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Economie

Qui pour remplacer Philipp Wyss chez Coop?: un choix capital

Coop devra bientôt prendre une décision clé pour son avenir

Chez le plus grand détaillant suisse, les premières réflexions sur la succession s’engagent au sommet. L’occasion de dresser le bilan des réussites, des critiques du secteur et d’identifier ceux qui pourraient, à ce stade, prendre la relève de Philipp Wyss.
22.02.2026, 07:0122.02.2026, 07:01
Benjamin Weinmann

Lorsque Philipp Wyss parle de Coop, il use volontiers de superlatifs. «Extrêmement top (réd. «extrem top» en allemand», résume-t-il alors. Mardi, il a présenté aux médias les derniers chiffres annuels, se félicitant de la hausse des ventes et des parts de marché gagnées sur la concurrence. Et il n’a pas tout à fait tort. «Coop fait tout simplement du bon travail», reconnaissent même de nombreux fournisseurs avec lesquels il mène pourtant des négociations tarifaires serrées.

Philipp Wyss, Vorsitzender der Geschaeftsleitung, spricht an der Bilanzmedienkonferenz von COOP, am Dienstag, 17. Februar 2026, in Dietikon. (KEYSTONE/Andreas Becker)
Philipp Wyss, ce 17 février 2026.Keystone

Depuis cinq ans, le Lucernois dirige le groupe Coop, qui emploie près de 100 000 personnes. Cinq années durant lesquelles il a dû s’imposer face à son principal concurrent, Migros, aux discounters allemands Aldi et Lidl, au tourisme d’achat ainsi qu’à de nouveaux entrants comme Action ou Rossmann.

La semaine dernière, Philipp Wyss a fêté ses 60 ans. Le président du conseil d’administration et ancien CEO Joos Sutter aura 62 ans en avril. Autrement dit, la direction de Coop n’est plus toute jeune. Selon nos informations auprès de sources internes, la question de la succession à la tête du groupe bâlois est désormais discutée en interne. Des préparatifs en vue de constituer un comité de sélection auraient été lancés, comme il est d’usage dans les grandes entreprises dans une optique de planification responsable de la relève. D’autant qu’un tel processus peut s’étendre sur plusieurs années.

L’heure est donc au bilan. Qu’est-ce qui a fonctionné sous la houlette de Philipp Wyss? Qu’est-ce qui a moins bien marché? Et surtout: qui pourrait, dans quelques années, reprendre le flambeau de cet ancien boucher et commerçant de formation? On a pris le pouls du secteur.

Un bon timing sur l’essor du discount

«Il a très bien su profiter des années de faiblesse de Migros et faire progresser en continu le cœur de métier, les supermarchés», estime le directeur d’une marque suisse bien connue. Notre source continue:

«On pourrait dire, de manière un peu perfide, qu’il lui suffisait de ne pas commettre d’erreur puisque la concurrence se tirait elle-même une balle dans le pied. Mais ce serait injuste à l’égard de sa performance.»

Philipp Wyss est aussi jugé agile et flexible par le patron d’une autre entreprise partenaire. Il sait s’adapter rapidement aux nouvelles attentes des clients. Le Lucernois a ainsi fortement développé à temps la ligne à bas prix Prix Garantie, qui compte aujourd’hui environ 1500 produits, du yaourt aux œufs en passant par la lessive.

Il a ainsi su fidéliser les consommateurs sensibles aux prix, dont le budget est mis à mal par l’inflation, les loyers et les primes d’assurance-maladie. Lors du dernier comparatif de prix du magazine romand Bon à Savoir, le panier type coûtait chez Coop pratiquement autant que chez Migros et chez les discounters.

Pointilleux, colérique et impliqué, le patron de Coop?

En matière d’expansion, Coop agirait avec clairvoyance. Un haut responsable de Migros le confie à demi-mot:

«De notre côté, nous avons souvent dormi et laissé des emplacements intéressants à la concurrence», .

