Procès de Bondo: canton et commune s’affrontent sur un point crucial
Alors que le Ministère public s'était appuyé, en ouverture du procès de Bondo, sur une citation du géologue Albert Heim, la défense a fait appel, le deuxième jour, à la légende de l'alpinisme Reinhold Messner: «Les montagnes ne sont ni justes ni injustes. Elles sont simplement dangereuses», a rappelé l'un des avocats au début de sa plaidoirie. Un éboulement peut donc très bien se produire sans aucun signe avant-coureur.
Les avocats des cinq prévenus ont tous attaqué l'expertise du géologue Thierry Oppikofer, sur laquelle repose l'accusation. Elle serait tout simplement erronée, ont-ils notamment soutenu. Selon eux, les chutes de pierres ne s'étaient pas intensifiées deux semaines avant la catastrophe, mais seulement 15 minutes avant. La situation était comparable à celle des autres années.
Les mêmes arguments sont revenus à plusieurs reprises au cours des longues heures de plaidoiries. Les divergences apparues entre les prévenus n'en sont que plus révélatrices. Leurs avocats n'ont pas hésité à égratigner les autres prévenus, tout en s'attachant à circonscrire les responsabilités de leurs clients.
Le géologue mandaté par le canton: «Il ne jouait qu'un rôle secondaire»
Ces divergences sont apparues clairement lorsqu'il a été question de déterminer qui avait l'obligation de protéger les randonneurs d'un tel danger. L'avocat du géologue chargé d'effectuer des mesures pour le canton a reproché à l'acte d'accusation de «mettre tous les prévenus dans le même sac». Son client n'aurait joué qu'un «rôle secondaire». Son contrat ne prévoyait aucune obligation de protéger les randonneurs. Il avait pour mission d'épauler l'Office cantonal des forêts et des dangers naturels (AWN), qui pilotait l'évaluation des dangers.
Les experts cantonaux: «La sécurité relève de la commune»
Le canton était-il vraiment aux commandes? Les avocats des deux employés du canton ont expliqué que l'AWN avait conseillé la commune. L'office avait également procédé à une évaluation des risques, qu'ils jugent irréprochable, avant de la transmettre à la commune.
L'avocat de l'expert cantonal en dangers naturels a contesté les déclarations de l'ancienne présidente de commune Anna Giacometti, selon lesquelles son client aurait recommandé de ne pas fermer les chemins de randonnée. Dans son e-mail du 14 août, celui-ci écrivait que, «selon notre évaluation», le risque résiduel pour les personnes restait acceptable pour la commune. Il précisait toutefois que la commune devait être consciente de ce risque résiduel et des éventuels dommages corporels qu'il pouvait entraîner.
La décision d'accepter un risque résiduel ne revient jamais à l'AWN, a souligné l'avocat du second employé cantonal:
Le conseiller local en dangers naturels: «Un simple intermédiaire»
L'attention s'est alors portée sur la commune. Celle-ci employait un garde forestier qui avait suivi une formation de quatre jours pour devenir conseiller local en dangers naturels. Son avocat a expliqué que son client ne disposait d'aucune expertise en géologie. C'était précisément pour cette raison que le canton avait été sollicité. Selon lui, le prévenu n'était «qu'un simple intermédiaire» entre les experts cantonaux et l'exécutif communal présidé par Anna Giacometti. C'était à cet organe que revenait «la décision finale» de fermer ou non un chemin de randonnée.
Anna Giacometti: «Elle ignorait ce que les experts s'étaient dit»
Enfin, l'avocat de l'ancienne présidente de la commune de Bregaglia a renvoyé la responsabilité au canton. N'étant pas spécialiste, Anna Giacometti ne pouvait en aucun cas évaluer elle-même le risque d'éboulement.
Elle dépendait donc des experts cantonaux et du géologue externe pour savoir quelles mesures la commune devait prendre.
Une note versée au dossier montre par ailleurs que l'AWN avait recommandé de ne pas fermer les chemins de randonnée, a poursuivi l'avocat d'Anna Giacometti. Affirmer aujourd'hui que l'Office n'avait formulé aucune recommandation et qu'il n'était d'ailleurs pas tenu de le faire est «déconcertant», selon lui. Il s'est demandé si l'AWN était encore «le bon service pour assurer la protection contre les dangers naturels» ou s'il ne vaudrait pas mieux le rebaptiser simplement «Office des forêts», comme il s'appelait jusqu'en 2011. Comme tous les autres avocats de la défense, il a demandé l'acquittement de sa cliente.
On peut interpréter ces plaidoiries comme une tentative des prévenus de se rejeter mutuellement la responsabilité. Mais après ce jeu de renvoi, on peut aussi conclure que personne n'est pénalement responsable, car il est impossible de maîtriser totalement les dangers en montagne. Un avocat l'a résumé ainsi:
Autrement dit, la responsabilité que chacun semblait jusque-là vouloir faire endosser aux autres n'incombe peut-être à personne.
Mardi, au deuxième jour du procès, les avocats des cinq prévenus ont tous demandé l'acquittement de leurs clients. Le tribunal rendra son jugement le 4 septembre. (trad.: mrs)
