Afflux de migrants en Espagne: Beat Jans sort du silence
Près de 60 000 Marocains, en majorité de jeunes hommes, ont envahi l'enclave espagnole de Ceuta la semaine dernière. Les autorités se sont d'abord retrouvées impuissantes. La plupart des migrants sont toutefois entre-temps retournés au Maroc.
Mardi, les ministres de l'intérieur de l'Union européenne se sont réunis pour une réunion virtuelle extraordinaire. Le ministre suisse de la justice, Beat Jans, y participait.
Ceuta a été envahie, mais aucun migrant n'a atteint le continent européen. S'agit-il d'un échec de la protection des frontières européennes, ou au contraire d'un succès?
Beat Jans: L'Espagne a réagi rapidement et avec constance, évitant ainsi de nouvelles souffrances humaines. Il est insupportable de constater combien de personnes se sont noyées en mer en tentant de rejoindre Ceuta.
L'Espagne a fait en sorte que personne ne puisse poursuivre son voyage vers l'Europe depuis Ceuta.
Selon vous, ces migrants ne sont donc pas des réfugiés qui auraient droit à une procédure d'asile?
Ce sont des personnes qui, selon l'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex, pensaient être les bienvenues en Europe en raison de fausses informations diffusées de manière ciblée.
Lorsqu'ils ont appris que ces attentes ne correspondaient pas à la réalité, ils ont fait demi-tour. Il ne s'agissait donc pas en premier lieu de personnes persécutées en fuite, mais de personnes qui cherchaient une vie meilleure.
Qui a diffusé ces fausses informations?
C'est précisément ce qui doit maintenant être examiné avec rigueur. C'était aussi l'un de mes messages lors de la rencontre des ministres européens de l'intérieur.
Quelles leçons l'Europe tire-t-elle de ces événements?
Nous devons être en mesure de mieux suivre ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Nous pourrions ainsi réagir plus tôt et dissuader des personnes d'entreprendre un voyage aussi dangereux.
La ruée a commencé jeudi dernier. Vous prenez position pour la première fois aujourd'hui. L'Italie a réagi rapidement en suspendant l'accord de Schengen vis-à-vis de l'Espagne. La France a, quant à elle, envoyé des unités douanières supplémentaires dans les Pyrénées. Pourquoi la Suisse n'a-t-elle rien entrepris?
J'ai été informé dès le début de ce qui se passait sur place grâce à l'excellent réseau du Secrétariat d'Etat aux migrations. Rien n'indiquait, à aucun moment, que la migration irrégulière via la France ou les chiffres de l'asile en Suisse allaient augmenter.
Leur retour au Maroc a également été possible grâce à une bonne collaboration avec le gouvernement de ce pays.
L'UDC a exigé des contrôles supplémentaires aux frontières suisses. Cela n'était-il donc pas une option pour vous?
Pour nous, il est essentiel que les mesures reposent sur une analyse sérieuse, qu'elles soient fondées sur des faits et qu'elles produisent réellement un effet.
L'Italie et la France ont-elles donc surréagi avec leurs mesures?
J'évalue en premier lieu la situation de la Suisse. Pour nous, rien ne justifiait des mesures supplémentaires.
Le Maroc n'a pas empêché la ruée, il l'a peut-être même favorisée. Dans le même temps, vous soulignez que, sans le gouvernement marocain, la situation n'aurait pas pu être maîtrisée. N'est-ce pas contradictoire?
L'Espagne et d'autres Etats européens ont souligné à quel point la collaboration avec le Maroc a été déterminante pour gérer la situation.
N'est-il pas plutôt vrai que le Maroc instrumentalise la pression migratoire venue d'Afrique face à l'UE?
Il est important de rester dans un dialogue constant et de se rencontrer d'égal à égal. Quiconque cherche des solutions avec des Etats tiers doit avoir conscience que cela peut aussi créer des dépendances. Pour la Suisse, le dialogue reste central. Il a notamment permis d'atteindre un taux de retour élevé par rapport aux autres pays européens.
Le renvoi des requérants d'asile déboutés vers l'Afrique du Nord reste néanmoins difficile.
Il reste un défi, mais peu de pays européens collaborent aussi bien avec le Maroc que nous. Nous voulons poursuivre sur cette voie.
Lorsque le Maroc reprend de jeunes hommes qui séjournent en Suisse et qui sont parfois devenus délinquants, le pays exige-t-il des contreparties?
Un partenariat migratoire repose toujours sur un principe de donnant-donnant. Les deux parties doivent en profiter. Le Maroc est un pays de transit important pour les personnes venues d'Afrique subsaharienne.
Cette approche de partenariat est, à mes yeux, clairement la plus efficace.
Sur le plan de la politique intérieure, on réclame toutefois une approche plus dure.
A ma connaissance, tenter d'agir par la pression et la contrainte n'a jusqu'à présent jamais mené au succès.
De 2025 à 2028, la Suisse verse au Maroc des fonds de développement à hauteur de 25 millions de francs. Les Jeunes PLR exigent la suppression de ces fonds et, si nécessaire, l'imposition de sanctions économiques. Excluez-vous cela?
Les partenariats migratoires demeurent, même après les discussions sur la réorientation de la coopération internationale, un élément important de notre politique étrangère et migratoire. Nous nous y tenons, car les résultats sont positifs et nous sommes convaincus que l'approche de partenariat est la plus efficace. (trad. ysc)