Dans les grandes villes, certaines filiales Coop sont parfois distantes de moins de 100 mètres. Cette stratégie, misant sur un grand nombre de points de vente, y compris de petite taille, s’est révélée payante durant la pandémie de Covid. Migros a dû admettre avoir trop misé sur un nombre restreint de grands supermarchés.

Selon un initié, Philipp Wyss est un commerçant dans l’âme. Il garde constamment un œil sur les chiffres et sait ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. «Dans le commerce, on a presque uniquement affaire à des lève-tôt», nous déclarait-il à peu après sa nomination en 2021. Et il veut tout savoir le plus vite possible:

«Dès 5 heures, nous recevons les chiffres de la veille. Je les consulte toujours en premier. Où en sont les ventes par rapport à l’an dernier? Qu’est-ce qui performe et qu’est-ce qui ne marche pas?».

Mais, toujours selon notre initié, ce souci du détail peut aussi aller trop loin. «Il est presque trop impliqué et intervient partout.» Il se murmure également que le patron de Coop, habituellement souriant et affable en public, peut laisser éclater sa colère en interne lorsque quelque chose ne lui convient pas. Ou lorsque des critiques visent sa marge brute, comme cela a été le cas ces dernières années de la part du Surveillant des prix.

En partant, il lance: «Bonnes ventes!»

Les critiques concernaient notamment les produits bio onéreux, que Wyss décrit souvent comme une affaire de cœur. «Le bio fait partie de l’ADN de Coop et c’est extrêmement important pour moi», déclarait-il récemment dans le magazine interne. «Aujourd’hui, nous proposons environ 9000 produits bio, dont beaucoup portent le label Bourgeon de Bio Suisse.»

Le grand patron met également en avant la durabilité, par exemple en développant le transport ferroviaire interne pour réduire le recours aux poids lourds pour l’acheminement des marchandises.

Un ancien employé souligne sa forte présence sur le terrain. «Il se rend régulièrement dans les filiales pour vérifier que tout se passe bien.» Au moment de prendre congé, il souhaite au directeur du magasin: «Bonnes ventes!» En revanche, sa politique conservatrice en matière de télétravail lui a aliéné une partie du personnel administratif. Chez Coop, la présence au bureau est exigée quatre jours par semaine, sans doute aussi par solidarité avec le personnel de vente.

La pression dans les négociations de prix

Chez les fournisseurs, le respect s’accompagne d’une certaine frustration:

«Il a été le moteur de la centrale d’achats Markant. Cela a nettement accru la pression sur nous lors des négociations.»
Un partenaire suisse de Coop

Wyss le sait: la distribution est un secteur aux marges minimes. Chaque centime compte.

Markant a toutefois poussé la pression trop loin. En 2025, la Commission de la concurrence a adressé un blâme à seize détaillants de l’alliance, dont Landi, Manor, Spar et Valora. Les mesures collectives exercées via Markant ont été qualifiées par l’autorité d’«entente illicite à l’achat». Plusieurs entreprises ont écopé d’amendes.

«Coop a toutefois réussi à retirer la tête du nœud coulant à temps», affirme un partenaire. En 2021, le secrétariat de la Commission avait ouvert une enquête préliminaire et relevé des indices «selon lesquels Coop occupait une position dominante sur certains marchés d’approvisionnement de biens de consommation courante». L’autorité évoquait également des soupçons «de conditions abusives dans le traitement des paiements des ventes avec les fournisseurs via Markant».

Une enquête formelle menaçait. Philipp Wyss a réagi. Coop a résilié le contrat Markant à fin 2023 et les autorités ont clos l’examen préliminaire. Reste que la question de savoir sur quels segments Coop détient effectivement une position dominante et si elle en a abusé demeure ouverte.

Cette agilité et cette flexibilité, il les a peut-être acquises, au sens figuré, à la maison. Son père était professeur de sport et son épouse enseigne le yoga. «Elle veille surtout à mon dos», confiait-il un jour à la Schweizer Illustrierte. «Je dois m’y tenir: 15 à 20 minutes de discipline sur le tapis chaque matin, ça aide.»

