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Seeland: Les légumes suisses sont menacés par ce fléau

Les légumes suisses sont menacés par ce fléau

A la tête d'une grande exploitation maraîchère dans le Seeland, Thomas Wyssa se dit qu'il va bientôt devoir privilégier les aubergines aux salades.
A la tête d'une grande exploitation maraîchère dans le Seeland, Thomas Wyssa se dit qu'il va bientôt devoir privilégier les aubergines aux salades.Image: Keystone / Montage watson
Principale région maraîchère de la Suisse, le Seeland souffre de la vague de chaleur actuelle. Immersion au sein de l'une des grandes exploitations de la région.
28.06.2026, 16:0828.06.2026, 16:08
Reto Heimann / watson.ch

Situé entre les lacs de Bienne, de Morat et de Neuchâtel, le Seeland est le potager de la Suisse. Quelque 500 exploitations agricoles y cultivent une soixantaine de variétés de légumes et près d’un quart de la production maraîchère suisse provient de cette région. Mais que se passe-t-il lorsque ce potager surchauffe?

Thomas Wyssa possède l'une de ces exploitations, où les épinards, les oignons, les radis – et les personnes qui les récoltent – souffrent de la chaleur. Reportage au cœur de la canicule.

Les épinards ont dépéri

Sous un ciel sans nuages, le soleil écrase les champs. A perte de vue, pas le moindre coin d’ombre, pas la plus légère brise sur la peau. Alors qu’il n’est même pas encore midi, le thermomètre affiche déjà 30 degrés à l’ombre. Tous ceux qui le peuvent cherchent à se protéger de la chaleur. Thomas Wyssa, lui, ne peut pas.

Ce maraîcher de 64 ans, installé à Galmiz, dans le canton de Fribourg, est debout depuis cinq heures du matin. A la tête de 50 hectares de terres et d’une centaine d’employés, il traverse actuellement la période la plus intense de l’année. Juin est notamment la saison des salades, courgettes, pak-choï, tomates, concombres, aubergines, radis et épinards. Mais la chaleur menace de réduire tous ses efforts à néant.

Thomas Wyssa, l'un des maraîchers exploitant de grandes terres dans la région du Seeland, constate des problèmes avec ses plantations de radis.
Thomas Wyssa, l'un des maraîchers exploitant de grandes terres dans la région du Seeland, constate des problèmes avec ses plantations de radis.Image: watson/reto heimann

Thomas Wyssa se tient, l’air désemparé, au milieu d’un immense champ d’épinards. Les bras croisés, ses avant-bras musclés, bronzés et marqués par des années de travail sous le soleil, Il désigne une bande de terre nue où, à la place de beaux épinards bien verts, il ne reste plus qu’un sol desséché. Il estime:

«Je dirais que 40% des épinards semés sont morts. Ça me fait déjà mal»

Les épinards, particulièrement sensibles, ont presque entièrement dépéri là où le sol est sableux et emmagasine le plus de chaleur. L'exploitation de Thomas Wyssa est si vaste qu’il la parcourt en voiture.

Les oignons vulnérables aux bactéries

Dans le champ voisin, une autre culture paie elle aussi un lourd tribut à la chaleur et à la sécheresse. Les extrémités des feuilles des oignons nouveaux ont pris une teinte jaune à brunâtre: elles ont été brûlées par le soleil. Et ce n’est pas tout. Ces feuilles abîmées constituent une porte d’entrée idéale pour les bactéries et les champignons. Thomas Wyssa soupçonne ses oignons d’être touchés par la maladie des taches foliaires.

Le responsable est un champignon qui prospère lorsque chaleur et humidité se combinent. Pour le maraîcher, c’est un problème presque insoluble. Depuis le début du mois, les températures sont beaucoup trop élevées et, faute de pluie, il est contraint d’irriguer abondamment ses cultures. Il crée ainsi, malgré lui, des conditions idéales pour la propagation du champignon.

L'été 1976 était particulièrement chaud

Le tour continue jusqu’au champ suivant. Les radis présentent de petits points noirs à leur extrémité. Là aussi, il s’agit d’une attaque fongique. «Invendables», grommelle Thomas Wyssa. Dans l’après-midi, il enverra une équipe de saisonniers récolter en urgence les radis encore épargnés.

Thomas Wyssa n'est pas surpris par la vague de chaleur actuelle. Il se souvient particulièrement de l’été 1976, lorsqu’il a commencé sa formation agricole, ainsi que de la canicule de 2003. Il rappelle:

«Des épisodes de chaleur, il y en a toujours eu. Nous devons nous y adapter»

Il constate toutefois que les périodes de chaleur sont aujourd’hui plus longues et que les intervalles entre elles se raccourcissent. Pour lui, une chose est certaine: la chaleur est là pour durer.

L'irrigation est devenue indispensable

Avec d’autres agriculteurs du Seeland, Thomas Wyssa a commencé à préparer cette adaptation il y a déjà trente ans. C’est à cette époque qu’il a installé le réseau d’irrigation qui alimente aujourd’hui ses vastes cultures. Des canalisations souterraines, longues de plusieurs kilomètres, acheminent directement l’eau du canal de la Broye jusqu’aux champs.

