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L'inflation fait souffrir les Epiceries Caritas en Suisse

«Je gagne moins de 1000 francs, c'est insuffisant pour nourrir ma famille»

L'augmentation des prix à la consommation ne concerne pas seulement les grands magasins. Elle touche aussi les épiceries solidaires qui soutiennent les personnes à bas revenus. Reportage dans une épicerie Caritas à Lausanne.
30.12.2022, 18:3531.12.2022, 11:42
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Mercredi, 9h30, les employés de l'épicerie Caritas de Lausanne s'affairent dans les allées pour les derniers préparatifs avant l'ouverture du magasin. «Ici, c'est un petit supermarché, on trouve de tout, des produits de douche, aux légumes, en passant par les pâtes», rappelle Ricardo Rocha, gérant. Le quadra s'active tout en regardant sa montre. Ici un chargement de lait à réceptionner, là une gamme de produits à mettre en valeur, ou encore des étiquettes manquantes. «On ouvre dans cinq minutes, tout doit être OK.»

Flambée des prix

Dix heures tapantes, la porte coulissante s'ouvre aux premiers arrivants. Une petite dizaine de clients, essentiellement des femmes, arpentent les rayons avec leur cabas à roulettes. Joanna, 42 ans, vient ici depuis quatre ans et remplit son panier de yaourts, de fruits et de produits de base, comme la farine ou le lait.

«L'huile ou les produits laitiers sont à bon prix à Caritas, mais les produits de lessive sont plus abordables à Denner lorsqu'ils sont en action. On ne cesse de comparer les prix d'un magasin à l'autre»
Joanna* indépendante, mère de deux enfants

Constat partagé par Michel, habitant du quartier de Bellevaux dans le nord de Lausanne: «Je viens de temps en temps, j'achète surtout ce qui est moins cher qu'ailleurs, mais les prix ressemblent aux autres magasins», admet-il en scrutant consciencieusement les rayons à la recherche de la bonne affaire. Le prix des produits a-t-il pris l'ascenseur? Ricardo Rocha, gérant depuis quatre ans, n'élude pas le sujet, bien au contraire.

«Regardez les pâtes, elles étaient à 75 centimes le kilo il y a une année. Elles sont à 1,20 franc aujourd'hui»
Ricardo Rocha, gérant de l'épicerie Caritas à la rue du rond-point 8 à Lausanne
Ricardo Rocha, gérant épicerie caritas Lausanne
Ricardo Rocha, gérant de l'épicerie Caritas à Lausanne.cynthia ruefli watson
Prix des pâtes chez Caritas

Le gérant explique que la centrale d'achat de Caritas qui se trouve à Lucerne, n'a pas d'autre choix que de s'adapter aux prix des fournisseurs. Au point que certains produits ne sont désormais plus en vente dans les rayons de l'épicerie:

«On n'a plus de papier de ménage, car le prix est exactement le même qu'ailleurs. La centrale a décidé de ne plus en commander, il n'y avait aucun avantage pour nos clients»
Ricardo Rocha
Ricardo Rocha et Yohan Pierrehumbert déchargent une palette de lait dans l'épicerie Caritas de Lausanne.
Ricardo Rocha et Yohan Pierrehumbert déchargent une palette de lait, l'un des produits phares de l'épicerie.watson
Epicerie Caritas, un discounteur comme un autre?
Pour Marc Huguenot, chef du secteur Aide directe à Caritas, la comparaison entre les hardiscounter et l'épicerie n'a pas lieu d'être. «L'objectif principal de Caritas n'est pas de faire du chiffre, mais d'aider les gens, il s'agit d'un magasin à vocation sociale.» Il ajoute que pour conserver les prix de certains produits au plus bas, comme le lait, Caritas va même jusqu'à les subventionner. «Les produits que nous vendons sont, en moyenne, 30% moins chers qu'ailleurs et nos fournisseurs font un geste social en nous proposant, par exemple, des assortiments gratuits.» Il ajoute que les épiceries réalisent une faible marge et qu'elle ne suffit pas à couvrir leurs frais d'exploitation. «Dans le canton de Vaud, chaque épicerie perd entre 50 000 et 150 000 francs par an.»

Sens de la «débrouille»

A la caisse, nous retrouvons Joanna, la mère de deux jeunes enfants qui travaille à 40%. La Vaudoise est une habituée des épiceries Caritas, qu'elle fréquente depuis quatre ans.

«Certains mois, je ne gagne pas plus de 1000 francs, c'est insuffisant pour nourrir ma famille»
Joanna, mère de famille

Aujourd'hui, elle fait les courses pour une valeur de 38 francs. De loin pas suffisant pour la semaine, mais «ça aide beaucoup», ajoute-t-elle avec le sourire. Les gens que nous croisons ne se plaignent pas de leur situation, ils «se débrouillent», comme le témoigne avec pudeur Kenza, qui a emmené deux de ses jeunes enfants avec elle. La femme au foyer nous explique qu'avec le seul revenu de son mari, ils doivent «faire attention» à leurs dépenses, mais les produits proposés aux épiceries Caritas sont relativement bon marché. Rencontré à la sortie du magasin, François, retraité, nous dévoile son panier.

«J'ai une petite retraite et je dois m'adapter à la situation. Il y a des gens qui ont beaucoup moins d'argent que moi, c'est la vie, que voulez-vous»
François, retraité
Comment accéder aux épiceries Caritas?
Pour faire ses courses dans l’une des 21 Epiceries Caritas, il faut une CarteCulture. Toute personne bénéficiant des subsides à l’assurance maladie peut commander gratuitement cette carte, permettant notamment l’accès aux épiceries Caritas et à des offres culturelles et de loisirs. Selon le Canton, des cartes sont remises via les services sociaux, les services sociaux des paroisses, les associations de bienfaisance ou encore les établissements d’aide aux réfugiés. La carte n’est pas transmissible et doit être reconduite chaque année.
caritas.ch
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