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Interdire le mensonge en politique? Ces élus romands répondent

De gauche à droite, Lisa Mazzone (Les Vert.e.s), Yves Nidegger (UDC), Charles Juillard (Le Centre), Fabien Fivaz (Les Vert.e.s), Jacqueline De Quattro (PLR) et Christian Dandrès (PS).
De gauche à droite, Lisa Mazzone (Les Vert.e.s), Yves Nidegger (UDC), Charles Juillard (Le Centre), Fabien Fivaz (Les Vert.e.s), Jacqueline De Quattro (PLR) et Christian Dandrès (PS). image: watson

Faut-il interdire le mensonge en politique? Le F-35 lance le débat

Marine Tondelier, candidate des Verts à la présidentielle française, veut interdire le mensonge en politique. Cinq élus romands des grands partis, hommes et femmes, disent ce qu'ils en pensent à watson, alors que resurgit la polémique sur le «prix fixe» des F-35. Et vous, pour ou contre? Donnez votre avis.
09.09.2026, 19:0611.09.2026, 13:03

Candidate à l’élection présidentielle de 2027 en France, Marine Tondelier a réussi à mettre à l’agenda chargé des chaînes d’information un débat auquel personne se s’attendait. Le mensonge en politique. S’inspirant d’une législation adoptée, mais non encore en vigueur au Pays de Galles, la cheffe des écologistes veut l’interdire en France par le «vote urgent» d’une loi.

Elle a fait cette proposition le 4 septembre sur son blog, en prenant pour cas d’école un mensonge reconnu par son auteur lui-même dans l’émission Complément d’enquête. Un sénateur français avait intentionnellement menti pour défendre la réintroduction d’un insecticide réclamé par la branche agricole.

«Concrètement, rapporte Le Figaro qui cite Marine Tondelier, un politique proférant des contre-vérités sciemment serait puni. La sanction irait "de la rectification publique à l’inéligibilité et la possibilité de révoquer les élu·es coupables si nécessaire".» Une telle loi, affirment ses partisans au Royaume-Uni, doit permettre de restaurer la confiance, aujourd'hui largement abîmée, dans la parole publique.

Viola Amherd a-t-elle menti?

watson a joint cinq personnalités politiques romandes pour leur demander de réagir à cette idée qui aurait sa place dans une liste de sujets de dissertation. L’actualité brûlante du F-35, dont la commission de gestion du Conseil national a démonté mardi la thèse du «prix fixe» longtemps entretenue par le Conseil fédéral et l’ex-ministre de la Défense Viola Amherd, est une entrée en matière offerte sur un plateau.

Avant de discuter de la proposition de Marine Tondelier, une question que beaucoup ont sur la langue: la centriste valaisanne Viola Amherd, qui fut en charge de l’acquisition de l’avion de combat américain, a-t-elle menti?

Son collègue de parti, le conseiller aux Etats jurassien Charles Juillard, membre des commissions de gestion et de la politique de sécurité de la Chambre haute, «ne le pense pas».

«A mon avis, elle était de bonne foi en disant qu’il y avait un contrat à prix fixe»
Charles Juillard, conseiller aux Etats (Le Centre/JU)

L’écologiste neuchâtelois Fabien Fivaz, qui a siégé préalablement à la commission de la politique de sécurité du National et qui est membre à présent de la commission de gestion des Etats, n'est pas d'accord.

«Pour moi, on a affaire à un mensonge à tout le moins par omission ou par incompétence»
Fabien Fivaz, conseiller aux Etats (Les Vert.e.s/NE)

«J’ai toujours eu l’impression que le Conseil fédéral et armasuisse, et pas seulement Viola Amherd, ne disaient pas la vérité sur les conditions d’achat du F-35. C’est ce qu’on peut comprendre du rapport de la commission de gestion du National.»

L’interdiction du mensonge en politique, à présent. Les deux sénateurs, le Jurassien et le Neuchâtelois, partagent le même avis, chacun avec ses arguments.

«Il faut dénoncer le mensonge, mais l’interdire? Ce serait le retour de la morale au détriment de la libre argumentation.» Le centriste fait un distinguo entre le mensonge et la mauvaise foi.

«Etre de mauvaise foi, c’est feindre de ne pas savoir alors qu’on sait, mais ce n’est pas forcément mentir»
Charles Juillard, conseiller aux Etats (Le Centre/JU)

«C’est une liberté de mentir, mais...»

Il reste que «c’est une liberté de mentir», reprend le conseiller aux Etats jurassien, «mais il faut assumer d’avoir menti si le mensonge est découvert».

«En politique, il faut être clair sur les faits. Et être clair sur les faits, c’est aussi reconnaître qu’on ne peut pas être totalement affirmatif sur tous les sujets. Par exemple sur le nucléaire civil domestique. Il me semble faux de dire avec certitude que la Suisse peut s’en passer ou, à l’inverse, qu’elle ne peut pas s’en passer.»
Charles Juillard, conseiller aux Etats (Le Centre/JU)

Fabien Fivaz est catégorique:

«Le mensonge est détestable en politique comme dans tous les domaines, je le dis à mes enfants. Un mensonge finit toujours par être su»
Fabien Fivaz, conseiller aux Etats (Les Vert.e.s/NE)

Le Neuchâtelois développe: «Le mensonge en politique est d'autant plus détestable en Suisse, où la concordance et la recherche de compromis entre les partis doivent être basées sur la confiance.» L’élu écologiste ne croit pas qu’une interdiction légale du mensonge soit nécessaire: «Le discrédit, en politique, est une sanction forte.»

