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«Ce verdict veut dire: vous pouvez la violer, elle l’a cherché»

Les milieux féministes se rassemblent ce samedi devant le tribunal de Montbenon à Lausanne pour manifester leur colère après le verdict de la Cour d’appel de Bâle dans une affaire de viol. On a posé 5 questions à Eva Ventura, coordinatrice de la campagne «pas sans mon consentement», pour en savoir un peu plus.



Les milieux féministes suisses sont en colère. Le 10 août dernier, la Cour d'appel de Bâle a laissé entendre, dans un procès pour viol, que la victime partageait la responsabilité avec son agresseur. La peine de ce dernier a été ainsi réduite.

Un verdict qui est resté en travers de la gorge des milieux féministes. Après Bâle, c'est devant le tribunal de Montbenon à Lausanne que les manifestantes vont se retrouver ce samedi afin de faire entendre leur colère. On en a profité pour poser 5 questions à Eva Ventura, coordinatrice de la campagne «pas sans mon consentement» et organisatrice de la manifestation.

Pourquoi c’est important de manifester après le verdict de Bâle?
Eva Ventura: Le verdict a choqué tout le monde. Si on est au courant aujourd’hui, c’est parce que la victime est sortie du silence, mais ce n’est de loin pas la seule victime de violences judiciaires sexistes. On a beaucoup de témoignages de filles maltraitées par le système et qui, lors d’un dépôt de plainte, se font questionner sur leurs comportements et les vêtements qu’elles portaient au moment de l'agression. C’est inconcevable aujourd’hui de constater que la loi cherche des circonstances atténuantes en faveur de l’auteur.

C’est quoi le problème majeur de ce jugement?
Il est sexiste et misogyne. Il met la culpabilité sur le dos de la victime et fait passer un message très grave: «Vous avez le droit de la violer parce qu’elle l’a cherché». La peine du violeur, déjà pas très élevée, a été encore baissée et cela veut dire qu’on minimise le mal qui a été fait. Selon moi, cette juge devrait être destituée, car elle ne devrait pas pouvoir se permettre d'évoquer ce genre d’arguments.

Pourquoi c’est important de redéfinir le viol en Suisse aujourd’hui?
Les victimes de viol aujourd’hui sont maltraitées par le système, et tant que la loi sera faible, elle ne pourra pas protéger les victimes correctement. Seulement 8% d'entre elles osent porter plainte, parce que bien souvent on leur fait porter le chapeau. La loi actuelle sur le viol date de 1942; il faut prouver qu’il y a eu violence et si ce n’est pas le cas, ce n’est pas un viol. La Suisse a signé la Convention d’Istanbul, mais ne va pas dans le sens des douze pays européens qui, eux, ont inclus le consentement dans la loi sur le viol.

Qu’est-ce que vous espérez provoquer avec cette manifestation?
On veut vraiment mettre l’accent sur ces maltraitances judiciaires sexistes et donner la parole aux victimes. Quand j’ai parlé à mon entourage de la loi sur le viol, plusieurs personnes tombaient des nues. On ne vit pas chez les Bisounours, il faut que les Suisses se mobilisent pour comprendre ce qu’est le consentement et l’importance de la révision de la loi sur le viol. Quand une victime se met à parler, il y a des chances que d’autres se mettent à parler également. Nous menons une campagne afin que le consentement soit inscrit comme élément déterminant pour qualifier un viol. C'est important afin que les viols commis sur une victime en état de sidération (70% des viols) et/ou sans recours à la violence physique soient enfin pris au sérieux. Il faut davantage fouiller dans le comportement de l’auteur plutôt que dans celui de la victime. En plus du consentement, on veut que le sexisme soit puni pénalement. Si le sexisme est légal dans ce pays, n'importe quel juge pourra continuer à utiliser des arguments misogynes qui font que les victimes sont sans arrêt interrogées sur leurs comportements. C’est comme si le système cherchait à disculper l’auteur, et ça ce n’est pas acceptable.

Mais c'est quoi la solution?
EV: Il faut absolument inclure cette notion de consentement dans la loi d'une part, mais il faut également lutter contre le sexisme ordinaire et structurel de nos sociétés. Il faut que les juges, les policiers et tous ceux qui s’occupent de victimes de violences sexuelles soient formés pour que les victimes se sentent en confiance et n’aient pas peur de témoigner. En Espagne, par exemple, il y a des tribunaux spécialisés dans l'accueil de victimes de violences sexuelles, avec un personnel spécifiquement formé. Je pense également qu'il est vital de mettre en place une politique d'éducation au consentement dans les écoles afin de s'attaquer à la racine du problème qui est la culture du viol omniprésente dans nos sociétés. De plus grands moyens devraient être mis à disposition pour la prévention et la pédagogie.

Bonus: C'est quoi le programme de samedi?

Code couleur: violet
Dress code sanitaire: masque noir à croix rouge

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source: sda / khwaja tawfiq sediqi
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