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Pour faire face au réchauffement climatique et aux pénuries programmées d'électricité, le nucléaire, qu'on l'aime ou non, est indispensable. Pour certains.
Pour faire face au réchauffement climatique et aux pénuries programmées d'électricité, le nucléaire, qu'on l'aime ou non, est indispensable. Pour certains. Image: shutterstock

La droite veut imposer un retour du nucléaire en Suisse

Les fins programmées du nucléaire et des carburants fossiles font craindre à une partie de la droite des pénuries d’électricité en Suisse. D'où un retour en grâce de l'énergie nucléaire. A-t-on oublié la catastrophe survenue en 2011 à Fukushima?
22.10.2021, 06:0322.10.2021, 16:56

On le croyait définitivement enterré. Voilà qu'il ressuscite. Le nucléaire civil, cette énergie si décriée, redevient fréquentable. Certes, ses partisans, encore rares, émergent aux rangs de la droite, la souverainiste, mais aussi la libérale. Leur discours, en deux mots, avant d'entrer dans le détail des arguments: on s'est bercé d'illusions. Pour faire face au réchauffement climatique et aux pénuries programmées d'électricité, le nucléaire, qu'on l'aime ou non, est indispensable. Pour certains.

Quel retournement! Il y a quelques mois à peine, le conseiller national de l'Union démocratique du centre (UDC), Erich Hess, semblait bien seul. Seul avec sa motion demandant la suppression de l’article de loi qui interdit la construction de nouvelles centrales nucléaires. Certes, Magdalena Martullo-Blocher (la fille de) avait soutenu l’idée avec force dans la presse, mais le Conseil fédéral avait, lui, sèchement répondu: «Cette question n'est pas à débattre, le peuple a voté en 2017 la sortie progressive de l’énergie nucléaire».

Lundi soir dans le téléjournal de la Radio télévision suisse (RTS), la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga s’est aussi montrée sceptique quant à la réouverture du débat sur le nucléaire civil en Suisse:

Et pourtant, sur ce sujet qui semblait tabou, le vent semble avoir tourné en quelques jours. Dans l'ordre:

  • La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron a présenté sa stratégie énergétique. Celle-ci fait la part belle à la construction de centaines de «petites centrales nucléaires».
  • Mardi dernier, Philippe Nantermod, vice-président du Parti libéral-radical (PLR), s’est prononcé en faveur d’un retour du débat autour de l’énergie nucléaire en Suisse.
  • Ce dimanche, le président d’economiesuisse, Christoph Mäder, a prôné la construction de nouvelles centrales nucléaires et – surtout – le prolongement de la durée de vie des installations actuelles.

Fukushima, c’est loin

Ça fait beaucoup. Dès lors, se peut-il que ce qui était impensable il y a encore quelques mois redevienne aujourd'hui d’actualité? Le nucléaire est-il redevenu fréquentable? Malgré la catastrophe de Fukushima, au Japon, en 2011?

Philippe Nantermod.
Philippe Nantermod.KEYSTONE
«Je n’ai pas vraiment la réponse à cette question. Il faudrait voir ce que diront là-dessus les prochains sondages et, qui, sait, de nouvelles votations. Une chose est sûre toutefois, si la Suisse a bel et bien décidé de sortir du nucléaire après l’accident de Fukushima, on constate dix ans après que le nucléaire en tant que tel, dans cette catastrophe, n'a pas fait beaucoup de victimes. Et que dans leur très grande majorité, les près de 20 000 morts sont dus au tsunami, lui-même à l'origine de l'accident»
Philippe Nantermod, conseiller national PLR

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Si les propos de l’élu valaisan ne préjugent pas de la position officielle de son parti, l’arrivée à la tête du PLR de l’Argovien Thierry Burkart après l’échec du virage vert du parti par sa prédécesseure, Petra Gössi, pourrait changer les choses. D'autant plus que le PLR était divisé avant le vote de 2017 sur la sortie progressive du nucléaire. En mai 2019, un sondage réalisé à l'intérieur de la formation libérale faisait ressortir une majorité de 56% favorable à la construction de nouvelles centrales.