Début 2025, Wyss a fondé avec d’autres supermarchés européens une nouvelle alliance baptisée Vasco. «La pression reste ainsi élevée», observe un fournisseur souhaitant garder l’anonymat. Alors que Migros poursuit une nouvelle stratégie de prix bas, Coop exige désormais de meilleures conditions d’achat. Le fournisseur anonyme confie:

«En tant que partenaire de longue date, c’est irritant, notamment compte tenu du pouvoir de Coop comme premier vendeur de marques en Suisse.»

Pour les fabricants, il est en effet difficile d’implanter un produit sur le marché helvétique sans passer par Coop.

Son bras de fer avec le géant américain

Plusieurs fournisseurs dénoncent aussi la place de plus en plus restreinte laissée aux marques dans les rayons, en raison du développement des marques propres. Wyss a notamment acquis cette expertise chez Migros, où il a travaillé comme chef de produit de 1993 à 1997.

Cette stratégie a porté ses fruits en 2024. Lors des négociations avec le géant américain Mars, Wyss a tranché net, retirant la marque de riz «Ben’s Original» des rayons pour la remplacer par la nouvelle marque propre «Tom’s Best».

Les chiffres lui donnent raison. L’an dernier, Coop a de nouveau accru le chiffre d’affaires de ses supermarchés à 12,4 milliards de francs. Ce montant n’est plus que de 300 millions inférieur à celui de Migros, dont les ventes en supermarchés sont passées de 13,1 à 12,7 milliards de francs, notamment en raison de nombreuses baisses de prix. Mais Coop a déjà dépassé Migros grâce à sa filiale de commerce de gros Transgourmet, également active en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, en France, en Espagne et en Autriche, et supervisée par Joos Sutter.

Les louanges du patron de Migros

Tout est-il donc «extrêmement top»? Pas tout à fait. Sous Wyss, les grandes initiatives stratégiques ont été rares. La consultation du site internet le montre: dans la rubrique «Les principales étapes jusqu’à aujourd’hui», aucun événement ne correspond à sa période de mandat. Un observateur du secteur défend la politique du grand patron:

«Migros a tenté suffisamment de grands coups et doit désormais faire machine arrière avec ses nombreuses ventes d’entreprises. Wyss s’est concentré, à juste titre, sur le cœur de métier.»

Même le patron de Migros, Mario Irminger, lui rend hommage: «Premièrement, Coop a été extrêmement focalisée sur son cœur de métier ces vingt dernières années», reconnaissait-il à CH Media, éditeur de watson. «Deuxièmement, Coop a continuellement perfectionné son savoir-faire.»

Des échecs ont toutefois jalonné son mandat. Début 2025, Philipp Wyss a mis fin au contrat de franchise avec la chaîne britannique de cosmétiques The Body Shop, entraînant la fermeture de 33 magasins. En 2024, il avait lancé un concept de bijoux à bas prix baptisé Blingbox, déjà abandonné après quelques mois. Dans la restauration, plusieurs nouveaux concepts ont été testés, mais exploités à bas régime, sans stratégie clairement identifiable.

Le grand danger numérique pour Coop

Chez le distributeur d’électronique Fust (groupe Coop), des mesures de réduction et des fermetures ont eu lieu ces dernières années. Migros a certes abandonné son enseigne Melectronics, mais elle dispose avec Digitec Galaxus d’un puissant relais en ligne pour capter les ventes migrantes vers internet. Coop a d’abord tenté sa chance avec la place de marché Siroop – un coûteux échec –, puis avec la boutique Microspot et enfin celle d’Interdiscount. L’écart avec Galaxus reste toutefois abyssal. Wyss n’a pas réussi à combler ce retard.

