Blocher a laissé un drôle de cadeau à l'UDC
Dans les trains, aux arrêts de bus et sur les places publiques, les affiches ornées d’une colombe de la paix appelant à voter oui à l’initiative sur la neutralité étaient partout. Leur message était clair:
Pendant la campagne, Christoph Blocher, à l’origine de l’initiative, n’a cessé de marteler qu’une neutralité permanente, armée et intégrale était la seule garantie de paix. Selon le vétéran de l’UDC, la Suisse devait éviter de se mêler des «querelles des autres».
Pourtant, ni la campagne à plusieurs millions de francs ni les appels répétés n’ont porté leurs fruits: lors de la votation, il y a deux semaines, moins de 30% des votants ont soutenu l’initiative. Un résultat à relativiser toutefois: selon un sondage Tamedia, 70% de la base de l’UDC a voté oui.
Des discours contradictoires
Or, plusieurs indices laissent désormais penser que l’adhésion des militants à la conception de la neutralité défendue par Christoph Blocher est devenue un handicap pour l’UDC. Et ce alors que se profile la prochaine votation sur la révision de la loi sur le matériel de guerre, que la direction nationale du parti soutient.
Si le peuple accepte le projet, la Suisse pourra à l’avenir exporter des armes vers des pays engagés dans un conflit. En outre, les autres Etats n’auront plus systématiquement besoin d’obtenir l’autorisation de Berne pour réexporter des armes achetées en Suisse.
La révision de la loi entre donc en tension avec le discours de Christoph Blocher. Pour le dire de manière un peu abrupte: pourquoi un électeur UDC qui réclamait hier une Suisse strictement neutre, se tenant résolument à l’écart des conflits, devrait-il aujourd’hui soutenir des livraisons d’armes à des pays en guerre?
Les dirigeants du parti conservateur veulent désormais apporter des réponses à ce type de questions. Interrogé par watson, le conseiller national UDC Michael Götte confirme avoir rencontré, lors de certaines réunions du parti, des références à l’initiative sur la neutralité et des réserves à l’égard de la loi sur le matériel de guerre. Il explique:
Les premiers sondages laissent penser qu’il ne s’agit pas de cas isolés. Selon une autre enquête de Tamedia, seuls 35% des sympathisants de l’UDC soutiennent actuellement clairement la révision de la loi. C’est le taux le plus bas parmi les partis bourgeois. Par ailleurs, un sondage de l’institut Feldlabor montre que l’argument contre la révision jugé le plus convaincant est qu’elle porterait atteinte à la neutralité. L’enquête a été commandée par le Parti socialiste.
Michael Götte reste toutefois convaincu que le soutien à la révision progressera au sein de la base du parti. Cet espoir n’est pas infondé, d’autant que la campagne ne fait que commencer.
Pour l’élu saint-gallois, l’initiative sur la neutralité et la nouvelle loi sur le matériel de guerre auraient pu coexister:
Ce sont notamment des arguments de ce type qui doivent désormais convaincre la base du parti. Ce n’est pas un hasard si Michael Götte a surtout insisté sur la neutralité lors de la conférence de presse des partisans de la révision.
Le niveau de soutien au sein de l’UDC le 29 novembre dépendra aussi du déroulement des assemblées des délégués des sections cantonales au cours des prochaines semaines. Les directions devront y rallier leurs troupes à leur position.
Dès samedi, le parti national se réunira à Bulle, dans le canton de Fribourg, pour définir sa recommandation de vote. Michael Götte est convaincu que l’UDC recommandera de voter oui. Mais la décision sera-t-elle unanime? Il ne se prononce pas sur cette question.
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder
