans montée conséquente ni descente. Cela signifie qu'il n'y a qu'une petite dizaine de kilomètres de circuit (sur cinquante) de portions roulantes. Trop peu pour récupérer entre deux tours de manège.
La descente sur Aigle est moins exigeante que celle qui mène aux Diablerets, mais avec le temps et les kilomètres au compteur, on a appris à se méfier quand c'est trop facile. Et puis, on a aussi lu Steve Tesich:
De fait, la route se cabre dès la sortie d'Ollon et jusqu'à l'arrivée à Villars. Le revêtement est propre et large, mais usant.
On peut évidemment s'attendre à ce que plusieurs coureurs mettent pied à terre lors des deux premiers passages sur la ligne. Ceux qui iront au bout devront gérer tout à la fois l'enchaînement des différents types d'effort, la variation des températures et, selon les données météo disponibles lorsque nous écrivons ces lignes, l'humeur changeante du ciel. La victoire est promise à un homme fort, peut-être même au plus fort de tous: Tadej Pogacar peut faire coup double à Villars en remportant à la fois l'étape-reine de l'édition 2026 et le premier Tour de Suisse de sa carrière.
