Voici ce dont le successeur de Guy Parmelin aura besoin pour séduire
Mark Balsiger est politologue, ancien journaliste et spécialiste de la communication politique. Il décrypte régulièrement la vie politique suisse dans ses livres et pour différents médias. A la suite de l'annonce surprise de Guy Parmelin de quitter le gouvernement, il analyse la marque - peut-être irremplaçable - que le Vaudois va laisser.
Guy Parmelin a annoncé son départ pour la fin de l’année, notamment pour laisser la place aux jeunes. Est-ce qu'il part au meilleur moment?
Mark Balsiger: Oui, il a choisi le moment idéal.
Il a également bouclé le paquet d’accords avec l’UE et le dossier des relations commerciales avec l’Inde. C’est une belle manière de clore son mandat.
L'élu UDC a toujours assuré qu’il ne partirait pas avant la fin de son mandat. Son parti l’aurait-il poussé vers la sortie?
Je ne le pense pas. C'est juste que chaque membre du Conseil fédéral ne tient pas partir en même temps qu’un collègue. Tous ont bien trop d’ego pour cela. Pour un conseiller fédéral, les deux plus beaux moments de leur mandat sont des périodes très courtes.
Guy Parmelin pouvait «English understand»
Lesquelles?
Il y a d'abord es jours qui suivent l’élection. Puis, il y a les adieux, souvent chaleureux. Et personne ne veut partager cette attention.
Est-ce que c'est comme ça qu'on l'identifie?
C’est précisément ce qui lui a permis, ces dernières années, de devenir l’un des conseillers fédéraux les plus appréciés de la population, alors qu’il était devenu conseiller fédéral par hasard en 2015. Avant son entrée au gouvernement, il n’était qu’un parlementaire de second plan. En l’élisant, le Parlement avait alors voulu barrer la route du Conseil fédéral à Thomas Aeschi, le grand favori du groupe UDC.
On imagine qu'il va laisser un vide au Conseil fédéral.
Guy Parmelin était populaire pour plusieurs raisons. Il savait écouter, ne se prenait pas trop au sérieux, il était honnête et fiable et ne défendait pas la ligne dure de l’UDC. Durant la pandémie, il s’est par notamment écarté de la ligne de son parti. Ce rôle de modéré a fait du bien au Conseil fédéral et l'a également rendu plus proche de la population.
La personne qui lui succédera devra-t-elle posséder les mêmes qualités?
En principe, les personnes qui ont les meilleures chances d’être élues sont toujours celles que l’on connaît bien au Palais fédéral et, surtout, que l’on apprécie.
Quelles seraient les chances de la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz? Elle a dit vouloir réfléchir à se présenter.
Les courants les plus influents au sein du parti et du groupe parlementaire préféreraient quelqu’un de Suisse alémanique.
Et peut-être aussi un ticket exclusivement féminin?
Oui, c’est possible.
Elle a longtemps été secrétaire générale du Département de la formation du canton de Saint-Gall et a réussi à passer du Conseil national au Conseil des États. Même son mari, Toni Brunner, n’y est pas parvenu.
Le départ de Guy Parmelin libère également le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Qui, au sein du Conseil fédéral, pourrait vouloir le reprendre?
Il n’y en a qu’un, c'est Beat Jans. Il préférerait sûrement le Département fédéral des affaires étrangères d’Ignazio Cassis, mais il trouve également le DEFR nettement plus attrayant que le Département fédéral de justice et police, où il est en permanence dans la ligne de mire de l’UDC.
Le Vaudois va laisser un département qui fonctionne bien et a accompli un travail solide. (adapt. dal)
