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L’IA est une chance de faire progresser notre système de santé

La Suisse ne doit pas avoir peur de l'IA dans son système de santé.
L'IA est un outil au potentiel et aux champs d'application incroyables, notamment dans le domaine de la santé.Image: Keystone / Imago / Shutterstock, montage watson
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Cessons d’hésiter: l’IA peut rendre notre système de santé plus fort

Ni menace ni miracle, l’IA transforme déjà le système de santé suisse. Reste à en encadrer les risques et à ne pas nous laisser immobiliser par nos craintes pour en libérer tout le potentiel.
22.02.2026, 20:1518.02.2026, 13:10
Karin Perraudin / Franc-parler

On parle beaucoup des risques de l’intelligence artificielle. Parfois trop. Pendant ce temps, dans les hôpitaux suisses, l’IA fait gagner du temps, améliore les soins et accompagne les équipes. La Suisse, plutôt prudente, avance à son rythme, mais elle avance. Et c’est tant mieux, car le potentiel est immense.

L’IA dans la santé, ce n’est pas une promesse pour 2040: c’est une réalité de 2026. Elle accompagne déjà les médecins, transforme l’organisation des hôpitaux, soutient la prévention et, dans certains cas, réduit la pression administrative. Mais nous devons encore en faire plus et exploiter pleinement le potentiel de l’IA sans se voiler la face sur les risques.

Sans céder à la peur ou à l’enthousiasme total, posons-nous la question qui compte vraiment: Comment tirer le meilleur de l’IA, tout en maitrisant les craintes?

Déjà, des avancées visibles dans toute la Suisse

Dans les hôpitaux, l’IA est en train de devenir un outil puissant qui s’intègre dans les pratiques médicales au quotidien. Partout, le même constat: l’IA n’automatise pas la médecine, elle l’amplifie.

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Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Roger Nordmann (conseiller stratégique, ex-PS), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Claude Ansermoz (ex-rédacteur en chef de 24 Heures), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.

En radiologie, en mammographie ou en traumatologie, des systèmes basés sur l’intelligence artificielle fournissent une «deuxième paire d’yeux»: repérage d’anomalies, analyse accélérée, meilleure standardisation. Aucun médecin ne leur délègue son jugement, mais tous gagnent du temps et de la sécurité.

Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), un nouveau pôle IA accélère l’intégration de l’intelligence artificielle dans les soins liés aux neurosciences, à la santé mentale ou à la gestion des flux patients. Là encore, l’IA n’est pas un gadget: elle permet de raccourcir certains délais, d’optimiser les parcours et de concentrer les soignants sur ce qui compte vraiment.

Aux HUG toujours, le chatbot confIAnce permet à la population, aux patients et aux médecins d’accéder à de l’information médicale vérifiée à tout moment. C’est ainsi un outil complémentaire aux consultations médicales physiques. Une solution intéressante lorsque l’on sait que les délais pour un rendez-vous médical s’allongent, notamment en médecine de premier recours.

Dans la prévention, des instituts comme le CSEM montrent que l’IA devient capable d’identifier des risques de maladie plus tôt, en combinant données biologiques, capteurs, biomarqueurs ou analyses génomiques. Une prévention plus personnalisée, moins coûteuse et plus efficace: un virage qui peut soulager notre système.

Et du côté des assureurs, l’IA s’intègre de plus en plus dans nos processus. Au Groupe Mutuel, l’assistant virtuel EVA allège les démarches et rend les réponses rapides et cohérentes pour nos assurés. L’IA, ici, n’est pas un remplacement: c’est un amplificateur de service pour les assurés.

Des risques, oui, mais à gérer, pas à craindre

L’utilisation de l’IA dans le système de santé suisse comporte évidemment des défis et certains risques. On cite souvent les dangers: erreurs d’algorithmes, biais, dépendance technologique. Ils existent, mais ne doivent pas nous paralyser.

Le vrai risque serait d’avancer sans méthode. Le deuxième serait de ne pas avancer du tout. L’immobilisme dans ce domaine n’est pas une option.

Prenons l’exemple des systèmes d’aide au diagnostic. Une récente étude dirigée par l’hôpital de l’Ile et l’Université de Berne vient rappeler qu’ils ne font pas encore de miracles: dans les urgences, l’IA testée n’améliore pas significativement la qualité des diagnostics.

Faut-il en conclure que l’IA est inutile? Non. Il faut en conclure qu’elle est un outil complémentaire, et qu’elle doit être utilisée comme tel.

Même chose pour les questions de gouvernance. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) souligne que les cadres juridiques évoluent moins vite que la technologie, mais que les pays qui s’y prennent tôt peuvent en faire un atout stratégique. Et la Suisse, dans ce domaine, avance avec son modèle prudent et adaptatif. Nous avons tout pour bien faire, à condition de ne pas être paralysés par la peur.

Quant aux inquiétudes sur la souveraineté technologique, elles débouchent déjà sur des solutions concrètes. C’est le cas, par exemple, d’Apertus, un modèle d’IA suisse, open source et multilingue, qui montre qu’un pays innovant comme le nôtre peut être acteur et pas uniquement spectateur.

Reste la question de la cybersécurité. Oui, les attaques se multiplient. Mais là aussi, la Suisse réagit. Dix-huit hôpitaux se sont unis pour créer un centre national de cybersécurité, mutualiser leurs outils, partager les alertes et renforcer leur résilience. Une réponse collective qui réduit fortement le risque systémique.

L’IA: ni ennemie ni solution miracle

L’intelligence artificielle ne doit pas être perçue comme un saut dans le vide ni comme une baguette magique. Elle est un accélérateur. Un démultiplicateur de compétences. Elle doit jouer un rôle complémentaire aux compétences humaines.

Dans ce contexte, la Suisse a un avantage décisif: sa culture du consensus, sa rigueur éthique, et sa capacité à innover. L’IA est une chance unique pour faire progresser notre système de santé. A nous de la saisir de manière responsable et avec ambition.

Karin Perraudin est…
Licenciée HEC Lausanne et titulaire d’un diplôme fédéral d’expert-comptable. En 2002, à 28 ans, elle accède au conseil d’administration de la Banque Cantonale du Valais, au sein de laquelle elle deviendra présidente de 2011 à 2013. Elle est aujourd’hui présidente du conseil d’administration du Groupe Mutuel mais également membre des conseils d’administration de fenaco et Ameropa. Au-delà de son implication dans l’économie, Karin Perraudin attache également une grande importance aux aspects sociaux en tant que présidente de la Fondation Fovahm (Fondation valaisanne en faveur des personnes handicapées mentales).
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Image: dr