Philippe Nantermod précise:

«Aujourd’hui, je prône la construction de centrales de nouvelles générations, plus écologiques que les anciennes. Bien que le solaire et l’éolien marchent très bien, ils ne suffiront pas le jour où il faudra nous passer pour de bon du pétrole»

Il évoque notamment les besoins de courant électrique découlant de l’électrification du parc automobile. Aussi, pour le PLR, le «non» de la population à l’initiative «Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire», en 2016, montre que la Suisse n’est pas tant opposée à l’énergie atomique.

Le retour du nucléaire en Suisse, une bonne idée?

«La question est réglée»

Au Parlement, la droite aura besoin d’alliés autres que l’UDC pour donner corps à son ambition nucléaire. La chose semble pour l'instant très compliquée. Centre et Vert’libéraux restent fermement opposés à une réouverture du débat. «Depuis la votation de 2017, la question du nucléaire est réglée et rouvrir le débat n’est pas à l’ordre du jour. Nous devons trouver d’autres solutions grâce à la production d’énergies renouvelables et au développement des technologies de stockage», développe Christine Buillard-Marbach, conseillère nationale centriste fribourgeoise.

L’élue précise en passant:

«Le nucléaire est une énergie qui coûte trop cher en comparaison à la production d’autres énergies, si on tient compte des coûts de démantèlement des centrales et de la gestion des déchets»
Christine Buillard-Marbach

Le PLR et l’UDC peuvent toutefois compter sur le soutien de la puissante Fédération des entreprises suisses, economiesuisse.

Contactée, celle-ci prône le pragmatisme et le réalisme. «Il s’agit d’être pragmatiques et de regarder la réalité en face», déclare Cristina Gaggini, directrice romande d'economiesuisse.

Elle ajoute:

«L'abandon simultané de l'énergie nucléaire et des combustibles fossiles, couplé à l’absence d’accord avec l’Union européenne à la suite de la rupture de l'accord-cadre avec Bruxelles, crée un déficit que les énergies renouvelables ne peuvent combler à elles seules»

La faîtière des entreprises rappelle son credo tout en sous-entendus: «Nous avons toujours insisté auprès du Conseil fédéral et du Parlement sur le fait que nous pouvions composer avec la sortie du nucléaire à une condition: avoir la garantie d’un approvisionnement en électricité permanent et à des prix compétitifs». economiesuisse semble penser que la condition posée n'est pas entièrement remplie.

«Opération de communication»

Sans surprise, la gauche bondit à l'idée de voir pousser de nouvelles centrales nucléaires. L'écologiste genevoise Lisa Mazzone, conseillère aux Etats, voit dans ces annonces «une opération de communication manipulatrice».

La Genevoise dénonce:

«Il y a une frange de politiciens qui n’a jamais accepté l’idée d’abandonner le nucléaire malgré le vote du peuple. Et c’est cette frange-là qui instrumentalise les potentielles pénuries d’électricité pour ramener sur la table la question du nucléaire»

Elle rétorque aussi à Philippe Nantermod: «Le nucléaire ne sera jamais une énergie verte. Il suffit de penser à l’uranium, une ressource limitée que nous n'avons pas en Suisse et qui produit, comme chacune sait, des déchets dont on ne sait pas quoi faire. Sans parler des risques encourus par les populations en cas d'accident».

Lisa Mazzone.
Lisa Mazzone.keystone

Modifier la loi sur l’énergie nucléaire ne pourra pas se faire en un claquement de doigts. Il faudra d’abord trouver une majorité au Parlement – «ce qui n’est de loin pas impossible», dixit Philippe Nantermod –, puis affronter la population, un référendum paraissant inévitable. Dans quelles dispositions d'esprits seraient alors les Suisses? Nul ne le sait.

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