Reprenant le cas problématique des F-35, Fabien Fivaz affirme:

«L’héritage politique de Viola Amherd est à jamais entaché»
Fabien Fivaz, conseiller aux Etats (Les Vert.e.s/NE)

Sa cheffe de parti, Lisa Mazzone, juge quant à elle recevable la proposition de son homologue française Marine Tondelier: «Je pense qu'un mensonge volontaire, assumé et dans la volonté de tromper l'électorat à la Donald Trump représente un danger pour la démocratie.»

«Dans ce sens, une loi qui lutte contre ce phénomène serait pertinente»
Lisa Mazzone, présidente des Vert.e.s suisses

A la suite de la présidente des Vert.e.s suisses et pour rester aux Etats-Unis, on peut rappeler le mensonge de l’administration américaine sous George Bush Jr concernant la prétendue présence d’armes de destruction massives en Irak qui avait justifié l’invasion de 2003. Des demandes de poursuites pénales émanant plutôt de militants du Sud Global n’ont jamais abouti.

A gauche toujours, le conseiller national socialiste genevois Christian Dandrès fait part de son scepticisme.

«Il est évident que les personnes en politique ne doivent pas mentir sciemment. Pour autant, il ne me semble pas souhaitable de légiférer. Il me semble préférable en politique de confondre un mensonge ou une contre-vérité avec des arguments et des actes.»
Christian Dandrès, conseiller national (PS/GE)

«Karin Keller-Sutter n’avait pas dit la vérité»

A ce propos, Christian Dandrès cite le recours qu’il avait déposé avec d’autres élus de gauche contre la nouvelle loi sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme (MPT) après son adoption par le peuple en 2022.

«Nous entendions par-là montrer que la cheffe de Justice et police à l’époque, Karin Keller-Sutter, n’avait pas dit la vérité, et ainsi manqué au devoir d’objectivité d’un membre de l’exécutif, en affirmant, avant la votation, que la MPT, si elle avait été en vigueur, aurait pu empêcher l’attaque au couteau de type djihadiste qui avait fait un mort à la terrasse d’un kebab à Morges en 2020.»

Etes-vous pour ou contre l'interdiction, par la loi, du mensonge en politique?
Au total, 122 personnes ont participé à ce sondage.

Comme la quasi-totalité des élus romands joints par watson, Jacqueline De Quattro, conseillère nationale PLR vaudoise, ne cache pas son étonnement face à la proposition de l'écologiste française.

«En politique, on défend des idées. Il faut certes rectifier les propos faux, mais définir le mensonge, en politique, qui est le lieu du débat, me paraît difficile»
Jacqueline De Quattro, conseillère nationale (PLR/VD)

La Vaudoise prend le débat sur la neutralité pour exemple – elle est opposée à l’initiative soutenue par l’UDC:

«J’estime qu’il est contraire à la vérité de dire qu’en acceptant cette initiative, les Suisses seraient plus en sécurité. C’est l’inverse, car dire "oui" nuirait à notre sécurité en nous empêchant de coopérer militairement comme nous le faisons aujourd’hui avec des pays partenaires. Dire oui, c’est se retrouver seul face au danger.»
Jacqueline De Quattro, conseillère nationale (PLR/VD)

«Ministère de la vérité»

Ancien conseiller national UDC de 2007 à 2023, le Genevois Yves Nidegger, actuel député au Grand Conseil, balaie la proposition de Marine Tondelier. Pas besoin d'une loi, l'impression laissée fait beaucoup: «Asséner n’importe quoi en politique, c’est démontrer son incompétence», dit-il. Et il ajoute:

«La sanction d’une fake news, c’est la déconsidération publique. En politique, la vérité ne peut résulter que de l’affrontement entre des idées différentes et si possible dérangeantes»
Yves Nidegger, député au Grand Conseil (UDC/GE)

L’élu UDC craint que le prétexte qu'est l'interdiction du mensonge en politique conduise à instaurer un «ministère de la vérité».

«A ce titre, je m’inquiète davantage de compétences supplémentaires accordées à l’Arcom, le gendarme français de l’audiovisuel et du numérique, pour réguler, selon l’expression officielle, les contenus sur les réseaux. La chose se profilant à l’échelon européen, j’y vois un danger mortel pour la liberté d’expression en Europe. Il est déjà question d’en priver les personnes et les partis politiques qui dérogent au discours officiel.»
Yves Nidegger, député au Grand Conseil (UDC/GE)

Déjà menti?

Déjà menti en politique? A cette question, Yves Nidegger, comme tous les élus interrogés, répond par la négative. Il précise:

«Je ne prétends pas avoir toujours fait preuve d’une exhaustivité scientifique dans le choix de mes arguments. Dans un débat télévisé, par exemple, on cherche avant tout à marquer des points. Pour autant, je déteste l’idée de dire des bêtises et je fais en sorte que ça n’arrive pas.»
Yves Nidegger, député au Grand Conseil (UDC/GE)

Au vu des réponses du panel d’élus sollicités pour commenter la proposition de Marine Tondelier, elle aurait peu de chances d’être acceptée en Suisse, du moins par les politiques.

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Video: watson
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