Cette «surprise» fait mal aux paysans suisses: voici comment l'UDC réagit
D'un côté, un enchevêtrement de microphones, de caméras et de câbles. De l'autre, une haie de jeunes frênes, de mûriers et de saules. Entre les deux, en plein soleil: Guy Parmelin et l'agricultrice romande Sabine Bourgeois Bach.
L'agricultrice explique au président de la Confédération à quoi sert cette haie: il s'agit de tenter d'arracher au sol assez de fourrage vert pour le bétail, même durant des étés secs comme celui-ci. Avec des arbustes bas plutôt qu'un pâturage ouvert.
Des conséquences arrivées plus vite qu'anticipé
Ce vendredi après-midi d'août, Guy Parmelin s'est rendu de Berne à Carrouge, dans le canton de Vaud, au volant de sa limousine de fonction BMW, entièrement électrique. L'ancien agriculteur veut y présenter aux médias une exploitation modèle, une ferme déjà engagée dans l'adaptation au changement climatique, qui participe aux recherches d'Agroscope, la station de recherche agronomique de la Confédération.
La science met en garde depuis des décennies:
C'est ce qu'affirmait en 2007 le rapport scientifique d'un groupe d'experts qui conseillait alors le Conseil fédéral en matière de politique climatique.
L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) avait lui aussi présenté une stratégie climatique dès 2011. Et pourtant, le Conseil fédéral a dû décider «à court terme», la semaine dernière, de fonds supplémentaires pour l'adaptation de la forêt au changement climatique et pour le soutien aux agriculteurs concernés: 17,5 millions de francs pour la forêt, 54 millions pour les paysans.
Mais pourquoi certains paysans ont-ils été pris de court? N'ont-ils pas pris le changement climatique suffisamment au sérieux? «Non, je ne crois pas», répond le ministre de l'agriculture Guy Parmelin lors de sa visite de l'exploitation de Carrouge avant de poursuivre:
L'ancien paysan ne veut pas blâmer les agriculteurs.
Le combat d'arrière-garde de l'UDC
Quiconque ne fait que survoler les scénarios climatiques scientifiques peut effectivement avoir l'impression que la chaleur, la sécheresse et les événements météorologiques extrêmes ne poseront problème que plus tard: le rapport de 2007 mentionné plus haut s'intitule «Changement climatique et Suisse 2050». Cela semble relever d'un avenir lointain. Dans cette situation, les exploitations agricoles, déjà sous pression économique, ont sans doute préféré attendre avant de consentir à de coûteux investissements pour s'adapter au changement climatique.
D'autant plus que le principal parti paysan a, jusqu'à une période récente, remis en question le changement climatique, l'a relativisé, voire refoulé.
En 2009, alors que les scénarios climatiques alarmants existaient déjà depuis longtemps, un communiqué de l'UDC affirmait que, du point de vue de nombreux experts, il était «extrêmement discutable que les activités humaines influencent le climat mondial». Et Roger Köppel, alors conseiller national pour UDC, affirmait en 2019:
Peu après, l'accent s'est déplacé vers l'insignifiance de la Suisse. L'UDC constatait ainsi, en 2020, que le pays n'émettait que 1 pour mille du CO₂ mondial et qu'il ne pouvait «pratiquement pas influencer le climat mondial». Le conseiller national valaisan Michael Graber l'a confirmé en 2023:
Deux approches en opposition
La position actuelle de l'Union a été formulée récemment par le président du parti, Marcel Dettling, dans l'émission SonnTalk des chaînes CH Media (éditeur de watson):
C'est une position de repli, car, il n'y a pas si longtemps, Marcel Dettling affirmait que le changement climatique était avantageux pour les paysans, la saison de végétation plus longue permettant de laisser le bétail plus longtemps au pâturage.
C'est aussi un refus clair de la revendication des Verts et du PS. Pour eux, il ne s'agit pas d'adaptation ou de réduction des gaz à effet de serre, mais de sortir du pétrole. Dans un document de position, les Verts exigent que la Suisse soit déjà «climatiquement positive» en 2040, c'est-à-dire qu'elle capte plus de CO₂ dans l'atmosphère qu'elle n'en émet. Soit dix ans plus tôt que ce que prévoit la loi sur le CO₂ adoptée par le peuple.
Ils ne reconnaissent pas l'argument selon lequel la Suisse ne contribuerait qu'à hauteur de 1 pour mille aux gaz à effet de serre. Selon un rapport du département du ministre de l'environnement Albert Rösti, publié en avril de cette année, l'empreinte en gaz à effet de serre est pourtant «nettement plus élevée» en Suisse que dans les Etats de l'Union européenne:
Par rapport à l'Inde, les émissions sont cinq fois plus élevées.
L'adaptation au cœur des préoccupations
La responsabilité de la politique climatique du pays repose pour l'essentiel entre les mains d'Albert Rösti et, en ce qui concerne l'agriculture, du ministre de l'économie Guy Parmelin, lui aussi de l'UDC. Face aux médias, ils rappellent certes toujours que la sortie des énergies fossiles a été décidée et qu'elle est juste. Mais seulement d'ici 2050. Ils ne semblent pas disposés à céder à la pression climatique de la gauche et des Verts.
Pour tous deux, l'adaptation au changement climatique passe clairement au premier plan. Cela se vérifie de manière exemplaire lors de la visite de Guy Parmelin à la ferme de Sabine Bourgeois Bach. Celle-ci n'a pas seulement planté des haies fourragères pour se prémunir contre le réchauffement climatique. Un peu plus haut sur la colline s'étend un champ de plantes à hauteur d'épaule. «C'était cet été la seule surface verte dans les environs», explique l'agricultrice.
Il s'agit de sorgho, une céréale apparentée au millet. Guy Parmelin s'enfonce dans le champ, suivi par les caméras et les microphones, pour examiner de près ces plantes originaires d'Afrique. C'est un exemple impressionnant de la capacité d'adaptation de l'agriculture, affirme alors Guy Parmelin.
S'arranger plutôt que prévenir. Une ligne strictement conforme à celle du parti. (trad. ysc)
