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Commentaire

L'UDC s'attaque à l'avortement en Suisse et c'est une honte

Cette semaine, l'UDC a lancé deux initiatives visant à limiter l'avortement en Suisse. Toutes deux ratent leurs cibles et ne font qu'aggraver la détresse des femmes qui sont enceintes sans le vouloir. Commentaire.
22.12.2021, 19:1323.12.2021, 16:31
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«La nuit porte conseil.» Voici le nom de l'initiative que l'UDC Andrea Geissbühler vient de lancer. L'objectif? Introduire un délai de réflexion d'un jour avant toute IVG en Suisse. La conseillère nationale veut que les femmes réfléchissent avant d'avorter? Elle devrait réfléchir avant de rédiger des initiatives.

C’est bien connu: décider de se faire avorter, c’est une résolution que l’on prend sur un coup de tête

Je l'ai vécu dans mon entourage: dès le moment où une femme tombe enceinte sans le vouloir, elle se retrouve d’emblée dans une situation d’urgence physique et psychologique. Elle y pense jour et nuit. Chaque minute et chaque seconde qui passent sont accompagnées d'une douleur immense.

Les faire attendre est une torture

Lorsque l’on est enceinte sans le souhaiter, la notion de temps vous échappe, tout vous glisse entre les doigts. Faire durer cette torture, même une seconde de plus, est un plaisir sadique qui contribuera seulement à rendre la vie des femmes concernées plus difficile et douloureuse.

Si le but d'Andrea Geissbühler est de réduire le nombre d’interruptions de grossesse, sa solution n’est pas la bonne, elle intervient trop tard dans le processus. Pourquoi ne pas plutôt proposer des initiatives visant à améliorer l’éducation sexuelle ou l’utilisation des méthodes de contraception chez l’homme et chez la femme?

Mais l'UDC ne s'arrête pas là. Le parti a lancé une seconde initiative sur le sujet en parallèle. La conseillère nationale Yvette Estermann souhaite, de son côté, accorder aux bébés à naître un droit absolu à la vie, dès le moment où l’enfant peut respirer en dehors de l’utérus, moyennant éventuellement des mesures de soins intensifs.

Il est tout à fait acceptable de considérer comme «choquants» des avortements aussi tardifs, mais, en Suisse, avorter après les 12 premières semaines est une épreuve sans nom. À partir de la 13e semaine, l’IVG n'est légale que si le gynécologue démontre qu’elle est nécessaire pour écarter le danger d’une atteinte grave à l’intégrité physique ou psychique de la femme enceinte.

Dans les faits, et selon l’OFS, la plupart des interventions ont lieu dans les huit premières semaines de grossesse et 95% d’entre elles ont été réalisées avant la douzième semaine. Peu de femmes ont donc recourt à une IVG aussi tardive, et celles qui ont le malheur d’y avoir recours doivent être dans une détresse intenable.

Un parcours d'obstacles

Une nouvelle fois, l'initiative «Sauver les bébés viables» intervient trop tard dans le processus et rate sa cible. Ce dont ces femmes ont besoin, ce n'est pas qu'on leur enfonce encore plus la tête sous l'eau, mais d'un soutien psychologique qui leur permette de reprendre pied.

Encore combien de témoignages faudra-t-il pour que l’on intègre la détresse des femmes qui se font avorter? Le simple fait d’avoir à écrire ce commentaire est désolant.

Bien sûr, avoir recours à un avortement est une chose affreuse. Mais rajouter des obstacles - tels que le suggèrent les deux initiatives de l'UDC - dans le parcours du combattant que les femmes concernées traversent déjà ne fait qu’augmenter les risques liés à l'IVG, et met en danger la vie des femmes et de leur enfant.

Madame Geissbühler, Madame Estermann, ce soir, avant de vous endormir, prenez le temps de penser à toutes ces femmes qui ne trouvent pas le sommeil à cause de leur grossesse indésirée. Vous vous rendrez peut-être compte qu'il est encore temps de repenser vos initiatives. Il paraît que la nuit porte conseil.

La situation des femmes en Afghanistan est toujours aussi grave.

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