Lara était déjà «sehr» Gut avant de devenir Gut-Behrami
Elle était dominatrice à chaque course, dans les jeunes catégories OJ. Les moins de 16 ans. Impériale, intouchable. Au bord de la piste, on se répétait, comme une évidence: «Voilà Lara».
Son nom était déjà synonyme de terreur des pistes. Lors des finales du Grand Prix Migros, qui réunissaient les meilleurs Suisses et Suissesses de 8 à 16 ans, les autres skieuses ne couraient plus pour la victoire: elles couraient pour la deuxième place.
Sûre d'elle, elle ne flanchait jamais; son nom ne figurait presque jamais sur la liste des abandons. Seule au monde. A l’époque, une skieuse était pourtant parvenue à lui barrer la route dans cette domination sans partage: Jasmin Rothmund, capable de semer le doute chez la Tessinoise. Elle choisira plus tard la nationalité liechtensteinoise et disputera une course de Coupe du monde à Zagreb.
La voir devant elle? Inacceptable pour Lara. Dans l'aire d'arrivée, il y avait toujours une petite erreur technique à invoquer plutôt qu'une défaite à admettre - et certains, dans l'ombre, se permettaient d'y voir une pointe de mauvaise foi.
Peut-être. Mais la hargne, la rage de vaincre, ce talent fou: la jeune Lara Gut en avait comme personne. Une acharnée de travail, surtout. Quand les plus jeunes espoirs suisses rentraient chez eux après un stage de plusieurs jours sur le glacier de Zermatt ou de Saas-Fee, elle restait à enchaîner les kilomètres sur les lattes pour peaufiner sa technique, ou filait à la salle de musculation pour charpenter sa condition.
A son arrivée sur le circuit FIS, elle a immédiatement fait parler d'elle. Une première saison tonitruante. Elle décrochera un podium aux Mondiaux juniors d'Altenmarkt, en Autriche, avant d'aligner deux deuxièmes places en Coupe d'Europe, à Santa Caterina. Une prouesse qui laissait les observateurs bouche bée.
Avant Lara Gut-Behrami, il y avait Lara Gut, tout simplement.
Une skieuse d'une technique rare, la seule du plateau féminin à tenter des lignes que ses concurrentes n'envisageaient même pas à la reconnaissance. Aucun plan B. Juste la trajectoire choisie, et l'obstination à la tenir jusqu'en bas.
Et puis il y a eu cette arrivée fracassante sur le cirque blanc, à Saint-Moritz: premier podium en Coupe du monde, une troisième place arrachée après avoir perdu le contrôle de ses skis juste avant la ligne, ce 2 février 2008. L'éclosion était là. Le destin se précisait pour celle que les médias helvétiques allaient surnommer «la bombe de Comano».
Durant 18 saisons, Lara Gut-Behrami brillera en laissant parler son caractère autant que sa grâce. Certains l'ont aimée, d'autres moins; ses coups de gueule ont fait d'elle une figure aussi respectée que clivante du ski suisse et mondial. Elle a toujours été ainsi. Et elle n'a jamais laissé personne indifférent.
Il fallait bien ce tempérament pour compiler 101 podiums, 48 victoires en Coupe du monde, 3 médailles olympiques, dont 1 en or, 9 médailles mondiales, dont 2 en or, et 2 gros globes de cristal du classement général.
Le compte est bon. Lara Gut-Behrami peut souffler tranquille.
