Jans est en embuscade pour le DEFR et ça fait paniquer la droite
Après des semaines de spéculations, Guy Parmelin a bien démissioné. Vigneron de formation, l'actuel président de la Confédération va quitter la Berne fédérale à la fin de l'année et retrouver les vignobles vaudois.
A peine l’annonce faite, une autre grande question s'est posée. Va-t-il falloir s’attendre à une vaste redistribution des départements au Conseil fédéral? Les regards se tournent surtout vers le conseiller fédéral chargé de la Justice, Beat Jans.
Ce n’est un secret pour personne, le conseiller fédéral socialiste souhaiterait tôt ou tard quitter le Département fédéral de justice et police (DFJP). L’UDC, le PLR et le Centre le soumettent à une pression constante en raison de sa politique d’asile.
Enfin un socialiste à l’Economie?
Le Bâlois pourrait désormais tenir une porte de sortie. Avec le départ de Guy Parmelin, le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) se libère. Voilà une perspective séduisante pour un socialiste.
Beat Jans pourrait veiller sur le partenariat social entre employeurs et syndicats. Il pourrait aussi insister davantage sur la durabilité et les droits humains dans les accords de libre-échange. Pour Beat Jans, agriculteur de formation lui aussi, ce serait en quelque sorte un retour aux sources.
Mais un tel changement serait politiquement explosif. Pour la première fois, un représentant du Parti socialiste dirigerait ce département, traditionnellement considéré comme un bastion de la droite. De quoi inquiéter le camp bourgeois.
Guy Parmelin pouvait «English understand»
Après l'annonce de vendredi, l’Union suisse des arts et métiers (Usam) a aussitôt exigé que le poste soit de nouveau confié à une personnalité qui connaisse l’économie et la formation. Son président, Fabio Regazzi, a déclaré:
Et d'ajouter:
Aux yeux des représentants des milieux économiques, le fait qu’un deuxième poste clé du département se libère ne simplifie pas la situation. Car peu après Guy Parmelin, se sera à Helene Budliger Artieda, la secrétaire d’Etat à l’économie (Seco), de quitter ses fonctions.
Selon Fabio Regazzi, Helene Budliger Artieda a été une interlocutrice de qualité et compétente. Le président de l'Usam regrette ces départs presque simultanés. Régler au plus vite la succession à la tête du Seco est donc, pour lui, d’autant plus important.
Reste à savoir si ce sera le cas. Vendredi, le conseiller fédéral n’a pas dévoilé son jeu. Il a seulement indiqué que le processus de succession avait été engagé et qu’il prendrait le temps nécessaire pour attribuer le poste vacant.
L’UDC vise le dossier de l’asile
Dans le monde agricole, la perspective de voir Beat Jans changer de département ne devrait pas non plus susciter d’enthousiasme. Lors de sa candidature au Conseil fédéral, le socialiste traînait une réputation de «bête noire des paysans». Président de l’UDC et agriculteur, Marcel Dettling a déclaré:
Le parti semblait avoir pourtant d’autres priorités. L’UDC affiche déjà ses vues sur le Département de justice et police et celui de la défense avec une clarté inhabituelle.
C’est là que se concentrent les plus grands problèmes à venir et les principaux défauts de gestion, affirme le parti dans un communiqué. Selon Marcel Dettling, le Département de justice et police est très important et il faudrait enfin un conseiller fédéral UDC afin de remettre de l’ordre dans le domaine de l’asile.
Parmelin se veut rassurant
Pour le parti, reprendre ce département aurait toutefois un revers. L'UDC perdrait l’une de ses cibles politiques les plus commodes, un ministre de l’Asile qu'il accuse d’inaction. Si un représentant de l’UDC finissait par occuper ce poste, le parti devrait lui-même obtenir des résultats dans ce domaine.
Une vaste redistribution des départements pourrait également placer les conseillers fédéraux dans des rôles inhabituels. Chargé de l’Economie, Beat Jans devrait par exemple combattre l’initiative sur les loyers. Un représentant du Parti socialiste devrait ainsi s'opposer à l’Association suisse des locataires (Asloca), et même à son propre parti.
A l’inverse, un nouveau conseiller fédéral UDC chargé de la Justice devrait combattre l’initiative pour la protection des frontières, lancée par son propre camp.
Vendredi, c’est pourtant Parmelin, sur le départ, qui a tenté de rassurer ceux qui s’attendent déjà au pire. Il a rappelé qu’il était romand, paysan et non libéral – et que son propre passage au Département de l’économie avait lui aussi suscité de sombres pronostics. Selon lui, les choses s’étaient pourtant plutôt bien passées au bout du compte. (adapt. dal)
