Israël et l'Ukraine pourraient peser lourd dans cette votation suisse
L'assouplissement de la loi sur le matériel de guerre suscite le scepticisme. C'est ce qui ressort du premier sondage de Tamedia sur la votation du 29 novembre, publié mercredi. Avec 47% contre 45%, le camp du non dispose d'une courte avance. Mais ce résultat ne préjuge guère de l'issue du scrutin. Au fil d'une campagne, les projets soutenus par les autorités gagnent souvent du terrain.
L'exportation de matériel de guerre reste toutefois un sujet sensible, surtout lorsque des armes suisses se retrouvent dans des régions en crise. Or, la révision législative adoptée par la majorité de droite du Parlement pourrait faciliter ce type d'exportations. Elle prévoit en principe d'autoriser les livraisons à 36 Etats sélectionnés, même lorsque ceux-ci sont engagés dans un conflit armé.
La réexportation de matériel de guerre vers des pays tiers serait également facilitée. Les partisans de la réforme veulent ainsi soutenir l'industrie de l'armement, qui peine à trouver des clients en raison de la politique de neutralité restrictive de la Suisse. Et ce, malgré l'essor actuel du secteur, alimenté par les nombreuses guerres et crises internationales.
Quels arguments convainquent et mobilisent?
Comme le montre le sondage de Tamedia, les partisans de la révision ont encore du travail pour convaincre l'électorat. Mais leurs adversaires ne restent pas les bras croisés. En témoigne une enquête représentative réalisée par l'institut Feldlabor pour le compte du Parti socialiste (PS), dont le Blick a fait état en septembre. watson a pu consulter cette étude, qui contient notamment un test expérimental des arguments particulièrement intéressant.
L'entreprise fondée par le politologue zurichois Oliver Strijbis a cherché à déterminer quels arguments des partisans et des opposants convainquent le plus les personnes interrogées, mais aussi dans quelle mesure ils influencent leurs intentions de vote. C'est là tout l'intérêt de l'exercice: l'argument jugé le plus convaincant n'est pas nécessairement celui qui mobilise le plus.
La neutralité, une «vache sacrée»
Avec 37%, l'argument du camp du non qui convainc le plus nettement est celui d'une atteinte à la neutralité. Ce résultat conforte les conclusions du sondage de Tamedia, selon lequel la base de l'Union démocratique du centre (UDC) se montre plutôt critique envers le projet, bien que le parti le soutienne. Pour les sympathisants de l'UDC, la neutralité est une «vache sacrée», comme l'a montré la votation de septembre.
L'effet de cet argument sur les intentions de vote reste toutefois limité. Un autre se révèle nettement plus efficace: le risque que des armes suisses soient transférées à Israël et utilisées dans la bande de Gaza ou au Liban. Cet argument ne figure qu'au milieu du classement des plus convaincants, mais il fait grimper le rejet de la révision de 12,6 points de pourcentage.
L'Ukraine resterait exclue des exportations d'armes
C'est le facteur qui pousse le plus fortement à voter non. Il montre à quel point le sujet suscite des émotions, et pas seulement lors des manifestations de rue, comme celle de dimanche dernier. Un autre pays, bien connu dans ce débat, mobilise également les opposants: l'Arabie saoudite. La perspective d'exportations d'armes sans contrôle vers cette monarchie autoritaire du Golfe fait progresser le rejet de 11,1 points de pourcentage.
Autre motif d'indignation: l'Ukraine reste précisément exclue de l'assouplissement de la loi, alors qu'elle se défend contre l'agression russe contraire au droit international. Le Conseil fédéral en a décidé ainsi, notamment sous la pression de l'UDC. Selon l'enquête de Feldlabor, cette exclusion fait toutefois augmenter le rejet du projet de 10,1 points de pourcentage.
Les arguments du oui qui convainquent
Lors de la conférence de presse du comité référendaire, lundi, le conseiller national socialiste zurichois Fabian Molina a explicitement évoqué ce point, qui révèle selon lui la véritable nature du projet. «C'est du cynisme au service de l'industrie de l'armement», a-t-il dénoncé. Car, à l'origine, la révision de la loi devait permettre d'aider l'Ukraine.
L'enquête a également évalué les arguments du camp du oui qui convainquent le plus. L'incertitude géopolitique arrive en tête. Chez les femmes, qui se montrent nettement plus sceptiques que les hommes selon le sondage de Tamedia, c'est surtout le maintien de l'obligation d'obtenir une autorisation pour les exportations, ainsi que la possibilité pour le Conseil fédéral d'intervenir, qui emporte l'adhésion.
Des emplois prétendument menacés par la loi actuelle
Il ne s'agit que d'une «flexibilité très limitée», avait souligné devant les médias le conseiller fédéral compétent, l'UDC Guy Parmelin. Mais c'est un autre argument du oui qui exerce la plus forte influence sur les intentions de vote, notamment parmi les opposants: les règles strictes de la Suisse en matière d'exportation menaceraient les emplois et l'industrie de l'armement.
Le comité du oui, tient, lui, une conférence de presse, ce jeudi 15 octobre, et ça fait peu de doute que ce soit l'un de leurs arguments.
Au vu des résultats serrés du premier sondage, une campagne âpre se profile. Les partisans de la révision peuvent miser sur la défense de l'emploi, tandis que leurs adversaires disposent d'un autre levier: des pays dont la seule évocation suscite de vives émotions, à savoir Israël, l'Arabie saoudite et l'Ukraine. Monika Maire-Hefti, présidente de Caritas Suisse estime:
Une nouvelle affiche des opposants à la révision de la loi sur le matériel de guerre vise précisément à dénoncer ce risque. Et le test des arguments réalisé par Feldlabor montre que ce message possède un potentiel de mobilisation considérable. (trad. hun)
