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Photo extérieure du plus grand site de production de Syngenta à Monthey, dans le canton du Valais, en Suisse, le 29 octobre 2019.
Photo extérieure du plus grand site de production de Syngenta à Monthey, dans le canton du Valais, en Suisse, le 29 octobre 2019.Image: keystone

Syngenta dit qu'il faut arrêter le bio. «Grotesque», répliquent les paysans

Erik Fyrwald, patron d'entreprise spécialisée dans la chimie et l'agroalimentaire, a appelé à abandonner l'agriculture biologique, jugeant que cette dernière ne produisait pas assez de nourriture pour éviter une crise alimentaire mondiale. Une prise de position qui fait polémique.
09.05.2022, 15:1109.05.2022, 17:18

Face à la menace d'une crise alimentaire mondiale, le patron de Syngenta, Erik Fyrwald, appelle à abandonner l'agriculture biologique. Selon lui, le bio demande trop d'efforts et de ressources pour trop peu de résultats.

«Les rendements de l'agriculture biologique peuvent être jusqu'à 50% inférieurs selon les produits», déclare le directeur général de Syngenta dans un entretien diffusé dimanche par la NZZ am Sonntag. «Il en va de la responsabilité des pays riches d'augmenter leur production afin d'éviter une crise alimentaire mondiale», selon le patron.

«La conséquence indirecte est que des gens meurent de faim en Afrique, parce que nous mangeons de plus en plus de produits biologiques»

«L'agriculture biologique favorise la consommation de terrains, car elle nécessite de plus grandes surfaces», assure Erik Fyrwald. «Elle nuit également au climat, car les champs sont généralement labourés, ce qui augmente les émissions de CO, ajoute-t-il.

Un mix entre bio et chimie

Syngenta est une société suisse, dont le siège se trouve à Bâle. Elle est spécialisée dans la chimie et l'agroalimentaire et produit également des pesticides et des semences génétiquement modifiées. Erik Fyrwald conteste néanmoins l'accusation de s'opposer à l'agriculture biologique pour défendre les intérêts de l'agrochimiste bâlois.

«L'ensemble de la branche réalise des bénéfices élevés avec le biologique, parce que les consommateurs sont prêts à payer beaucoup pour cela»

Il plaide pour une troisième voie qui mixerait l'agriculture conventionnelle et l'agriculture biologique. Son concept, dit régénératif, reprend, de l'agriculture bio, la rotation des cultures et mise en même temps sur l'utilisation ciblée de pesticides et d'organismes génétiquement modifiés (OGM) pour augmenter les rendements.

«Les prix du maïs, du soja et des céréales avaient déjà augmenté avant la guerre en Ukraine, notamment à cause du Covid-19 et de conditions météorologiques extrêmes», constate-t-il. «Avec l'invasion russe de l'Ukraine, la crise alimentaire mondiale représente un grand danger», estime-t-il.

Les petits paysans s'insurgent

L'agriculteur bernois bio et président de l'Association des petits paysans, Kilian Baumann, a qualifié l'argumentation du patron de Syngenta de «grotesque» sur Twitter. Ce n'est pas la production bio qui favorise la consommation de terrains, mais la faim de viande, écrit l'agriculteur.

Bio Suisse rappelle pour sa part qu'un tiers des denrées alimentaires finit à la poubelle. D'énormes quantités de céréales, de maïs et d'huiles alimentaires sont en outre utilisées pour des carburants ou pour produire de la viande, pendant que des gens meurent de faim, a indiqué le porte-parole de l'organisation, Lukas Inderfurth, dans une prise de position transmise à Keystone-ATS. (ats/sia)

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