«Vous vous moquez de moi?» Chez Parmelin, on ignorait sa démission
Dans le canton de Vaud, chaque village cultive ses fiertés. A Saint-Barthélemy, ce sont des idoles: l'ex-entraîneur de football Lucien Favre et le tennisman Stan Wawrinka. A Bursins, c'est un souverain: Guy Parmelin, président de la Confédération, démissionnaire.
Pour prendre le pouls de Bursins, il paraît qu'il faut passer par l'Auberge du Soleil, au beau milieu de ce petit village vaudois ceint de vignobles. Le parcours de la «fierté du coin», comme l'appelle un villageois croisé en pleine promenade, a ses étapes: le café à la boulangerie, puis les prolongations à l'auberge. Mais ce vendredi 2 octobre, la nouvelle de la démission de Guy Parmelin y a pris la tenancière de court.
Elle nous dévisage, l'air de dire: «Vous vous moquez de moi?» Puis elle dégaine son téléphone et ouvre Instagram: la première publication annonce le départ du président de la Confédération. Elle s'excuse, file en cuisine et lance à ses équipes:
A son retour, elle nous montre une photo, prise lors d'une réception. et dit: «Je comprends mieux pourquoi il y a des journalistes ce matin.»
Ces murs ont vu passer d'autres témoins de la carrière du conseiller fédéral. Le jour de son élection, il y a onze ans, Jean-Michel Colin, alors propriétaire des lieux, collectionnait les manchettes du Matin sur la nourriture, et celles qui mentionnaient Guy Parmelin. Le temps a fait son œuvre: en 2026, l'auberge n'est plus à lui, c'est un couple d'aubergistes qui nous y accueille.
Non loin, à une centaine de mètres, se trouve la boulangerie que fréquente le conseiller fédéral. A l'entrée, deux femmes se livrent: «Il a bien mené sa barque. On se moquait de lui, mais il est devenu l'un des politiciens suisses les plus respectés.»
Pour l'une d'elles, cette démission n'est pas une grande surprise. «Il a raison de rendre son tablier. Les années passent et après on trépasse. La vie, ça va vite.» Puis elle enchaîne, dans un éclat de rire: «On en a marre de ces vieux politiciens», avant de prendre congé de nous.
«Partir adulé plutôt que sifflé»
La surprise, le syndic de Bursins, Philippe Parmelin, la partage à moitié. Assailli d'appels de la presse, il répond d'emblée: «Oui et non. Il est à l'âge de la retraite. Il part avec tous les honneurs, et à un moment donné, il faut partir au top de sa forme.»
Il poursuit:
Les années ont-elles pesé sur les épaules de Guy Parmelin? Le syndic ne l'a pas vu fatigué. Il est catégorique: «Non. Bon, on voyait qu'il avait quelques années de charge de conseiller fédéral. Mais il était motivé, c'est un terrien, il tient physiquement. A mon sens, il finit sa carrière au Conseil fédéral en apothéose.»
Ce que Bursins en gardera
Que restera-t-il, au village, de cette carrière? «Au niveau des médias et de la notoriété du lieu, Guy Parmelin est conseiller fédéral de la Suisse. Pour un village de 840 âmes, c'était une reconnaissance d'avoir un conseiller fédéral originaire de Bursins, ce n'est pas rien. C'était plutôt un plus pendant plus de dix ans, et on en a profité.»
Mais maintenant que Guy Parmelin quitte ses fonctions, craint-il qu'on lui souffle son fauteuil? «Ah, il peut! De toute façon, moi, je vais m'arrêter au bout. J'espère que la relève va arriver, de jeunes candidats pour nous remplacer.» Il le rappelle: «Guy Parmelin n'a jamais brigué une place de municipal ou de syndic. Lui, c'est plutôt la politique cantonale et fédérale.»
Pour la suite, il l'imagine déjà voyager, se tourner vers d'autres horizons. «Il va tourner la page, faire un deuil entre guillemets, et profiter des bons moments. Peut-être qu'on le verra plus souvent à Bursins.» Ces derniers temps, c'était le dimanche matin, de bonne heure, entre 7h et 8h15, qu'on pouvait l'y croiser, au café, à la boulangerie. Il habitait d'ailleurs en dehors du village.
Un souvenir mémorable en 2015
Un brin nostalgique, le syndic rembobine les années et se souvient de cette élection de décembre 2015, placée sous le signe de la surprise: Guy Parmelin faisait figure d'outsider. «C'était le moment le plus euphorique. Cette élection en 2015, ça restera un événement extraordinaire. On n'était vraiment pas sûr qu'il soit élu. Guy m'avait invité au Palais fédéral. J'ai pris le train à 5h du matin pour y être. Quand il a été élu, ça a été un moment incroyable, unique. Une journée mémorable pour ma carrière politique, que d'avoir pu vivre ça.»
Puis il revient à l'homme: «Guy Parmelin est quelqu'un de proche des gens, qui n'a pas fait de promesses en l'air et a tenu parole. On y voit l'identité du terrien, pragmatique, pas forcément très spectaculaire. Je crois que les gens l'ont apprécié pour ça.»