L'irrigation artificielle constitue le seul moyen pour Thomas Wyssa de sauver ses récoltes.
L'irrigation artificielle constitue le seul moyen pour Thomas Wyssa de sauver ses récoltes.Image: watson/reto heimann

Contrairement à plusieurs cantons de Suisse orientale, où les prélèvements d’eau dans les cours d’eau sont actuellement interdits, Thomas Wyssa n’a reçu aucun signal similaire des cantons de Fribourg et de Berne. Il espère que cela restera ainsi:

«Sans irrigation artificielle, je serais perdu»

Une halle de conditionnement climatisée

Thomas Wyssa vend 70% de sa production à Lidl Suisse. Toutes les salades multicolores d’origine suisse proposées par l’enseigne proviennent ainsi de ses champs, mais il ne se contente pas de fournir les légumes. Ceux-ci sont également triés, lavés et emballés sur son exploitation. C’est pour cette raison qu’il a fait construire, en 2013, une vaste halle de conditionnement directement attenante à sa ferme.

Thomas Wyssa vend une majorité de sa production à Lidl.
Thomas Wyssa vend une majorité de sa production à Lidl.Image: watson/reto heimann

A l’intérieur, Doina, Lily et Lia remplissent des cartons de tomates cerises. Comme la plupart des quelque 70 saisonnières et saisonniers employés par Thomas Wyssa, elles viennent de Roumanie. Le maraîcher leur verse le salaire minimum agricole, soit 3460 francs par mois, dont sont déduits les frais de logement et de repas qu’il met à leur disposition.

Les Roumaines Doina, Lily et Lia (de gauche à droite) trient et emballent les tomates cerises. Chaque boîte contient 500 grammes.
Les Roumaines Doina, Lily et Lia (de gauche à droite) trient et emballent les tomates cerises. Chaque boîte contient 500 grammes.Image: watson/reto heimann

Les ouvrières apprécient de pouvoir travailler dans cette halle fraîche et protégée du soleil. Tous les saisonniers n’ont pas cette chance. Beaucoup doivent continuer à travailler dans les champs, même en cette journée de mercredi étouffante.

Parmi eux se trouve Daniel Ciolea (25 ans), qui est responsable de l’équipe chargée des courgettes. Depuis cinq ans, il revient chaque été passer plusieurs mois sur l’exploitation de Thomas Wyssa. Il est originaire de Timișoara, la troisième plus grande ville de Roumanie.

Les saisonniers souffrent de la chaleur

L’après-midi est désormais bien avancé et la chaleur encore plus intense. Le thermomètre affiche 35 degrés et pas le moindre souffle d’air ne vient rafraîchir l’atmosphère. Au-dessus du champ de courgettes, la chaleur fait onduler l’horizon.

Daniel Ciolea dirige l'équipe chargée de la récolte des courgettes pour Thomas Wyssa.
Daniel Ciolea dirige l'équipe chargée de la récolte des courgettes pour Thomas Wyssa.Image: watson/reto heimann

Le champ couvre 1,8 hectares, soit un peu plus de deux terrains et demi de football. Il faut environ cinq minutes pour en parcourir un seul côté à pied. Daniel Ciolea et les cinq membres de son équipe mettent bien davantage de temps. Le tracteur sur lequel ils chargent les courgettes avance au pas. Tous les quelques centimètres, les saisonniers doivent se pencher pour couper les légumes.

Sur la remorque du tracteur, les hommes ont installé une enceinte diffusant de la pop roumaine. Une structure métallique fixée à l’arrière supporte une toile d’ombrage qui leur procure un peu de fraîcheur. Pour Daniel Ciolea, la chaleur a deux conséquences. D’abord, il boit de l’eau comme un chameau. Rien que durant l’après-midi, il en avalera quatre litres. Ensuite, il travaille torse nu.

Malgré cela, il souffre de la chaleur. Régulièrement, il essuie les gouttes de sueur qui perlent sur son front avec son avant-bras. Il est 15 heures 30, la chaleur atteint son maximum. Encore une heure de travail, puis ce sera la pause. Il reste toutefois pragmatique:

«En Roumanie, il ne ferait pas plus frais en ce moment»

Des aubergines au lieu des salades

Thomas Wyssa, lui, peut au moins se réfugier de temps à autre dans son bureau climatisé. Il reconnaît néanmoins que la chaleur l’épuise:

«Je suis plus lent que d’habitude»

Le matin même, il expliquait que l’être humain devrait apprendre à vivre avec ces températures. Cela signifie aussi que les maraîchers du Seeland devront peut-être modifier leurs cultures, selon lui:

«Moins de salades, davantage d’aubergines. Les aubergines adorent la chaleur»

Cette évolution est facilitée par le fait que l’intérêt pour l’alimentation méditerranéenne – et donc pour les aubergines – ne cesse de croître. Thomas Wyssa lui-même en raffole:

«Des aubergines marinées dans l’huile d’olive en antipasti, c’est un vrai délice»

Puis il tourne de nouveau son regard vers ses champs. La chaleur extrême ne disparaîtra pas dans les années à venir. Si le maraîchage veut continuer d’exister dans le Seeland, c’est lui qui devra évoluer. (trad. btr)

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source: sda / michel euler
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