Reste la question de savoir qui prendra un jour place dans le fauteuil de CEO après Joos Sutter et Philipp Wyss. Le service de presse de Coop refuse de commenter concrètement ce processus. Philipp Wyss poursuit des objectifs stratégiques clairs qu’il «mettra en œuvre de manière cohérente sur le marché dans les années à venir», indique le porte-parole Caspar Frey. Les informations sur une éventuelle succession et sur la composition de la direction seront communiquées «en temps voulu».

Il ne semble pas y avoir de favori ou de favorite. «Personne ne me vient spontanément à l’esprit», confie un partenaire. «La course est très ouverte», estime un autre observateur.

Un Allemand? Ou, pour la première fois, une femme?

En novembre encore, Coop a annoncé plusieurs changements au sommet. Daniel Hintermann, 55 ans, a été nommé à la tête de la direction Trading, qui regroupe notamment les grands magasins Coop City et les enseignes d’ameublement Livique. Il succédera en juin à Daniel Stucker, qui partira à la retraite. Daniel Hintermann dispose d’une solide expérience, mais devra faire ses preuves dans ses nouvelles fonctions.

Le directeur immobilier Christian Coppey, 60 ans, ne constitue pas une option à long terme pour des raisons d’âge. Quant au directeur digital Thomas Schwetje, 56 ans, sa nationalité allemande rend hypothétique sa nomination à la tête d’un groupe qui insiste fortement sur sa «suissitude». Une promotion du directeur financier Adrian Werren, 57 ans, serait envisageable, mais il ne fait pas figure de favori dans le secteur.

Dans les milieux spécialisés, on estime néanmoins que la succession devrait se jouer en interne, comme ce fut déjà le cas avec Joos Sutter, passé du poste de CEO à celui de président du conseil d’administration.

Pour le dirigeant d'une marque, le choix serait évident:

«Andrea Kramer serait la candidate logique»

Chez Coop depuis 12 ans, elle dirige le marketing et les achats, un poste clé. Plusieurs sources soulignent l’estime dont elle jouit en interne. Dans sa jeunesse, elle a pratiqué le handball.

Andrea Kramer
Andrea Kramer, directrice marketing de Coop.coop

Elle bénéficie aussi du respect des fournisseurs, ayant travaillé auparavant chez Unilever, Lindt, Nestlé et Barry Callebaut. Elle serait la première femme à la tête de Coop. Mais à 56 ans, elle n’est plus toute jeune. «Elle est très réservée dans son attitude», note un partenaire. L’économiste de formation a d’ailleurs laissé volontiers à Wyss le devant de la scène médiatique ces dernières années. «Bien sûr, nous avons besoin de prix attractifs, mais je n’ai pas besoin de devenir bruyante et agressive lorsque nous négocions une marge», déclarait-elle récemment à Lebensmittel-Zeitung à propos de son style de management.

Le poulain dissident, un outsider?

Les responsables des quatre régions de vente de Coop disposent de moins de pouvoir que les dirigeants des coopératives régionales de Migros. Mais un initié souligne:

«Il ne faut toutefois pas les oublier dans la recherche d’un successeur, car la promotion interne est très valorisée chez Coop.»

Le nom de Christian Rüttimann, 45 ans, circule à ce titre. Il dirige depuis quatre ans la grande région de vente Nord-Ouest Suisse–Suisse centrale–Zurich. Présent chez Coop depuis dix ans, il jouit d’une réputation de manager accessible et bien organisé, capable toutefois de fermeté.

«Chez Coop, il faut avoir l’esprit de chapelle», estime un partenaire, qui n’imagine pas la nomination d’un dirigeant externe. Pourtant, le nom de Roger Vogt est également évoqué. Cet homme de 48 ans a connu une ascension rapide chez Coop, dirigeant la plus grande région de vente et développant l’activité «Coop to Go», avant de rejoindre en 2017 le groupe de kiosques Valora. «Au moins pas chez Migros, cela aurait été un péché mortel», plaisante un fournisseur. «Vogt est un commerçant pur jus.» Et comme Wyss, il est boucher de formation. Une chose est sûre: chez Coop, dans les années à venir, l’enjeu sera de taille. (trad. hun)

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